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La contamination bat son plein : A qui la faute ?
Publié dans Libération le 09 - 07 - 2020

La multiplication des foyers de contamination dans les unités industrielles est-elle imputable à l'Etat ou au patronat ? En effet, il ne passe pas un jour sans que de nouveaux cas de contamination ne soient découverts parmi les salariés du secteur. On compte près de 500 cas par jour selon certaines sources médiatiques.
Pour le ministère de l'Industrie, les patrons n'assument pas seuls la responsabilité dans la propagation du coronavirus puisque la source de cette propagation reste difficile à identifier. Un point de vue que ne partage pas le ministère de la Santé qui estime que la responsabilité du patronat est évidente même si la source de la propagation est exogène. Lors dela réunion tenue mardi dernier par la commission de l'éduction et des affaires culturelles et sociales de la Chambre des conseillers, Rachid Ait Taleb, ministre de la Santé, a souligné que les employeurs sont censés assurer le respect des mesures de prévention au sein de leurs usines et dans les alentours de ceux-ci. « Si vous voulez préserver la productivité de vos entreprises, vous êtes obligés de protéger vos salariés, mêmedurant leur déplacement entre leur lieu d'habitat et celui de leur travail», a-t-il déclaré.
De son côté, Dr El Mountadar Alaoui, secrétaire général du Syndicat indépendant des médecins du secteur public (SIMSP), soutient que la responsabilité en la matière est partagée et qu'il est injuste de l'imputer à une seule partie. « L'Etat est responsable puisqu'il a la mission de contrôler les conditions de sécurité et de prévention au sein de ces unités. La responsabilité de l'Etat se manifeste également à traversson manque d'intérêt pour la médecine du travail et ce problème ne date pas d'aujourd'hui, alors que cette branche de la médicine est censée jouer un rôle important dans la lutte contre le Covid-19. Les employeurs pèchent également par le non recrutement de ces médecins et le peu de cas qu'ils font de leur rôle », nous a-t-il indiqué.
Pour sa part, Dr Hassan Ellourhaoui, spécialiste en médecine du travail, pense que chaque partie a assumé ses responsabilités selon ses moyens et ses marges de manœuvre. « Si l'Etat comme les employeurs ont plus ou moins mis en place des mesures destinées à protéger les salariés contre la propagation du virus, il reste que le respect de ces mesures et la conformité aux normes demeurent sujets à caution, nous a-t-il confié. En effet, nombreux sont ceux qui ne jugent pas utile et nécessaire de respecter ces mesures».
Aziz Adamine, expert international en droits de l'Homme, estime que la responsabilité de l'Etat est palpablevu son incapacité à mettre en place un arsenal juridique national en matière de santé publique. Selon lui, l'Etat s'est contenté depuis la propagation de cette maladie de publier des communiqués et des directives via le ministère de l'Intérieur comme seuls moyens destinésà protéger la santé des Marocains contre la propagation du Covid-19. Pis, il considère que l'Etat est incapable d'assumer ses responsabilités en matière de contrôle puisque le corps chargé de cette mission, à savoir les inspecteurs du travail,demeure inapte à mener cette tâche vu la faiblesse de ses moyens humains et du cadre juridique qui le régit.
Faut-il, pour autant, s'inquiéter de l'augmentation du nombre de ces foyers de contamination industriels ? Une question des plus légitimes puisqu'il y aura la réouverture progressive des mosquées à partir du mercredi 15 juillet et une éventuelle réouverture des frontières marocaines.« C'est tout à fait normal d'assister à la croissance du nombre de ces foyers vu l'augmentation du nombre de dépistages. En fait, nous avons atteint aujourd'hui le seuil de 20 à 22.000 tests par jour », nous a expliqué Dr El Mountadar Alaoui.
Même évaluation de la part de Hassan Ellourhaoui qui nous a précisé que la campagne de dépistage a permis de détecter de plus en plus de porteurs du Covid-19.
Pourtant, les deux spécialistes sont d'accord sur le fait que la situation demeure maîtrisable vu que le taux de mortalité et le nombre des personnes en réanimation sont en baisse. « Aujourd'hui, la vraie question n'est pas celle de désigner qui est responsable et qui ne l'est pas, mais plutôt de savoir quels moyens mettre en place pour lutter contre ce fléau. Notre pays est obligé de cohabiter avec le nouveau coronavirus durant six mois à un an au moins en l'absence de vaccin. Et du coup, nous devons assumer cette cohabitation avec des mesures rigides. En effet, le déconfinement n'est pas synonyme de la fin de la propagation du virus et le temps n'est donc pas encore venu de relâcher nos efforts », a conclu Dr El Mountadar Alaoui.


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