CGEM : Le futur patron fait le point sur son programme    Le Gabon et la Guinée se dotent de consulats généraux dans nos provinces sahariennes    La prestation de Hakim Ziyech avant qu'il se blesse    Laâyoune abrite le championnat d'Afrique des nations de handball 2022    CSMD-INPPLC : la lutte contre la corruption «axe fondamental» du développement souhaité    Entretien téléphonique entre le roi et le président français    Gabon : la Fondation Mohammed VI des Oulémas africains organise un concours de mémorisation du Coran    L'ambassadeur Omar Hilale reçu par le président du Togo    Mise en échec d'une tentative d'assaut collectif de clandestins subsahariens contre le préside occupé de Sebta    La Vision Royale d'un développement durable et intégré du monde rural    Marrakech : 3 individus sous les verrous pour vente illégale de contraceptifs prohibés    Moscou à la veille de réformes constitutionnelles…    Le président du Togo reçoit l'ambassadeur Omar Hilale    Fonction publique : Plus de 240 000 postes créés en 10 ans    Le grand rendez-vous!    Le rallye "Africa Eco Race" arrive au Sénégal    Au Liban, les heurts entre manifestants et forces de l'ordre font près de 400 blessés    Secousse tellurique de magnitude 3,0 dans la province de Nador    Abyaba promet la réhabilitation des sites historiques de Safi    Bachikh, des rituels pour implorer la fertilité lors du début de la campagne agricole    Mon berbère à moi    Latifa Serghini livre le récit de vie Jilali Gharbaoui    Le temps qu'il fera ce dimanche    Hamza mon bb : Soukaina Glamour comparaîtra devant le tribunal le 23 janvier    Voici les points du communiqué du ministère des Affaires étrangères au sujet de la conférence de Berlin sur la Libye    Yémen : au moins 70 soldats de l'armée tués dans une attaque attribuée aux houthistes    Le Roi reçoit un appel téléphonique d'Emmanuel Macron    Le président du RAJA Jawad Ziyat: La Coupe Arabe est un grand objectif pour nous    Programme des principaux matchs du dimanche 19 janvier    Sabah Zidani fait son retour dans les bacs et dévoile sa nouvelle chanson    Le Youssoufia de Berrechid tenu en échec à domicile par le FUS de Rabat (1-1)    Arrestation d'un individu impliqué dans des opérations d'escroquerie en ligne    Soirée captivante du musicien Abdelouahab Doukkali au festival d'hiver de Tantora    La ministre espagnole des AE attendue le 24 janvier au Maroc    Sud du Maroc : Le Gabon et la Guinée ouvrent à leur tour un consulat    Africa Eco Race : A Dakhla, Nasser Bourita fustige les séparatistes    La DGAPR répond aux accusations d'Human Rights Watch    La CMR tient la 8ème session de son Conseil d'administration    Ankara et Rabat ont 15 jours pour produire un ALE plus équilibré    La forêt et le nouveau modèle de développement    Le groupe coréen "Hands" ouvre sa première unité de production africaine à Tanger    Haftar chez son allié grec avant la conférence de Berlin    L'activité globale de la CCG en croissance de 23% en 2019    Le président de la Chambre des représentants s'entretient avec le ministre grec des Affaires étrangères    Hicham Dekik : La sélection nationale fin prête pour la CAN de futsal à Laâyoune    Antonia Jiménez, rare femme dans le monde masculin de la guitare flamenca    YouTube diffusera une série documentaire sur Justin Bieber    Shakira est stressée à l'approche du Super Bowl    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Docteur Chafik Chraïbi, président de l'Association marocaine de lutte contre l'avortement clandestin
Publié dans Libération le 27 - 06 - 2019

Libé : Quels sont vos griefs à l'égard de l'article 453 du Code pénal ?
Docteur Chafik Chraïbi : Il stipule que l'avortement est autorisé lorsque la vie ou la santé de la femme sont en jeu. Ce que je lui reproche, c'est que le terme «santé» est très vague. Il n'est pas appliqué stricto sensu tel que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) le définit, à savoir un état de bien-être physique, psychique et social. L'article 458 légalise l'IVG uniquement quand la santé physique de la femme est menacée, mais il ne prend pas du tout compte de la santé psychique et sociale.
Pensez-vous que la stratégie qui consiste à faire un sit-in en exhibant des poupées peut marcher et convaincre ?
Je le souhaite. Et j'espère aussi que ça ne sera pas compris dans le sens inverse. Pour nous, c'est une manière de montrer que l'une des conséquences relatives à l'impossibilité d'avorter, est que les femmes finissent par accoucher et abandonner leur enfant dans la rue ou pire le tuer. C'est comme ça que l'on retrouve chaque matin des nouveau-nés dans des poubelles ou des forêts. En tout cas, j'espère que ce sera compris tel que nous l'avons imaginé.
Il y a trois ans, le projet de loi sur l'avortement a été adopté par le Conseil de gouvernement. Pourquoi son application prend-elle autant de temps ?
C'est justement la question que nous nous posions. Les situations de grossesses non désirées sont fréquentes quotidiennement. Elles peuvent avoir des conséquences néfastes sur les femmes enceintes, à cause d'avortements mal réalisés qui engendrent des complications graves voire mortelles. Il y a aussi des personnes qui se suicident à cause d'une grosse non désirée, ou encore des drames liés aux crimes d'honneur. Des médecins qui pratiquent l'avortement sont envoyés en prison. Tout cela fait qu'on aurait dû donner la priorité et l'urgence à ce sujet. Cela fait trois ans que le projet de loi a été adopté par le gouvernement mais il n'a pas encore abouti et il n'est toujours pas publié au Bulletin officiel. Cela dit, l'objectif initial du sit-in était de pousser le Parlement à ouvrir le dossier. Finalement, une fois que nous avons choisi le jour le plus approprié pour réaliser notre action, à savoir le jour où quasiment tous les députés étaient présents, j'ai été surpris quand un député m'a appris que le sujet était justement en cours de discussion. Donc, on s'est dit qu'il fallait quand même être sur les lieux, pour appuyer le projet de loi et demander un amendement de l'article 453, afin qu'il tienne compte de la santé psychique et sociale de la femme.
Les cas dans lesquels l'IVG serait légale, via l'application dudit projet sont insuffisants à vos yeux. Pourquoi?
Certes, c'est déjà un pas en avant qui va permettre de régler quelques situations, mais ce n'est pas suffisant. Et pas la peine de dresser une liste exhaustive des situations où l'IVG doit être légalisée, car si on amende l'article 453, et je reviens toujours au terme de «santé», personne n'aura rien à redire. Car le terme «santé» englobe beaucoup de situations. Donc, la légalisation des quatre ou cinq situations, c'est déjà un pas en avant, mais franchement ce n'est pas assez.
Tout comme les pharmaciens qui vendraient au noir le médicament abortif, l'Artotec (1), les médecins qui profitent de la clandestinité de l'IVG ont-ils vraiment envie de voir cette loi appliquée ?
Déjà je dois vous dire que l'Artotec (1) a été retiré des pharmacies depuis un an.
Il y a des pharmaciens qui en auraient encore en stock
Vous savez, les pharmaciens n'ont pas plus de cinq ou six boîtes de chaque médicament en stock.
Et pour ce qui est de l'importation clandestine du produit ?
Il y a effectivement ceux qui le ramènent de l'étranger. C'est justement l'histoire de ceux qui ont été condamnés à Marrakech (2). Mais pour revenir à votre question, qui est légitime, il y a effectivement des médecins qui peuvent se dire que tant que l'avortement est clandestin, il va leur rapporter plus. Mais croyez-moi, tous les médecins ne cherchent pas à s'enrichir. Beaucoup pratiquent l'avortement pour rendre service à ces pauvres femmes qui sont victimes de grossesses non désirées. D'ailleurs, ces médecins ne seraient pas déçus si comme dans le reste du monde, le Cytotec (3) qui est plus puissant que l'Artotec, était autorisé à la vente en pharmacie.
Selon un rapport de l'ONU relayé par plusieurs médias, il y aurait chaque jour 1200 avortements clandestins au Maroc, avec parfois de graves conséquences pour les femmes qui y ont recours. Les Marocains ont-ils pris conscience de cette question de santé publique ?
Tout d'abord, ce chiffre est exagéré. Certes l'ONU nous a classés parmi les pays où il y a le plus d'avortements clandestins au monde, mais sans pour autant atteindre ces chiffres. Nous à l'AMLAC (Association marocaine de lutte contre l'avortement clandestin), nous avions évoqué le chiffre de 600 à 800 avortements par jour et à l'époque de leur publication, ces données étaient très critiquées et personne n'a voulu les reconnaître. Ensuite, on peut dire que certains Marocains ont pris conscience de cette problématique. Des personnes d'un certain niveau intellectuel qui ont aussi été sensibilisées à ce sujet. Pour ma part, cela va faire bientôt 11 ans que je milite pour l'IVG. Et mon action est un plaidoyer de sensibilisation. Donc, j'espère que les gens voient ce que nous cherchons à leur montrer. Mais je n'aimerais pas que l'on me colle l'étiquette de Monsieur avortement. J'aurais préféré qu'il n'y ait pas d'avortement du tout. Aucune femme n'y a recours de gaité de cœur. C'est pour cela qu'on doit les aider en leur permettant d'avorter légalement et sans prise de risques.
Le reste du continent est-il aussi conservateur sur la question que le Maroc?
J'étais récemment invité à un grand séminaire à Dakar, lors duquel étaient conviés une quinzaine de pays africains afin de discuter de la légalisation de l'IVG. Il y a des pays où c'est légal comme l'Afrique du Sud ou le Cap-Vert et d'autres qui ont justement introduit cette notion de santé physique, mentale et sociale. Et croyez-moi, cela n'a pas pris autant de temps qu'au Maroc et ces pays n'ont pas été confrontés à un débat houleux. Ils ont pris la décision car ils ont compris qu'ils n'avaient pas le choix. Dans le reste du continent, on n'est pas aussi conservateur que l'est le Maroc. Beaucoup de pays sont assez laïcs. Il existe des pays où les rapports sexuels hors mariage ne sont pas pénalisés. Il y a une liberté beaucoup plus importante que chez nous. Et pourtant, ce sont des pays où les gens sont des pratiquants.
Etes-vous pessimiste pour les années à venir ?
Je voudrais être optimiste. Je suis optimiste sur le projet de loi et ce à quoi il va aboutir. J'espère qu'au moins les situations qu'il traite vont être acceptées, sans pour autant être trop encadrées par beaucoup de conditions. Par exemple, des déclarations à la police dans le cas des viols, pour l'ouverture d'une enquête. Par contre, je suis pessimiste sur l'article 453.
(1) Un anti-inflammatoire utilisé pour avorter
(2) Six personnes, dont deux internes en médecine, un étudiant en médecine et un pilote, ont été poursuivies pour pratique d'avortement illégale et importation clandestine de médicaments.
(3) Médicament pour traiter les ulcères gastriques et dont la molécule active, le misoprostol, a des propriétés qui intéressent la gynécologie puisqu'elle induit des contractions de l'utérus. Dans 94% des cas, le Cytotec est utilisé dans l'interruption médicamenteuse de grossesse (IVG)


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.