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Docteur Chafik Chraïbi, président de l'Association marocaine de lutte contre l'avortement clandestin
Publié dans Libération le 27 - 06 - 2019

Libé : Quels sont vos griefs à l'égard de l'article 453 du Code pénal ?
Docteur Chafik Chraïbi : Il stipule que l'avortement est autorisé lorsque la vie ou la santé de la femme sont en jeu. Ce que je lui reproche, c'est que le terme «santé» est très vague. Il n'est pas appliqué stricto sensu tel que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) le définit, à savoir un état de bien-être physique, psychique et social. L'article 458 légalise l'IVG uniquement quand la santé physique de la femme est menacée, mais il ne prend pas du tout compte de la santé psychique et sociale.
Pensez-vous que la stratégie qui consiste à faire un sit-in en exhibant des poupées peut marcher et convaincre ?
Je le souhaite. Et j'espère aussi que ça ne sera pas compris dans le sens inverse. Pour nous, c'est une manière de montrer que l'une des conséquences relatives à l'impossibilité d'avorter, est que les femmes finissent par accoucher et abandonner leur enfant dans la rue ou pire le tuer. C'est comme ça que l'on retrouve chaque matin des nouveau-nés dans des poubelles ou des forêts. En tout cas, j'espère que ce sera compris tel que nous l'avons imaginé.
Il y a trois ans, le projet de loi sur l'avortement a été adopté par le Conseil de gouvernement. Pourquoi son application prend-elle autant de temps ?
C'est justement la question que nous nous posions. Les situations de grossesses non désirées sont fréquentes quotidiennement. Elles peuvent avoir des conséquences néfastes sur les femmes enceintes, à cause d'avortements mal réalisés qui engendrent des complications graves voire mortelles. Il y a aussi des personnes qui se suicident à cause d'une grosse non désirée, ou encore des drames liés aux crimes d'honneur. Des médecins qui pratiquent l'avortement sont envoyés en prison. Tout cela fait qu'on aurait dû donner la priorité et l'urgence à ce sujet. Cela fait trois ans que le projet de loi a été adopté par le gouvernement mais il n'a pas encore abouti et il n'est toujours pas publié au Bulletin officiel. Cela dit, l'objectif initial du sit-in était de pousser le Parlement à ouvrir le dossier. Finalement, une fois que nous avons choisi le jour le plus approprié pour réaliser notre action, à savoir le jour où quasiment tous les députés étaient présents, j'ai été surpris quand un député m'a appris que le sujet était justement en cours de discussion. Donc, on s'est dit qu'il fallait quand même être sur les lieux, pour appuyer le projet de loi et demander un amendement de l'article 453, afin qu'il tienne compte de la santé psychique et sociale de la femme.
Les cas dans lesquels l'IVG serait légale, via l'application dudit projet sont insuffisants à vos yeux. Pourquoi?
Certes, c'est déjà un pas en avant qui va permettre de régler quelques situations, mais ce n'est pas suffisant. Et pas la peine de dresser une liste exhaustive des situations où l'IVG doit être légalisée, car si on amende l'article 453, et je reviens toujours au terme de «santé», personne n'aura rien à redire. Car le terme «santé» englobe beaucoup de situations. Donc, la légalisation des quatre ou cinq situations, c'est déjà un pas en avant, mais franchement ce n'est pas assez.
Tout comme les pharmaciens qui vendraient au noir le médicament abortif, l'Artotec (1), les médecins qui profitent de la clandestinité de l'IVG ont-ils vraiment envie de voir cette loi appliquée ?
Déjà je dois vous dire que l'Artotec (1) a été retiré des pharmacies depuis un an.
Il y a des pharmaciens qui en auraient encore en stock
Vous savez, les pharmaciens n'ont pas plus de cinq ou six boîtes de chaque médicament en stock.
Et pour ce qui est de l'importation clandestine du produit ?
Il y a effectivement ceux qui le ramènent de l'étranger. C'est justement l'histoire de ceux qui ont été condamnés à Marrakech (2). Mais pour revenir à votre question, qui est légitime, il y a effectivement des médecins qui peuvent se dire que tant que l'avortement est clandestin, il va leur rapporter plus. Mais croyez-moi, tous les médecins ne cherchent pas à s'enrichir. Beaucoup pratiquent l'avortement pour rendre service à ces pauvres femmes qui sont victimes de grossesses non désirées. D'ailleurs, ces médecins ne seraient pas déçus si comme dans le reste du monde, le Cytotec (3) qui est plus puissant que l'Artotec, était autorisé à la vente en pharmacie.
Selon un rapport de l'ONU relayé par plusieurs médias, il y aurait chaque jour 1200 avortements clandestins au Maroc, avec parfois de graves conséquences pour les femmes qui y ont recours. Les Marocains ont-ils pris conscience de cette question de santé publique ?
Tout d'abord, ce chiffre est exagéré. Certes l'ONU nous a classés parmi les pays où il y a le plus d'avortements clandestins au monde, mais sans pour autant atteindre ces chiffres. Nous à l'AMLAC (Association marocaine de lutte contre l'avortement clandestin), nous avions évoqué le chiffre de 600 à 800 avortements par jour et à l'époque de leur publication, ces données étaient très critiquées et personne n'a voulu les reconnaître. Ensuite, on peut dire que certains Marocains ont pris conscience de cette problématique. Des personnes d'un certain niveau intellectuel qui ont aussi été sensibilisées à ce sujet. Pour ma part, cela va faire bientôt 11 ans que je milite pour l'IVG. Et mon action est un plaidoyer de sensibilisation. Donc, j'espère que les gens voient ce que nous cherchons à leur montrer. Mais je n'aimerais pas que l'on me colle l'étiquette de Monsieur avortement. J'aurais préféré qu'il n'y ait pas d'avortement du tout. Aucune femme n'y a recours de gaité de cœur. C'est pour cela qu'on doit les aider en leur permettant d'avorter légalement et sans prise de risques.
Le reste du continent est-il aussi conservateur sur la question que le Maroc?
J'étais récemment invité à un grand séminaire à Dakar, lors duquel étaient conviés une quinzaine de pays africains afin de discuter de la légalisation de l'IVG. Il y a des pays où c'est légal comme l'Afrique du Sud ou le Cap-Vert et d'autres qui ont justement introduit cette notion de santé physique, mentale et sociale. Et croyez-moi, cela n'a pas pris autant de temps qu'au Maroc et ces pays n'ont pas été confrontés à un débat houleux. Ils ont pris la décision car ils ont compris qu'ils n'avaient pas le choix. Dans le reste du continent, on n'est pas aussi conservateur que l'est le Maroc. Beaucoup de pays sont assez laïcs. Il existe des pays où les rapports sexuels hors mariage ne sont pas pénalisés. Il y a une liberté beaucoup plus importante que chez nous. Et pourtant, ce sont des pays où les gens sont des pratiquants.
Etes-vous pessimiste pour les années à venir ?
Je voudrais être optimiste. Je suis optimiste sur le projet de loi et ce à quoi il va aboutir. J'espère qu'au moins les situations qu'il traite vont être acceptées, sans pour autant être trop encadrées par beaucoup de conditions. Par exemple, des déclarations à la police dans le cas des viols, pour l'ouverture d'une enquête. Par contre, je suis pessimiste sur l'article 453.
(1) Un anti-inflammatoire utilisé pour avorter
(2) Six personnes, dont deux internes en médecine, un étudiant en médecine et un pilote, ont été poursuivies pour pratique d'avortement illégale et importation clandestine de médicaments.
(3) Médicament pour traiter les ulcères gastriques et dont la molécule active, le misoprostol, a des propriétés qui intéressent la gynécologie puisqu'elle induit des contractions de l'utérus. Dans 94% des cas, le Cytotec est utilisé dans l'interruption médicamenteuse de grossesse (IVG)


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