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SORTNA s'invite à Fort Rottembourg
Publié dans Libération le 16 - 01 - 2020

C'est par une belle journée ensoleillée que les visiteurs ont été reçus sur l'esplanade d'un lieu chargé d'histoire. Le président de la Fondation nationale des musées Mehdi Qotbi présente le nouveau musée qui sera exclusivement dédié à la photographie. Les artistes se sont succédé par la suite pour parler de leurs œuvres, puis de la visite qui s'est déroulée comme dans un rêve, où le 21ème siècle s'approprie le 19ème et où le gothique se mêle au moderne dans une ambiance de lumière savamment orchestrée.
Situé à mi-chemin entre le phare de Rabat et l'ancien hôpital militaire, le Fort Rottembourg, Fort Hervé ou encore Borj El Kebir, est une fortification érigée à la fin du 19ème siècle sur la corniche de Rabat afin d'abriter deux canons de 30 tonnes venus de Hambourg et offerts par les Allemands.
Le Fort Rottembourg tire son nom de celui de l'ingénieur allemand Walter Rottembourg qui fut l'officier chargé des travaux qui débutèrent en juin 1888 et s'achevèrent 12 ans plus tard en 1894. Le «Fort Rottembourg» fut renommé en 1912 «fort Hervé» par les Français. Il porte aujourd'hui – aussi – le nom de Borj El Kebir. Ce fut le 1er bâtiment en ciment armé jamais construit au Maroc.
Ce monument fut décrit en 1906, dans le Petit Journal militaire, maritime et colonial, comme une sorte de coupole bétonnée qu'entourent de profonds fossés aux talus soigneusement maçonnés. Au pied de ces talus, courent des grilles de fer forgé pour renforcer la valeur de l'obstacle; deux énormes canons émergent et sont visibles sur les deux tiers de leur longueur.
A l'époque de sa construction, le fort était un important symbole diplomatique et représentait un instantané historique des enjeux politiques en présence. En effet, alors que les puissances européennes s'interrogent encore sur l'avenir du Royaume chérifien, la lutte d'influence est de mise entre les Français et les Allemands. En offrant ces deux canons, les Allemands tentent de s'attirer les bonnes grâces du Sultan Moulay Hassan (1869 -1873), qui tente désespérément de garder son pays à l'abri de la colonisation.
C'est dans ce prestigieux monument que s'est installé le Musée national de la photographie qui vient enrichir la palette des musées de Rabat.
Pour son inauguration, la Fondation nationale des musées a ouvert le site à de jeunes photographes, à travers une carte blanche donnée à Yassine Alaoui Ismaili alias «Yoriyas», jeune photographe marocain qui a sélectionné les œuvres de jeunes photographes émergents, pour présenter leur travail dans une exposition intitulée SORTNA (صورتنا) qui marque le démarrage de l'année culturelle 2020.
Il s'agit d'Ait Wakrim Zakaria, Amazzal Abderrahman, Ben Rachad Hamza, Bendra Walid, Benzaquen Déborah, Boubelrhiti Lhoucine, Serri Fatima Zohra, Toumi Yassine, Yassine Alaoui Ismaili alias Yoriyas, Zaidy Ismail alias L4artiste, El Madani Abdel Ali alias Rwinalife, Mourad Fedouache, Kilito M'hammed, Mariouch Mehdy et Oulmakki Amine.
«Dans ma sélection, j'ai rassemblé des auteurs reconnus, des photographes émergents et des jeunes regards à encourager. C'est important, pour moi, de les montrer ensemble, pour mettre en valeur leur cohérence, leur dynamisme et leur complémentarité, et encourager la transmission d'une génération à l'autre. C'est une chance historique. Depuis quelques années, de plus en plus de photographes marocains travaillent et s'expriment, de plus en plus de lieux d'exposition les accueillent et attirent du public. Il n'y a pas encore d'école de la photographie marocaine, mais il y a le désir et la volonté d'auteurs et d'acteurs de la culture pour en poser les fondations. Cette dynamique rend possible une exposition comme celle-ci. C'est historique de participer à la création d'un lieu dédié à la photographie au Maroc, c'est historique qu'un musée national donne un tel éclairage à toute cette scène que j'aime, dans son énergie et sa diversité. Les auteurs exposés ici ont en commun le sentiment de responsabilité. Nous avons tous conscience qu'il nous appartient de capter les situations, les couleurs, les lieux, les gens, les moments de la société marocaine. Je suis convaincu que le développement visuel fait partie du développement socioéconomique d'un pays. Pour moi, cela veut dire que le Maroc est capable de se raconter lui-même en images, que nous sommes capables de produire des images, de les défendre, de les partager, de les montrer et de les regarder. Cette scène photographique montre un Maroc photographié par des Marocains pour des yeux marocains comme internationaux, et permet un rééquilibrage des forces, où les images des uns et des autres coexistent».
Une projection Jeunes Talents est également à suivre avec des noms prometteurs tels Mehdi Aït Mellal, Hamid Affa, Nawal Moujtahid …


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