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La rentrée scolaire, c'est dans trois semaines
Publié dans Libération le 10 - 08 - 2020

Les élèves retrouveront les bancs de l'école au début du mois de septembre. C'est ce qu'a annoncé au cours de la semaine dernière le ministre de l'Education nationale de la Formation professionnelle, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Saïd Amzazi, quand il a dévoilé le programme scolaire de l'année 2020-2021.
Selon un communiqué du ministère de tutelle, la rentrée scolaire aura lieu le lundi 7 septembre 2020, tous niveaux confondus et en présentiel, soulignant que la période allant du 7 septembre et 3 octobre 2020 servira de révision des cours censés avoir été dispensés durant la période de confinement.
Après cette période, le lancement des cours relatifs à l'année scolaire 2020-2021 sera donné à partir du 5 octobre.
Cette décision a été critiquée notamment par les syndicats de l'enseignement. En effet, dans une déclaration à la presse, Abdelghani Erraki, secrétaire général du SNE (CDT), a souligné que la décision du ministre de l'Education nationale, Said Amzazi, concernant la prochaine rentrée scolaire passe sous silence la situation exceptionnelle dans laquelle se trouve le Maroc. Selon lui, la décision a été prise comme si les conditions étaient normales et que tout le monde retournera normalement en classe et sur le lieu de travail.
Il a, par ailleurs, critiqué le fait que le département dirigé par Said Amzazi ne s'est pas concerté avec les syndicats représentatifs avant la prise de cette décision qui ne tient pas en compte la situation épidémiologique au Maroc, tout en évoquant vaguement la question de l'adoption de l'enseignement à distance sans donner plus d'explications : «Au début du mois de septembre, les étudiants iront en classe. Et chaque classe comprendra une quarantaine d'élèves, que faire alors ?», s'est-il interrogé, tout en soulignant que ce genre de problématiques doivent être résolues avant le début de la rentrée scolaire pour éviter toute perturbation ou confusion.
« Nous ne sommes qu'à trois semaines de la rentrée scolaire et le ministère se contente de nous dire qu'il va traiter le problème de la rentrée scolaire en fonction de la situation épidémiologique dans notre pays. La situation actuelle est claire à travers les chiffres annoncés depuis des semaines. Il y a une augmentation du nombre de cas de personnes atteintes du Covid-19. Mais malheureusement, le ministère a créé une certaine ambiguïté dans la gestion de l'année scolaire dès le début », a-t-il martelé dans une déclaration à Libé. Et d'ajouter que le ministère n'a pas prévu dans son plan la possibilité d'une forte migration des élèves du secteur privé vers le secteur public. Selon Abdelghani Erraki, le ministère est obligé de fournir des sièges à ces élèves, ce qui nécessite également la mise à disposition de ressources humaines et de structures d'accueil adéquates, ce qui n'est pas le cas, selon ce syndicaliste.
«C'est tout à fait logique que le ministère de tutelle prenne une telle décision », a tenu à nous préciser un cadre du ministère de l'Education nationale. «Cela relève du ressort du ministère de l'Education nationale qui fixe les dates de la rentrée scolaire et c'est par la suite que le ministère peut établir un dialogue avec les syndicats et les autres acteurs concernés par ce sujet pour garantir une meilleure rentrée scolaire en prenant en compte la situation épidémiologique », a-t-il souligné. Et d'ajouter : «Le ministère met en place une vision concernant la rentrée scolaire et il peut par la suite l'adapter en fonction de la situation épidémiologique du pays en concertation avec les autres partenaires ».
Pour sa part, Aziz Laaouissi, enseignant et chercheur en pédagogie, a souligné dans une déclaration à la MAP que l'évolution de la situation épidémiologique et l'augmentation constante du nombre de cas d'infection et de décès dus au Covid-19 mettent les décideurs devant trois scénarios possibles.
Le premier scénario consiste à maintenir l'état d'urgence sanitaire et les mesures qui en découlent, avec le recours à l'enseignement à distance pour garantir la continuité pédagogique.
Le deuxième scénario, plutôt lié à l'instabilité de la situation épidémiologique, se caractérise par un recours à la "formation en alternance", selon une approche "modérée" qui s'appuie à la fois sur l'enseignement présentiel et à distance, souligne le chercheur, relevant qu'une telle option peut créer un état de "confusion et de tension pour les enseignants, les élèves et les familles".
Le troisième scénario est celui qu'espère tout le monde, à savoir la levée définitive de l'état d'urgence sanitaire et la maîtrise de la situation épidémiologique, notant que ce scénario rendra possible les cours présentiels, avec la possibilité d'une ouverture progressive à la « numérisation» et à « l'éducation à distance ». Selon ce chercheur, vu la situation "inquiétante" que connaît le Royaume ces derniers jours, il serait convenable de recourir à l'éducation en alternance, et si les indicateurs le permettent, un retour définitif aux bancs de l'école et aux cours présentiels sera envisageable.
De son côté, le lobby des écoles privées fait pression sur le gouvernement pour l'adoption des cours en présentiel dès le début de la prochaine rentrée scolaire, et ce sans tenir compte de la situation épidémiologique du pays.
En effet, les représentants de deux instances des établissements d'enseignement privé au Maroc (à savoir la Ligue de l'enseignement privé au Maroc et la Fédération marocaine de l'enseignement et de la formation privée) ont exposé, jeudi à Rabat lors d'une rencontre avec le chef du gouvernement et le ministre de l'Education nationale, les différents défis qu'a connus le secteur durant la période de confinement sanitaire avec la mise en place de l'enseignement à distance, exprimant leur préférence pour les cours en présentiel durant la prochaine année scolaire.
Selon un communiqué du département du chef du gouvernement relayé par la MAP, les représentants des écoles privées ont souligné que l'enseignement à distance posera de nombreux problèmes à la fois aux établissements scolaires et aux familles, outre ses répercussions néfastes aux niveaux financier, social et scolaire et son impact sur le projet d'enseignement pré-scolaire et sur les ressources humaines.


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