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A Oslo World, Hindi Zahra chante et enchante
Publié dans Libération le 31 - 10 - 2019

Le public norvégien a eu droit mardi soir à un cocktail musical de toute beauté et pour le moins original, distillé par la chanteuse marocaine Hindi Zahra aux côtés de sept autres voix féminines résonnant sans frontières, à l'ouverture du bal du Festival de musiques Oslo World.
Quatre ans après avoir marqué sa première participation à ce melting-pot culturel, c'est en compagnie de stars mondiales comme Rossy de Palma, Silvia Pérez Cruz et Natacha Atlas que l'artiste marocaine se reproduit en point d'orgue sur la scène du Folketeateret d'Oslo autour d'un concert pluriel et universel : "Berceuses utopiques".
Pour cette 26ème édition, Hindi Zahra a été assurément plus affûtée et intense, d'une beauté d'ascète ou de danseuse, grave et harmonieuse à la fois, diffusant une sérénité sans fard. L'artiste a interprété avec brio son single "Silence", tiré de son dernier album Homeland qui a été conçu et enregistré sur son Maroc natal, avant de chanter son délicieux tube "Beautiful Tango" qui lui a valu tant de succès.
Le temps d'une soirée, elle a égayé, par des partitions savamment puisées dans ses origines berbères, nombre de ses fans, avides de sons, de chaleur et de lumières, qui ne se sont pas retenus d'applaudir, entraînés par le rythme des mélodies. Et il y a de quoi. Sa musique se présente comme un blues ancestral, un jazz originel, une transe gnaoua, une vibration orientale, où elle parle de soi, d'amour, de voyage. Ses chansons respirent la nostalgie de son pays, son envie d'être à la fois ici et ailleurs...
Des chansons d'aventurière remontée des tréfonds, qui danse sur les flots et vogue sur les déserts. Artiste aux multiples talents, chanteuse cosmopolite et polyglotte, âme profonde et inspirée, Hindi Zahra égrène avec grâce sa mélancolie mélodieuse et sa nonchalance rythmée, une soul mondiale progressive qui libère les corps et les cœurs, offrant au public la douce utopie d'un interstice. A en juger par l'exaltation et l'alchimie créées autour des artistes qui se sont succédé tout au long du show, chantant tantôt en arabe ou en anglais, tantôt en espagnol ou en norvégien, accompagnés par les notes du pianiste Sverre Indris Joner, le pari aura été gagné.
"La vision du monde d'aujourd'hui est dystopique, nous sommes confrontés à d'énormes défis en matière de climat, de migration, de guerre et de pauvreté, et c'est pendant cette période que nous avons le plus besoin de musique, une musique qui peut guérir les blessures et agir comme un baume pour l'âme.
Le concert d'ouverture apportera une telle expérience", a expliqué Alexandra Archetti Stølen, la directrice de ce festival, organisé en collaboration notamment avec l'ambassade du Maroc en Norvège et soutenu par le Groupe OCP.
Cette année, le Festival Oslo World a concocté sa programmation autour des utopies. C'est en ce sens qu'un séminaire sur "des utopies qui disparaissent à un rythme alarmant" est prévu jeudi pour souligner l'importance de la sauvegarde du patrimoine immatériel, plus particulièrement de la musique Gnaoua et Aïta.
Qui mieux que Brahim El Mazned, membre de la Banque d'expertise UE/UNESCO 2019-2022, directeur artistique du Festival Timitar d'Agadir et président-fondateur du Visa For Music de Rabat, pour en débattre ? L'ambassadrice de la musique Gnaoua Asmaa Hamzaoui, le manager de Gabacho Maroc Vincent Thomas, et la chanteuse et journaliste marocaine Jihane Bougrine, seront également au rendez-vous.
Dans la soirée, Asmaa Hamzaoui, accompagnée de sa troupe Bnat Timboktou et le groupe Gabacho Maroc avec ses tonalités métissées, alliant héritage gnaoua et puissance du jazz africain, donneront des concerts au grand plaisir des férus de la musique Gnaoua.
Au total, ce sont plus de 300 artistes venant de plus de 25 pays qui se produiront lors de ce festival visant à promouvoir les musiques d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine, de quoi mettre de la couleur à Oslo, qui semble déjà s'assombrir en cette période d'automne.


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