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Moussaoui Ajlaoui : Créer un nouvel Etat en Afrique du Nord serait suicidaire pour la région. La position de Washington va dans ce sens
Publié dans Libération le 19 - 08 - 2019

Libé : Le quotidien américain The Wall Street Journal a récemment publié un article dans lequel il a affirmé que les Etats-Unis «sont clairs, ils ne soutiendront pas un plan conduisant à la création d'un nouvel Etat africain ». Quelle est l'importance de cette affirmation dans le contexte géopolitique actuel ?
Moussaoui Ajlaoui: L'information relayée par The Wall Street Journal est une information concernant la géopolitique de la région, notamment l'espace sahélo-saharien.
Depuis 2013, toutes les analyses, tous les rapports soit de l'ONU, soit des instituts internationaux soutiennent qu'il est impossible de créer un Etat supplémentaire dans l'espace sahélo-saharien parce que même les Etats qui y existent déjà sont vulnérables et pourraient s'effondrer à n'importe quel moment.
Créer un nouvel Etat dans cet espace est impensable dans ce contexte. Certes, la position de l'administration américaine n'est pas nouvelle. Elle a été même avancée pendant le mandat de Barak Obama, mais les démocrates qui géraient à l'époque le dossier du Sahara à l'ONU avaient manœuvré pour la minimiser. Je crois que l'information publiée récemment par ce journal américain n'est pas le fruit du hasard. Le fait de l'avoir publiée à ce moment-là veut dire que l'administration américaine entend imposer sa vision concernant la question du Sahara. Je crois que cette position est juste et judicieuse, parce que vu la situation qui prévaut en Afrique du Nord et dans l'espace sahélo-saharien, toute option qui va dans le sens de la création d'un nouvel Etat sera irréaliste. Et c'est pour cette raison que le plan d'autonomie proposé par le Maroc a été qualifié par les grandes puissances de l'ONU de crédible, réaliste et viable.
A mon avis, la position américaine renforce la position marocaine.
On voit également que la position espagnole va dans le même sens que celle de Washington
L'année 2013 est une année cruciale dans l'évolution du dossier du Sahara au niveau géopolitique. On se rappelle la proposition de John Kerry (ancien secrétaire d'Etat américain durant le mandat de Barak Obama) d'élargir le mandat de la MINURSO à la surveillance des droits de l'Homme au Sahara marocain. L'Espagne s'y était fortement opposée, ce qui reflétait une évolution de sa position. Et même pendant les périodes électorales, l'on constate que les rapports d'analyses des think tank espagnols mettent l'accent sur la nécessité de soutenir la stabilité du Maroc et soulignent que tout changement dans la position de l'Espagne pourrait avoir un impact sur le Maroc. Les Espagnols savent pertinemment que la création d'un Etat faible et non-viable au Sahara aura un impact sur les Iles Canaries et sur les intérêts de l'Espagne dans cette région en ébullition.
L'Algérie fait face, depuis février dernier, à une crise politique sans précédent dont personne ne peut augurer de l'issue, le chaos règne encore en Libye et les groupes jihadistes ainsi que les trafiquants de drogue menacent la stabilité des Etats du Sahel. Dans ce contexte, aucun être sensé et raisonnable ne peut plaider pour l'indépendance du Sahara.
L'Envoyé personnel d'Antonio Guterres pour le Sahara, Horst Kohler, a présenté en mai dernier sa démission de ses fonctions arguant des problèmes de santé. Depuis, le secrétaire général de l'ONU n'a pas encore trouvé de successeur à l'ex-président allemand. Quelles sont, d'après vous, les raisons de ce retard ?
Cette question a trait à ce que nous avons dit tout à l'heure. Il semble que les Etats-Unis ont une position sur la question du Sahara qui est proche de la position marocaine. Et Horst Kohler s'était rendu compte que Washington s'opposerait à toute solution prônant l'indépendance de ce territoire. Peut-être est-ce la vraie raison pour laquelle il a préféré jeter l'éponge. Je crois que le choix d'un nouvel envoyé spécial prendra un peu de temps. Il se peut que le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, propose un nom avant le mois d'octobre prochain pour sauver ce qui reste des six mois du mandat de la MINURSO. S'il y a un pré-choix d'ici octobre, ce sera déjà un pas en avant.
Il semble, par ailleurs, que l'ONU ne soit pas tellement pressée pour désigner un nouvel envoyé. Et ce pour deux raisons. La première est qu'elle est plus préoccupée par les autres crises qui secouent le continent africain (République centrafricaine, Libye, Soudan...). Et la deuxième est que la question du Sahara marocain ne semble pas être actuellement prioritaire pour l'Afrique, surtout après le retour du Maroc au sein de sa famille institutionnelle africaine. Avant 2017, l'Afrique pesait de tout son poids sur le processus onusien concernant le dossier du Sahara. Il en ira différemment désormais et les moyens de pression dont disposait le Front Polisario ne fonctionneront plus comme auparavant. Par conséquent, le secrétaire général de l'ONU ne se sent pas pressé pour désigner un nouvel envoyé au Sahara.
Récemment, le dirigeant des séparatistes, Brahim Ghali, a adressé une lettre au secrétaire général de l'ONU, dans laquelle il a dénoncé les projets lancés par le Royaume au poste frontalier de Guerguerat. Que se passe-t-il réellement dans cette région ?
Le Polisario utilise ces dernières années la carte de Guerguerat pour faire pression sur le Maroc. Les autorités marocaines en sont conscientes et prennent donc des mesures de nature à permettre de déjouer les manœuvres des séparatistes.
Selon l'accord du cessez-le-feu signé en 1991, ni le Maroc ni le Polisario n'ont pas le droit d'intervenir dans la zone tampon. Mais, le Front Polisario a enfreint à plusieurs reprises cet accord en prétendant que cette zone tampon constitue « un territoire libéré ». Le Maroc a le droit de réagir et de défendre ses droits.
Quant à la lettre adressée par Brahim Ghali à l'ONU, elle s'inscrit dans la stratégie propagandiste du Polisario. L'on sait que l'enjeu pour le Polisario est de demeurer visible coûte que coûte. Il saisit toutes les opportunités possibles pour se rappeler au bon souvenir du secrétaire général de l'ONU, attester du fait qu'il existe encore et être cité dans les rapports que le secrétaire général adresse au Conseil de sécurité.


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