Généralisation de la couverture sociale: Benchaâboun annonce les mesures à mettre en place    Le Discours de la clarté et de l'espérance    Maroc-Etats-Unis: une nouvelle année de collaboration fructueuse    France/Covid-19: Macron annonce une nouvelle mesure    Accident de la route à Agadir : 12 morts et 36 blessés    Entretien avec Omar Menzhi, expert en épidémiologie    Belhanda sur les pas d'Amrabat?    Football: La DTN désigne 48 responsables techniques des ligues régionales    Officiel : Wail Sadaoui rejoint le Raja    La sculpture de Farid Belkahia s'ouvre sur l'espace public    Alsa Al Baida suspend les lignes de bus Casa-Mohammedia    Pour une politique nationale de la recherche en migration sans discrimination!    Vaccin anti covid-19 : L'OMS tente de freiner les ardeurs de la Russie    Biélorussie: Svetlana Tsikhanovskaia en passe de détrôner Loukachenko    Covid-19 : le Vietnam attaqué par une souche plus virulente    Troubles de l'érection. La solution existe    Notre e-mag Challenge revient en début septembre    La Covid-19 impacte les comptes de Lydec    Finances locales : 3,7 milliards DH d'excédents générés par les collectivités territoriales à fin juin    Interconnexion électrique Maroc-Espagne : L'ONEE rassure sur une fuite d'huile    Traite d'êtres humains : 151 cas en 2019    Cours de change: les devises étrangères contre le Dirham marocain    Cyber-sécurité : Une transaction en ligne sur 50 était frauduleuse dans le secteur financier    Message d'Antonio Guterres au roi Mohammed VI    Casablanca: violent incendie au quartier Beauséjour    Covid-19 au Maroc: l'Istiqlal déplore « l'improvisation du gouvernement »    Météo Maroc: le mercure va grimper jusqu'à 45 degrés ce mardi    L'application TikTok sera bannie aux Etats-Unis si...    Le drapeau marocain mis à l'honneur dans le nouveau clip de Beyoncé    Hypertension artérielle : Faites de l'exercice !    Le lièvre soulevé par l'USFP suscite le débat    C1, C3, C1 dames, L1... Top départ d'un mois d'août fou de foot    Le Raja met la pression sur le WAC    Le surf à l'ère du coronavirus    Koert Debeuf : L'importance du Maroc dans le conflit libyen réside dans sa neutralité    Le discours du Trône constitue une feuille de route claire pour le présent et l'avenir    Exacerbation de la crise sécuritaire à Tindouf    Début de la 100ème édition du festival de Salzbourg, sous restrictions à cause de la pandémie    Amitabh Bachchan, légende de Bollywood, est sorti de l'hôpital    Ligue 1: le Marocain Azz-Eddine Ounahi quitte Strasbourg pour rejoindre ce club    Bourita: Il y a une convergence de points de vue entre le Maroc et l'Arabie Saoudite    Le Sénat italien lève l'immunité parlementaire de Matteo Salvini    Espagne. Les homosexuels marocains accueillis à bras ouverts    Cross country : Les championnats du monde juniors de reportés jusqu'en août 2021    Redwan El Asmar lance «Samhili»    Parution de la traduction arabe du livre «Les sept patrons de Marrakech»    "L'Oriental et la Méditerranée au-delà des frontières" Le nouveau-né de l'agence de l'Oriental    La chanteuse yéménite Balqees Fathi chante la vie est belle en dialecte marocain    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Retour sur le passé : Brides de ma vie relatée à M'Barek Bouderka
Publié dans Libération le 08 - 07 - 2020


Dans les rangs de l'opposition
Le référendum sur la Constitution de 1962
Mohammed V s'est éteint le dimanche 26 février 1961 à la suite d'une opération chirurgicale. Vécu comme un drame national, l'évènement pousse le petit peuple sort dans les rues pour exprimer sa peine et pleurer un monarque adulé. La cérémonie des funérailles est un grand événement auquel prennent part plusieurs chars d'Etat, l'ensemble de la classe politique et une foule amassée le long du passage du cortège funéraire. Mehdi Ben Barka, en mission à l'étranger, envoie un message et a aussitôt rejoint le pays pour présenter personnellement ses condoléances au nouveau Roi, Hassan II.
Voulant commencer son règne sous le signe du dialogue, Hassan II reçoit pour consultation les dirigeants des partis nationaux. Aussi, à l'issue de plusieurs transactions, forme-t-il un nouveau gouvernement au début de mars 1961, le sixième depuis l'indépendance sous sa présidence effective. Il garde toutefois sous son autorité personnelle les ministères de l'Intérieur et de l'Agriculture. Quelques temps après, il fait appel aux services d'Ahmed Ridha Guédira qu'il réhabilite après un moment de disgrâce, lui confie la directif du Cabinet royal, puis deux semaines plus tard, les portefeuilles de l'Intérieur et de l'Agriculture en plus du secrétariat royal. L'homme devient l'un des principaux piliers du pouvoir, omniprésent dans les gouvernements qui se succèdent depuis. Contestant une telle hégémonie, trois ministres de l'Istiqlal présentent leurs démission et quittent le gouvernement : Allal El-Fassi, M'Hmed Bouceta et M'Hamed Diouri.
A la fin de l'année 1963, le roi effectue sa première visite officielle à Casablanca dont la population lui réserve un accueil chaleureux. Il prononce un discours devant le conseil municipal soulignent l'impératif de la mobilisation pour l'emploi, promettant de promulguer incessamment une Constitution et affichant sa volonté de promouvoir un véritable régime démocratique. Peu de temps après, il invite les partis politiques à former un conseil constitutionnel pour rédiger une Consitution. L'Ittihad décide de ne pas y prendre parts et insiste sur l'impératif d'élire une constituante en bonne et due forme à qui revient de droit la charge de rédiger la Constitution et estime que le cadre proposé par le roi est une bulle vide qui ne répond en rien aux attentes des partis politiques. Nos appréhensions se sont avérées vraies par la suite.
Allal El-Fassi, étant élu président du Conseil, les représentants du Mouvement populaire, Mahjoubi Aherdan et docteur El-Khattib, démissionnent, suivie dans leur fuite en avant par ceux du parti des Libéraux présidé par Guédira. La cause invoquée : l'élection d'El-Fassi bien qu'il ait été porté à la présidence par une procédure on ne peut plus démocratique.
La défection des partenaires politiques pousse le roi à faire appel à des experts étrangers pour rédiger la première Constitution du Royaume. La date du référendum est prévue pour le 7 décembre 1962. L'Ittihad décide de boycotter le scrutin. Ainsi, les militants du parti se mobilisent et s'investissent pour convaincre les électeurs de mettre dans les urnes le bulletin bleu « Non », opposé au blanc « Oui ». L'opposition entre les deux couleurs est à l'origine du slogan adopté pour les circonstances « Ni blanc, ni bleu, qu'ils gardent leurs institutions ». En outre, peu de temps avant le référendum à la mi-novembre 1962, Mehdi Ben Barka, à ses côtés Mehdi Alaoui, est victime d'une tentative d'assassinat alors qu'il est sur la route entre Casablanca et Rabat, au niveau de Oued Cherrate, à quelques kilomètres de Bouznika. Mehdi sort indemne de l'accident, tout juste une fracture cervicale qui l'oblige à aller se faire soigner en Allemagne.
Deux mois auparavant, pendant le mois de septembre, une bombe explose à l'intérieur de l'imprimerie qui édite les journaux de l'Ittihad et les publications de l'UMT. De même, lors de la campagne pour le « Non », pas moins de 900 militants du parti sont mis sous les verrous.
Pour sa part, le Parti démocratique constitutionnel, l'ancien parti de démocratie et d'indépendance (hizb chourra), dirigé par Mohammed Ben Hassan Ouazzani, membre du gouvernement, celui-même qui supervise le référendum, se retire déclarant qu'il s'agit d'un référendum « illégal ». Aussitôt les résultats donnés, un dahir annonce le limogeage de Ouazzani de sa fonction de ministre d'Etat.
Les élections législatives
Vers la fin du mois de mars1963, le ministre de l'Intérieur, Ahmed Redha Guedira, annonce lors d'une conférence de presse la création d'une nouvelle formation politique baptisée le « Front de défense ses institutions constitutionnelles», plus connu par l'abréviation FDIC. Le bureau du parti se compose de plusieurs personnalités, notamment : Mahjoubi Aherdan, docteur Abdelkrim El-Khattib, Ahmed Alaoui, Driss Slaoui ... Le jour même à Rabat, une nouvelle publication en français voit le jour « La Clarté ». Ziyyani est à la fois son directeur ainsi que celui de l'hebdomadaire « Les Phases ». Dans les premiers numéros des deux publications, on insiste sur les impératifs derrière la création du FDIC.
Pour sa part, en pleine campagne électorale, Allal El-Fassi tient une conférence de presse où il insiste en particulier sur un point essentiel : la fraude des élections pourrait mener le pays au seuil d'une révolution. Par la même occasion, il rend publique l'existence de contacts avec l'Ittihad.
En réaction à cette déclaration, le roi s'adresse à la nation dans un discours radiodiffusé en arabe dialectal annonçant le début de la campagne électorale. Il invite l'ensemble de la population à être au niveau de l'évènement en observant une bonne conduite et souligne encore une fois sa ferme volonté de faire régner la sûreté et d'assurer la sécurité de chacun.
Cependant, les militants de l'Ittihad subissent toutes sortes de tracasseries, surtout ceux en positions favorables face à des candidats du FDIC.
Prenant les devants au lendemain des élections, Ben Barka et Bouabid, lors d'une conférence de presse, font étalage des fraudes commises par les autorités. Allal El-Fassi, lui, dénonce les irrégularités et réclame la dissolution immédiate du gouvernement.
Les appréhensions des leaders se confirment quand le ministre de l'Intérieur annonce les résultats des élections législatives : sur 144 membres, le FDIC obtient 69 sièges, l'Istiqlal 41, l'Ittihad 28 et 6 pour les indépendants. Les résultats, néanmoins, réservent quelques surprises. En dépit des fraudes électorales, huit membres du gouvernement échouent à se faire élire, tandis que l'opposition a gain de cause dans la plupart des grandes villes.
Dans une tentative de sauver la face, le ministre de l'Intérieur, à la fin du mois de mai, n'a pas trouvé mieux que de porter plainte contre les journaux des partis nationaux, notamment « Al-Alam », « Attahrir » et « La Nation africaine ». Le FDIC, à la même époque, annonce la cessation momentanée de la parution du journal « La chargé ».
La mise en échec de ma candidature
L'ensemble des membres du secrétariat général de l'Ittihad candidats aux élections ont obtenu des sièges au parlement Quant à moi, candidat du parti à Tanger, ma ville natale, j'ai obtenu une majorité de voix, mais à la surprise générale, les autorités, au niveau central, ont procédé sciemment à la manipulation des données et ont déclaré vainqueur mon concurrent.
J'ai su par la suite d'une source crédible, d'un homme politique au courant des méthodes en usage à l'époque, que la fraude électorale se déroulait d'une façon astucieuse : on transférait les voix du vainqueur à celui désigné par l'administration et vice-versa. Les voix exprimées demeuraient ainsi les mêmes. Les échanges de voix ne soulevaient dès lors aucune objection tant ils se déroulaient de façon limpide. Ma source m'a confié : « Tu as gagné les élections à Tanger, mais les résultats ont été changés en ta défaveur pour faire élire Cherif Ouazzani. On voulait te punir pour l'initiative que tu avais prise au début du mois de mai auprès des Algériens ».
En effet, lors d'une visite privée à Alger, j'ai sollicité l'intervention du président Ahmed Ben Bella auprès du Rais égyptien pour renoncer à une visite officielle au Maroc parce que le gouvernement comptait l'utiliser pour redore son blason alors que nous étions en pleine campagne électorale. J'ai proposé d'ajourner la visite pour après les élections. Sans perdre de temps, Ben Bella a contacté Nasser dont le bateau avait déjà quitté les eaux territoriales égyptiennes. Pour sauver la face, il a été que le Rais fasse escale en Algérie en visite officielle, puisqu'il avait peu de temps auparavant, en 1961, effectué une visite au Maroc.
J'ai été le seul du secrétariat général à ne pas siéger sous la coupole du parlement. Depuis, j'ai décidé de ne plus me présenter aux élections, ce à quoi je tiens encore.
Les élections locales et l'affaire du « Complot »
Le ministre de l'Intérieur annonce la date des élections municipales et rurales : le 28 juillet 1963. Aussitôt, les autorités déclenchent une vaste campagne d'arrestation contre les militants de l'Ittihad, campagne qui s'étend pour englober les dirigeants de l'Istiqlal et du PCM, encore frappé d'interdiction.
Tirant les leçons de l'expérience précédente, celle des législatives qui, en dépit des fraudes, n'a pas atteint les résultats escomptés puisque les partis de l'opposition, surtout l'Ittihad, en sont sortis vainqueurs, la chasse aux militants cette fois-ci s'est voulue plus percutante. Répression contre les uns, disponibilité envers les autres, les autorités, sans se couvrir et en plein jour, n'ont guère lésiné sur les moyens pour donner l'avantage aux candidats du FDIC.
Les discussions tournaient autour de l'opportunité de participer aux élections communales et rurales, ou au contraire les boycotter. Le 16 juillet 1963, sur convocation du bureau politique, le comité central tient une réunion au siège à Casablanca pour justement en débattre et prendre une décision.
En plein réunion, les forces de l'ordre encerclent le siège et procèdent à l'arrestation des militants de l'Ittihad pour conspiration contre la sûreté interne et externe de l'Etat. L'ordre est donné par le ministre de l'Intérieur Ahmed Hamiani, celui même qui venait de remplacer de l'Intérieur Ahmed Hamiani, celui même qui venait de remplacer Guédira à ce poste. Sur le terrain, c'est le colonel Oufkir qui supervise les opérations.
Par chance, deux journalistes indépendants ont assisté à la séance. Tonm Brady, de nationalité américaine (décédé il y a quelques temps en Grèce), et André Azoulay que Bouabid avant auparavant mis en garde contre l'éventualité d'être la cible de la police, mais qui a insisté à prendre le risque et à dû partager avec moi la même cellule.
Des violations à large échelle
S'en suivent plusieurs autres arrestations visant la direction de la résistance, de l'armée de Libération et les militants de l'Ittihad. Les détenus subissent toutes sortes de tortures physiques et psychologiques, en particulier aux centres de détention Derb Moulay Cherif et Mâarif à Casablanca et Dar Al-Mokri à Rabat.
Cependant, au tout début de la campagne de répression, A. Bouabid a été libéré. Avec les camarades de la direction du parti encore en liberté, ils ont pris la décision de ne pas participer aux élections. La même décision a été prise par l'Istiqlal et le PCM, interdit d'action, ainsi que les diverses organisations estudiantines qui, unanimement, ont dénoncé « des élections truquées ».
Le roi a été mis au courant de la dérive grave par le biais d'une correspondance qui a dénoncé les arrestations dont étaient victimes des militants de l'Ittihad. Pour sa part, le Syndicat de la presse a publié un communiqué dénonçant les pratiques illégales, notamment la détention arbitraire des journalistes, la saisie des journaux et leur renvoi devant les tribunaux. Le document a dénoncé sans ménage les dérives qui ont porté atteinte à la liberté d'expression.
Mohammed Oufkir, le directeur de la sûreté nationale et le colonel Ahmed Dlimi, se sont chargé en personnes des interrogatoires pour arriver à leurs fins et arracher les aveux, usant des méthodes les plus sadiques. Ainsi, on n'a point hésité à diffuser sur les ondes de la radio un enregistrement sonore du Fquih Basri. On a fait pression sur Moumen Diouri pour l'obliger à être témoin à charge divulguant de sa propre volonté les secrets du complot. Outre des aveux francs, on a tenu à le filmer en train de soustraire des armes d'une cache suitée quelque part dans une ferme.
Pas moins de cent militants sont présentés devant le tribunal pénal de Rabat, tous accusés de fomenter des actions contre la sûreté intérieure et extérieure de l'Etat, de projet d'assassiner le prince héritier et de comploter conte la sécurité de l'Etat. Les accusations sont formulées de façon grossière contre ceux qui ont une opinion autre que celle exprimée par les autorités.
Il est à noter que pendant la première semaine de juin 1963, juste après les élections, quelques dirigeants de l'Istiqlal sont arrêtés et mis sous les verrous, notamment Mansour Nejae, Ahmed Cherkaoui, Abdelaziz Cohen et Mohamed Belouareth. L'accusation évoquée, devenue classique, n'est autre que celle de porter atteinte à la sûreté de l'Etat tout simplement parce qu'ils avaient adressé une lettre à l'ambassade des Etats-Unis pour dénoncer le détournement des denrées alimentaires dont fait don l'Etat américain au peuple marocain. Ils passent deux mois en prison avant de bénéficier de la libération provisoire sans qu'ils aient fait l'objet d'un procès jusqu'à nos jours.
Les ténors de l'Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM) subissent un traitement analogue et pour la même accusation. Mohammed Haloui, le secrétaire général de l'organisme estudiantin, est mis plusieurs fois en détention.
Parmi les accusations à charge retenues, les autorités s'ingénient à fournir des preuves supposées être irréfutables. Ainsi, elles ont recours aux confidences d'un agent syrien, un certain Atef Daniel, résidant à Genève, la ville que les nationalistes ont pris l'habitude de prendre pour point de départ lors des voyages à l'étranger, vers Le Caire, New York, le Pakistan et autres destinations et ce pour éviter les aéroports de l'Hexagone infectés par les services de renseignements français. Il est à rappeler que Genève est devenue un lieu privilégié des nationalistes marocains depuis 1937, l'année où Ahmed Balafrej y est allée pour se faire soigner et avait l'habitude d'y retourner fréquemment. En outre, Lausanne recevait plusieurs étudiant arabes, syriens et marocains. Ces derniers, notamment Abdelkebir El-Fassi, Allal El-Fassi et Ahmed Balafrej y avaient fait la connaissances de Chakib Arsalane, Il introduisent auprès de l'émir syrien les dirigeants de la révolution algérienne, en l'occurrence Ahmed Ben Bella, Mohammed Boudhiaf et Houssein Aït Ahmed.
Parmi les étudiants syriens, se trouvait un certain Atef Daniel qui s'est lié d'amitié avec plusieurs étudiants marocains, entre autres avec Mamoun Alaoui et Abdel-Wahab Liraqui. La plupart de ces derniers, après la fin des études, sont revenus au pays. Daniel lui est resté en Suisse. On ne lui connaissait nulle fonction ni métier, ce qui laissait croire qu'il était à la solde des services de renseignement. Nonobstant les doutes sur sa véritable identités, les nationalistes de passage en Suisse, par compassion, se montraient généreux à son égard. Il n'est pas exclu qu'il ait rendu visite à un de ses amis au Maroc et ait participé à quelques réunions et conférences des partis marocains. Il est à croire aussi que passant par des conditions difficiles, il a dû contacter docteur El-Khattib pour lui fournir des informations en échange d'une somme d'argent ce qui ressemblait à une opération de chantage, El-Khattib devait plus tard donner plus de détails sur cette affaire.
La préparation du procès
A la mi-août 1963, les accusés du « Complot » sont différés devant le parquet. Aussitôt, le ministre de la Justice, Ahmed Bahnini, tient une conférence de presse pour confirmer l'inculpation des accusés dans une vaste opérations de déstabilisation du pays. Il tient à l'occasion à préciser qu'aucun officier de l'armée n'y est impliqué, balayant ainsi les soupçons qui pesaient sur le colonel Mohammed Madbouh, l'époque responsable à la garde royale. Il est quelques temps plus, en septembre 1963, promu directeur du cabinet militaire du roi.
En signe de gratification, le colonel Oufkir, jusqu'alors directeur de la sûreté nationale, est élevé au grade de général de brigade. Le jour même de sa promotion, trois bombes explosent dans les ateliers de l'imprimerie « Imprégima » à Casablanca, là ou sont édites « Attahrir », l'organe de l'Ittihad, les publications de l'UMT et celles du PCM. Les dégâts sont énormes.
Mehdi Ben Barka, à l'étranger, échappe au coup de filet. Il quitte le pays le 15 juillet 1963, quelques heures avant le lancement des opérations. Un mois plus tard, dans une interview au journal « Le Monde », il dénonce la répression dont sont victimes ses camarades et déclare son intention de présenter devant les instances internationales les violations graves commises.
Fin août, le juge d'instruction permet enfin aux seuls avocats marocain de rendre visite aux détenus, et refuse à leurs confrères étrangers de défendre certains inculpés. Le procès, prévu pour une date proche, est ajourné à cause de la guerre des Sables survenue pendant le mois d'octobre 1963.
La guerre entre le Maroc et l'Algérie, malheureusement, est à l'opposé de ce qui a prévalu lors de la conférence de Tanger en avril 1958, une rencontre qui voulait être le noyau de la construction du Grand Maghreb arabe, tout autant qu'elle est à l'opposés des objectifs que se sont assignés les dirigeants des Mouvements de libération en Afrique du nord. C'est un coup fatal porté à l'action menée par le Bureau du Maghreb arabe au Caire, à sa tête Mohammed Ben Abdelkrim Khattabi. Elle constitue l'acte qui a réduit à néant les sacrifices du peuple marocain pour soutenir la révolution algérienne contre le colonialisme. Est-ce nécessaire de rappeler qu'une bonne partie des opérations de résistance partait de la région orientale du Maroc.
Un mois après la cessation des hostilités militaires en novembre 1963, un nouveau gouvernement est constitué, le neuvième depuis l'indépendance et le premier sous le règne de Hassan II. Le premier ministre n'est autre que Ahmed Bahnini. Au cours du même mois, un dahir publié dans le Bulletin officielle réhabilite plusieurs « collaborateurs », dont Thami Glaoui, banni par la Commission d'enquête formée le 27 mars 1958. Le 21, Bouabid déclare au journal « Le Monde » qu'il n'est pas de l'intention de l'Ittihad de mener une opposition permanente susceptible de pousser le régime vers l'impasse. Le lendemain, le Figaro publie le texte d'un entretien avec le roi qui y déclare que depuis qu'il n'est plus premier ministre, son devoir consiste dorénavant à faire de l'arbitrage. Il invite ceux qui se déclarent être de l'opposition, à le convaincre de l'inefficacité de l'action du gouvernement, auquel cas, parce qu'il n'est pas têtu, il les considérerait comme des conseillers et non pas des opposants. Il promet de prendre contact avec l'opposition parce que son rôle de roi constitutionnel correspond plus à celui qu'il avait endossé jusqu'alors.
Le début du procès
Au lendemain de cette déclaration, le 23 novembre 1963, commence le procès des accusés de complot contre la sûreté interne de l'Etat, les audiences durent jusqu'au 14 mars 1964.
Juste avant le début de la première séance, Omar Benjelloun s'adresse à Moumen Diouri, président en tant que témoin à charge, pour lui rappeler le passé glorieux de son auguste père, Mohammed Diouri, grande figure de la résistance; il rend hommage à son action en faveur du Mouvement national et sa persévérance à ne point renoncer à ses principes, préférant la mort à la vie de la honte. Il lui rappelle aussi l'apport de sa mère à la libération du pays. On l'a bien deviné, l'objectif de Benjelloun est de perturber le déroulement du scénario du procès tel que préparé par les autorités, et qui consiste à appeler à la barre en premier Moumen Diouri pour affirmer l'existence d'un complot et rapporter des détails à ce sujet.
Il faut dire que Benjelloun a bien réussi son coup. Diouri en effet avoue devant l'audience qu'Oufkir et Dlimi ont fait pression sur lui pour tenir des propos qui confirment l'implication des accusés dans un prétendu complot, qu'il a été obligé d'obtempérer pendant les interrogatoires, mais là devant la cour, il tient à dire toute la vérité.
Le procès connait plusieurs irrégularités procédurales. Le président, en effet, rejette les défenses exprimées par les avocats, de même qu'il fait la sourde oreille aux demandes formulées. Bouabid, excédé, s'insurge et dénonce les pratiques de la police et du parquet les qualifiant du même ordre que celles dont étaient victimes les nationalismes en 1952, sous le protectorat français.
Le parquet demande la peine capitale
Le procès dure quatre mois et s'apparente à des batailles juridiques et de positions politiques. Les accusés affirment l'appartenance à l'Ittihad fiers d'être des résistants au colonialisme et des combattants pour un Maroc démocratique intégrant toutes les composantes.
Le 25 janvier 1964, « Les phares », l'organe du FDIC écrit : « Personne n'a jamais nommé l'UNEP d'être organiquement compromise dans le complot, mais son tort aura été s'avoir donné asile à un petit groupe d'agitateurs professionnels ». A la fin du mois, les avocats prennent une décision grave en conséquence : se retirer définitivement en signe de protestation contre le mépris dont fait preuve la court à leur encontre. C'est d'ailleurs ce que, quelques jours plus tard, maître Ravoti, ancien bâtonnier de Rabat et bâtonnier Ben Attar, sont venus confirmer au président. Rendant les choses encore plus compliquées, les accusés refusent dorénavant de répondre aux questions posées.
Au début du mois de mars 1964, le parquet par la voix de Majid Benjelloun (promu plus tard au poste de ministre de l'Information et futur avocat de Dlimi lors du procès Ben Barka devant le tribunal pénal de Paris), demande les têtes de douze inculpés et la perpétuité avec travaux forcés pour cinq autres.
Le 14 mas 1964, le tribunal de Rabat se prononce dans l'affaire du complot : 11 condamnations à mort dont huit avec contumace. Les trois condamnés présents sont Fquih Basri, Omar Benjelloun et Moumen Diouri. 3 condamnations à perpétuité avec contumace, 4 autres à 20 ans de réclusion, 2 à 15 ans et 5 à 10 ans. Les acquittés sont au nombre de 35 dont cinq avec sursis de 5 à 18 mois. J'écope moi d'une condamnation de 2 ans avec sursis alors que le parquet, par le truchement de Majid Benjelloun, avait demandé 15 ans.
Comme attendu, la sévérité des condamnations provoque l'indignation de l'opinion publique nationale, Partis politique et syndicats se déclarent outrés. Prenant les devant, le syndicat de la presse demande l'intervention du roi pour annuler les condamnations.
La motion de censure
et l'ordre royal de
transmission des débats.
Sitôt libéré, je retourne à l'action politique plus déterminé que jamais. En l'absence de Bouabid à l'étranger, je suis le seul de la direction qui se réunit avec le groupe parlementaire de l'Ittihad que préside le docteur Abdellatif Benjelloun. Ainsi, de façon spontanée, je suis devenu le coordinateur d'un groupe de jeunes cadres aux compétences multiples qui, dans l'ensemble, se complètent. Citons le cas du docteur Abdellatif Benjelloun que ses tâches de médecin ne l'ont pas empêché d'être un des fondateurs de la résistance et de l'armée de libération. Intellectuel aux vastes connaissances, sa formation scientifique, son style de communication, son physique ainsi que son élégance vestimentaire, imposent le respect et la retenue à ses interlocuteurs.
Le groupe parlementaire de l'Ittihad, à l'origine composé de 28 membres, est récit sur décision de la Chambre constitutionnelle à 26 suite à la condamnation lors du procès du complot de Habib Forquani, élu à Agadir et Mohammed Meknassi, le député d'El Jadida.
Le règlement intérieur du Conseil permet de présenter une motion de censure à la condition expresse d'obtenir l'adhésion du dixième des parlementaires, c'est-à-dire 14 signataires. Aussi, au bout de quelques réunions au domicile de Mohammed Lahbabi, la mouture finale est présentée au docteur El-Khattib, le président élu du parlement.
Quelques jours après, la réponse dépasse nos espérances : non seulement la motion est retenue, mais l'ordre est donné pour transmettre les débats à l'intérieur du parlement sur les ondes de la radio et de la télévision marocaines. Les séances tiennent lieu à la faculté des sciences de Rabat.
Quel sens donner à la décision? Les échos parvenus des échanges de points de vue entre le gouvernement et la majorité parlementaire, attestent de la volonté de « faire tourner l'Ittihad en bourrique » au su et au vu de l'opinion publique, une sorte de procès du parti devant le peuple puisque ses dirigeants continuent de contester les sentences annonces à l'encontre de ses cadres aussi bien à l'issue de l'affaire du complot qu'à celle prononcée par le tribunal militaire contre Ben Barka et Hamid Berrada, tous deux condamnés à mort.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.