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Le miroir aux alouettes
Publié dans L'observateur du Maroc le 25 - 03 - 2009

Grands, beaux, minces et riches ? Plutôt pauvres, stigmatisés et très souvent arnaqués. Nos mannequins femmes et hommes (cela s'entend) n'ont pas vraiment la vie facile. Passées les quelques minutes de gloire du podium, c'est un monde nettement moins reluisant qui s'ouvre à ces jeunes gens.
Un métier non reconnu et mésestimé
On voit des mannequins partout, lors des défilés de vêtements beldi, sur les couvertures des magazines féminins, dans les pubs, mais étrangement la profession n'est jamais mentionnée sur «les papiers». Explication : la législation marocaine prohibe en général tout contrat ou agrément basé sur l'exploitation du corps ou de son image. Le principe devant s'entendre dans son sens le plus large, il est pour ainsi dire impossible d'envisager ici une reconnaissance du métier en tant que tel. «Le mannequinat n'est pas pris en considération au Maroc, on ne peut donc pas le promouvoir à travers des agences spécialisées, comme on en voit en Europe ou aux Etats-Unis. Ce que vous trouverez ce sont des boîtes d'évènementiel offrant également leurs services lors de castings». Créateur de mode et fondateur de l'agence de Com Saphirios à Casablanca, Smail Akdim connaît la mode, ses rouages mais aussi ses «bad sides», comme on dit dans le jargon. «Pas de reconnaissance signifie également l'absence d'écoles de formation ou de structures formelles pouvant prendre en charge les carrières de ces jeunes. Ce sont eux qui doivent faire toutes les démarches nécessaires : répondre à des annonces, préparer leurs propre books et faire en quelque sorte le travail d'une agence de pro. Dès lors, on prend le risque d'avoir des mannequins approximatifs, pas vraiment familiers avec les mécanismes du métier». Difficile effectivement de prétendre à une carrière en bonne et due forme, que ce soit ici ou ailleurs, puisque l'on tombe très souvent dans un amateurisme justifié par cette «inexistence». Les stylistes eux-mêmes affichent certaines appréhensions face au top-modèles locaux. Interrogée à ce propos la designer Fadéla El Gadi reconnaît faire très souvent appel à des mannequins étrangers. «Je ne peux pas tabler sur des jeunes filles n'ayant pas réellement le professionnalisme requis. La démarche, le langage corporel, l'attitude comptent au même titre que le physique et, malheureusement, très peu de filles répondent à tous ces critères en même temps. Cela continuera de la sorte tant que les choses ne seront pas structurées». Autre problème tenant à la non reconnaissance du métier : l'absence d'une protection légale contre l'exploitation et les arnaques dont femmes comme hommes font parfois les frais. «Il pouvait arriver que l'on ne soit pas payé lors des défilés ou des séances photos, et impossible d'intenter quoi que ce soit». Ancien mannequin, Mariama El Fadli a connu de durs moments avant de voir sa carrière décoller. Egalement reconvertie dans l'évènementiel, elle raconte. «A la différence des autres pays qui reconnaissent la profession, ici il n'y a ni groupements ni syndicats pour nous défendre, il faut tout simplement s'en remettre à la bonne foi des personnes qui nous embauchent, et soyez sûr que l'on a souvent des surprises: Prestations non payées, changements à la dernière minute des honorairs convenus, bref la totale et surtout aucun moyen de revendiquer ses droits puisque très souvent on travaillait de manière informelle, donc sans contrat…» Lorsqu'ils sont payés, les cachets se situent entre 1.500 DH à 3.000 DH (séniors) et peuvent descendre jusqu'à 100 DH pour les débutants. «Il faut à la limite s'estimer heureuse d'avoir été sélectionnée. Les tarifs sont les mêmes pour les hommes et cela oblige presque toujours à pratiquer d'autres activités pour s'en sortir. Les défilés ne pleuvent pas en général…». Par ailleurs, excepté pour quelques esthètes nourris à grosses rations de tendance, le mot mannequinat renferme pour beaucoup une connotation péjorative voire immorale. Les jeunes femmes le pratiquant sont très souvent assimilées à des prostituées, tandis que leurs homologues mâles sont taxés d'hommes objets. «Ce métier fera toujours couler beaucoup d'encre. Le corps met toujours mal à l'aise chez nous, tradition et religion obligent ! Le montrer reste encore un tabou profondément ancré dans notre société. Toutes les rumeurs ne sont pas fondées, mais certaines sont liées au comportement de quelques organisateurs ou stylistes qui s'adonnent aussi au proxénétisme de haut niveau. Comment voulez-vous après cela que l'on soit vu d'un bon œil ?». Elle nous raconte comment à plusieurs reprises, lors de casting privés, des designers avaient tenté de passer à un autre volet en leur présentant quelques gros bonnets pour les «afters du show». «Il faut vraiment avoir le cuir solide pour échapper à tout cela et supporter à côté les critiques acerbes des uns ou des autres».
Le mirage de l'inter
Tous rêvent d'une carrière à la Gisèle Bundchen ou à la Jason Shaw, mais très peu, pour ne pas dire trop peu, trouvent le chemin des grands podiums parisiens ou new yorkais. Des Sanaa Moubtassim ou des Amina El Allam se comptent sur les doigts de la main et doivent certes leur succès à un travail acharné mais également à des physiques …occidentaux. Sans doute trop pulpeuses, les beautés orientales ne s'exportent pas facilement. Lorsque les grands designers recherchent des profils typés, ils s'orientent d'avantage vers des tops brésiliens ou blacks (quoique…). Bref, la blonde filiforme a encore de beaux défilés devant elle! Il faut de plus s'investir à fond dans la recherche de casting étrangers, avoir les moyens de se déplacer vers ces pays et y séjourner le temps qu'il faut pour éventuellement dégoter un contrat ou deux le temps d'une saison. Dans le cas contraire, on reste abonné aux tenues traditionnelles et aux shows sporadiques.
Un changement pour bientôt ?
Lorsque l'agence SG models a ouvert ses portes à Casablanca en fin 2006, c'était avec la ferme intention d'insuffler un vent nouveau à la profession et entreprendre les choses plus sérieusement. La boîte a depuis lors parcouru son petit bonhomme de chemin et vient récemment d'envoyer sa première fille à Paris. Sans vouloir s'étaler sur ses rapports avec l'administration, Salima Ziani, la directrice de l'agence, a insisté sur le fait que sa vocation était de découvrir puis de promouvoir les nouveaux visages de la mode dans le cadre d'un circuit irréprochable. «Du moment où c'est clean, il n'y a absolument aucun souci à se faire, SG models est un tremplin pour des jeunes auparavant très limités dans leurs choix». La prochaine Fashion week devant se tenir en septembre prochain à Marrakech sera justement un bon moyen de juger des progrès réalisés en la matière. Même si d'après Smail Akdim, organisateur de l'évènement, les designers mobiliseront principalement des mannequins étrangers…


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