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Assertions stupéfiantes du chef du gouvernement
Publié dans Libération le 10 - 07 - 2015

Faut-il croire Benkirane lorsqu'il parle de maintien de l''interdiction de la culture, de la production et de la commercialisation du cannabis? Intervenant, mardi dernier, devant le Parlement, le chef du gouvernement a, en effet, indiqué que l'Etat ne comptait pas infléchir sa position concernant l'interdiction de cette culture et que sa politique dans ce domaine demeure constante. Il a même accusé certains partis d'être derrière les allégations relatives à une éventuelle légalisation de l'exploitation du cannabis à des fins médicales et industrielles. « Ce ne sont que des illusions propagées par certaines parties à des fins électoralistes et pour faire du chantage politique », a-t-il lancé.
Pourtant, certains observateurs ne prennent pas Benkirane au sérieux. D'après eux, s'il déclare aujourd'hui qu'il est contre l'adoption éventuelle d'une loi légalisant cette culture, il n'en demeure pas moins qu'il pourrait revenir sur sa position dans un proche avenir. En effet, « en politique, quand on dit jamais, ça veut dire pas pour l'instant ». Chakib Al Khayari, figure de proue du combat associatif pour la légalisation du cannabis et président de l'Association Rif des droits humains (ARDH) estime, dans ce sens, que les propos de Benkirane ne sont pas inscrits dans le marbre et qu'il s'agit plutôt d'un discours conjoncturel. « Le chef du gouvernement a voulu passer un message à la population du Rif leur signifiant de ne pas croire aux promesses faites par certains partis politiques», nous a-t-il indiqué avant de poursuivre : «Mais tout le monde sait pertinemment qu'il n'a pas le dernier mot dans ce dossier qui dépasse ses prérogatives. En effet, la migration et la drogue ne sont pas du ressort de l'Exécutif. La régularisation des cas de milliers de migrants en situation administrative irrégulière a été lancée grâce à une initiative Royale et pas par Benkirane».
Le président de l'ARDH pense que la légalisation du cannabis participe d'un choix de l'Etat comme en atteste un rapport élaboré en 2010 par la Laboratoire de recherches et d'analyses techniques et scientifiques relevant de la Gendarmerie Royale en partenariat avec l'Institut national de recherche agronomique. « Ce rapport souligne noir sur blanc que plusieurs expériences ont été menées entre le 19 avril 2010 et le 10 août 2010 dans quatre régions en prévision de la légalisation de la culture de chanvre à fibres au Maroc à des fins industrielles et elles ont concerné les trois variétés (Santhica 27, Epsilon 68 et Futura 75), toutes autorisées en Europe ([Δ-9-THC] 0.2%)», nous a expliqué notre source. En effet, le document en question précise que «ces essais préliminaires étaient nécessaires antérieurement à toute mise en place d'instances administratives qui seront chargées de trouver un cadre réglementaire fixant les aspects techniques et économiques, notamment la procédure nationale de contrôle et de surveillance des cultures, délivrance des autorisations d'importation des semences ou d'exportation de chanvre industriel et de ses dérivés. De même, l'arsenal juridique devra être renforcé pour décourager toute tentative malintentionnée de plantation de chanvre type drogue à la place de la fibre».
Mieux, estime notre source, le PJD n'a jamais été contre la légalisation de la culture du kif. «Au sein même du PJD, plusieurs voix se sont élevées pour une légalisation du cannabis dont deux ministres de l'actuel gouvernement, à savoir Rebbah et Daoudi. D'ailleurs, le parti de la Lampe avait répondu favorablement à l'idée d'engager des discussions sur le sujet suite à une proposition de loi qu'on a soumise à tous les groupes parlementaires dès 2012. Il a même créé une commission concernant ce sujet constituée de plusieurs parlementaires issus de la région du Rif afin de débattre de cette question ».
Notre source considère que celle-ci mérite un débat national étalé sur plusieurs années, avec la participation de l'ensemble des acteurs concernés (associations, cultivateurs, partis politiques, experts, médecins, économistes, juristes, etc). «Ce dossier ne doit pas être traité dans la précipitation. Toute décision doit être mûrement réfléchie », nous a-t-elle lancé. Et c'est précisément ce qu'elle reproche aux deux propositions de loi initiées par le parti de l'Istiqlal et le PAM. En effet, les responsables du PAM ont envisagé deux propositions de lois ; une concernant la légalisation thérapeutique, médicinale et industrielle du cannabis et un deuxième texte prévoyant d'amnistier les 48.000 cultivateurs recherchés par les autorités pour culture illégale de cannabis. De son côté, l'Istiqlal a proposé que cette culture soit limitée à cinq régions, Al Hoceima, Chefchaouen, Ouezane, Tétouan et Taounate, tandis qu'une agence étatique devrait se charger de contrôler l'exploitation et la commercialisation. « L'intérêt porté par certains partis politiques à ce dossier est louable, mais il faut qu'ils coordonnent leurs efforts et parlent d'une seule voix pour qu'il n'y ait pas d'exploitation politicienne de ce sujet vu que chaque parti veut en tirer profit. C'est le cas, à titre d'exemple, du dossier de l'amnistie des cultivateurs qui vivent en semi-clandestinité où chaque parti veut prendre le pas sur les autres alors qu'il s'agit de la souffrance de milliers de personnes», nous a expliqué Chakib Al Khayari qui pense qu'une amnistie ne suffira pas tant que la loi qui les a condamnés est toujours en vigueur : «Nous sommes face à un cercle vicieux puisque ces agriculteurs retournent souvent à leur terre pour cultiver de nouveau le cannabis». Des accusations que nient les responsables du PAM, lesquels ont dernièrement annoncé leur volonté de se retirer des élections dans plus de 200 collectivités territoriales en cas de légalisation de la culture du cannabis. Le parti du Tracteur veut couper court aux critiques dénonçant « une utilisation électoraliste de ce sujet.
De son côté, Achraf Boukkadi, natif de la région et président de l'Association Nekkor à Al Hoceima, estime que la question de la légalisation se pose avec acuité aujourd'hui puisqu'elle concerne, en premier lieu, les petites agriculteurs. « Il devait y avoir un encadrement officiel et juridique de ce dossier mais il doit prendre en compte les intérêts des petits agriculteurs. Le cannabis demeure la source principale de leurs revenus et ces paysans sont devenus des fugitifs malgré eux et une grande partie d'entre eux vit dans la clandestinité », nous a-t-il précisé.
Mais en attendant qu'une solution se profile à l'horizon, que propose Benkirane aux populations du Rif ? « On va trouver ensemble des solutions à cette question sans passer par ces personnes qui cherchent à exploiter ce dossier ». C'est tout ce qu'il a trouvé de bon à dire à cette population qui ne semble pas trop croire en lui.
En effet, le discours du chef du gouvernement passe mal. « C'est de la surenchère politique », nous a confié Achraf Boukkadi. « C'est un discours sans lendemain », a commenté Chakib Khayari avant d'ajouter : « Que peut-on attendre d'un chef du gouvernement qui a sillonné toutes les régions du Maroc sauf celle du Rif où il n'a jamais mis les pieds? Il a partout prêché la bonne parole sauf au Rif où il n'a jamais tenu un seul meeting».
En effet, depuis l'investiture du gouvernement Benkirane, rien n'a semblé changer au niveau des politiques publiques destinées à cette région. « L'Etat a lancé des cultures alternatives dans la région mais ça n'a pas marché et rien n'a été fait pourtant pour le développement de la région », nous a expliqué Achraf Boukkadi avant de poursuivre : « La région est dépourvue d'infrastructures de base et de politiques de développement. On a des problèmes au niveau de l'aéroport, du port, des routes et la liste est longue. L'exemple de la route reliant Al Hoceima et Taza est édifiant. Faute de fonds, la construction de cette route a été reportée à 2019 alors qu'elle devrait être terminée en 2015. Et cela en dit long sur l'intérêt porté par le gouvernement à cette région», a-t-il conclu.
La longue marche
Selon un rapport de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), les surfaces totales cultivées sont estimées à 52.000 hectares, contre 130.000 il y a dix ans. En 2012, la production du cannabis a atteint plus de 38.000 tonnes. Le Maroc devance le Mexique (12.166 tonnes) et l'Afghanistan (1.400 tonnes). Certains chiffres non officiels estiment que plus de 90.000 familles s'adonnent à la culture du cannabis.
Du DERRO à l' APDN
Des projets DERRO et GIF/Rif en passant par la création de l'Agence de développement des provinces du Nord, tout semble avoir été mis en place pour permettre au Rif de se développer et à la culture du cannabis de régresser au point de disparaître.
De 1961 à 2015, aucune de ces mesures ne semble avoir porté ses fruits.
De fait, ces projets n'ont à l'évidence pas suffi à endiguer l'extension des cultures de cannabis dans le Rif, bien au contraire.
Ainsi, le projet de Développement économique et rural du Rif occidental (DERRO), initié en 1961 (ONU / FAO) en tant que «premier projet intégré mené en zone de montagne depuis l'indépendance» (lutte contre l'érosion et l'émigration par l'amélioration des conditions de vie), a eu des résultats extrêmement mitigés, sinon contre-productifs. Bien plus tard, en 1995, un Dahir Royal créait l'«Agence pour la promotion et le développement économique et social des préfectures et provinces du Nord du Royaume» (APDN) qui vise principalement à désenclaver les territoires du Nord et à optimiser l'exploitation de leurs ressources naturelles et de leurs systèmes productifs. 20 ans après sa création et malgré des réalisations notables, l'APDN n'a pas eu le succès escompté en termes de limitation drastique des superficies cultivées en cannabis puisque celles-ci restent toujours fort importantes.


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