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Quatre visages pour raconter : La Havane, à l'aube de ses 500 ans
Publié dans Libération le 16 - 11 - 2019

L'un transporte les touristes en décapotable américaine, l'autre pêche sur le front de mer, une troisième joue les statues vivantes, une quatrième soigne les personnes âgées : Yosbel, Roberto, Beatriz et Alina racontent les multiples facettes de La Havane, qui fête ses 500 ans.
Quand on veut ramener les touristes aux années 50, décennie où La Havane s'est figée dans le temps, "cela aide d'avoir une voiture de 1959", l'année de la révolution socialiste menée par Fidel Castro, plaisante Yosbel Sosa.
Au volant de sa Chevrolet Impala, une décapotable noire aux sièges rouges et blancs, il sillonne les endroits emblématiques de la capitale, certains en mauvais état, comme les batiments coloniaux colorés du centre historique, et d'autres qui vivent une seconde jeunesse, comme le Capitole, rénové pour l'anniversaire de La Havane.
"Les touristes veulent connaître la vieille ville, l'histoire d'il y a 500 ans", confie-t-il, ravi de les faire voyager dans le temps. Le tourisme est le moteur économique de l'île, qui en a accueilli 4,75 millions en 2018.
Agé de 33 ans, Yosbel a abandonné les cours de droit pour travailler dans une entreprise privée, Nostalgicar, qui retape de vieilles berlines pour y transporter des touristes. Dans un pays où la majorité de la population travaille pour l'Etat, avec des salaires mensuels moyens de 50 dollars, il gagne beaucoup plus... mais ne compte pas ses heures.
"Parfois, je sors très tôt et je rentre très tard, quand mes enfants dorment. Cela me rend triste de ne pas les voir ni pouvoir jouer avec eux. Mais la famille est contente avec mon travail".
A 69 ans, Roberto Molina a passé la moitié de sa vie à lancer sa canne à pêche depuis le Malecon, célèbre boulevard côtier de La Havane, "à respirer ce petit air doux, agréable, et le soleil", sourit-il.
Visage buriné par les éléments extérieurs, il marche chaque matin de son quartier de Cayo Hueso, dans le centre de La Havane, jusqu'au bord de mer à 400 mètres de là.
"Du poisson, il y en a à La Havane, mais il faut être le premier à le pêcher", dit-il avec malice. Sur le Malecon, des centaines d'habitants tentent leur chance, pour manger ou revendre aux restaurants.
Le soir, les habitants viennent s'asseoir sur le front de mer. On raconte que celui qui regarde vers la mer est triste, celui qui se tourne vers la ville est heureux.
L'océan Atlantique garde le souvenir des 45.000 habitants partis sur des canots de fortune en 1994, en pleine "Période spéciale", grave crise économique provoquée par la chute de l'URSS, alors principal soutien financier de l'île. Beaucoup ont péri dans la traversée.
Sur le Malecon, une foule avait manifesté sa colère. "Mais alors est arrivé...", se souvient Roberto en esquissant une barbe sur son menton, en allusion à Fidel Castro que beaucoup n'osaient pas nommer, "et tout le monde est rentré à la maison".
Aujourd'hui, le quotidien des Cubains reste compliqué, entre pénuries d'aliments et difficultés liées à l'embargo américain imposé depuis 1962 mais Roberto garde le sourire: "Le Havanais est joyeux. Si tu trouves une solution aujourd'hui, tant mieux, si tu n'en trouves pas demain, tant pis. De toute façon tu finiras par en trouver!"
Elle étudiait le droit mais elle a laissé tomber: Beatriz Estevez, 29 ans, est à la fois actrice, créatrice d'artisanat et statue vivante dans la rue Obispo, principale rue commerçante et touristique de la vieille Havane.
Minutieusement, elle se maquille le visage de gris, enfile ses ailes et son costume. Beatriz devient alors une fée qui émerveille les passants, qui lui donnent une pièce en échange d'une photo avec elle.
Quand elle a annoncé son changement radical de carrière, son père, ingénieur naval, "a crié comme un fou", se souvient-elle. "Mais il m'a aussi dit: +ah ma fille, tu gagnes en une journée ce que je gagne en un mois, alors je ne peux rien dire".
En fin de journée, Beatriz, revenue simple mortelle, prend le bateau et traverse la baie de La Havane, vers le quartier de Regla, "un village de campagne en pleine ville".
Loin de l'agitation touristique, elle y retrouve une autre facette de la capitale.
"Les habitants de Regla sont plus détendus. Tout le monde se connaît, s'asseoit devant les portes des maisons, il y a une bonne ambiance", raconte-t-elle de ce quartier organisé autour de l'église de la Vierge de Regla, noire, symbole du syncrétisme religieux avec les rites afro-cubains.
Alina Gonzalez n'a pas de voiture. Et elle ne peut pas compter sur le transport public, rationné en raison des pénuries d'essence dues aux sanctions américaines.
Cette gériatre de 57 ans marche donc les deux kilomètres qui séparent son domicile de l'hôpital où elle travaille.
A Cuba, où la santé est gratuite comme l'éducation, les médecins représentent une véritable institution, mais vivent dans les mêmes conditions que tout le monde.
"On fait partie du peuple, nous aussi nous sommes des Cubains de base et cela crée une forte identification avec nos patients. Leurs problèmes, nous les rencontrons aussi", témoigne Alina.
Si elle vivait au Brésil, aux Etats-Unis, avec son expérience et sa formation, elle aurait peut-être sa propre clinique. Beaucoup de médecins cubains font le choix d'émigrer.
Pas Alina. Au Centre de recherches sur la longévité (Cited), elle soigne les personnes âgées, notamment les centenaires, particulièrement nombreux.
L'île en compte 2.070 pour 11,2 millions d'habitants et une espérance de vie de 79,5 ans: des chiffres similaires à ceux d'un pays riche, pour des conditions de vie d'un pays pauvre.
"C'est vrai, on a des difficultés, parfois c'est dur de rentrer à la maison, avoir une conversation intime avec mon réfrigérateur, quand je l'ouvre et je dis +qu'est-ce que je vais cuisiner aujourd'hui+".
Mais cela n'entame pas son amour pour La Havane, dit-elle, assurant vouloir "continuer à marcher dans ses beaux parcs, sur le Malecon, profiter de sa splendeur encore longtemps".


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