Avec The Wound, la réalisatrice signe son premier long-métrage, un film profondément ancré dans la réalité marocaine contemporaine, né d'un sentiment de responsabilité artistique et sociale. Le personnage de Leila, initialement imaginé dans un court-métrage, s'est rapidement imposé comme le cœur d'un récit plus ample. Trop intime et trop universelle pour rester confinée à un format court, son histoire donne voix à des femmes confrontées aux mêmes dilemmes, aux mêmes silences et aux mêmes aspirations. Le film ne raconte pas une exception, mais une réalité largement partagée, souvent tue. Le regard porté sur les personnages féminins est façonné par une approche sensible et collaborative. La réalisatrice revendique une mise en scène fondée sur l'écoute, la complexité et le refus des représentations réductrices. Sur le plateau, un espace de confiance a permis aux actrices de s'approprier pleinement leurs rôles, d'explorer leurs contradictions et leur humanité. Cette démarche a été particulièrement déterminante pour l'actrice incarnant Leila, accompagnée dans l'apprentissage d'une nouvelle langue afin de préserver la justesse et la vérité du jeu. La force immersive du film repose également sur un travail étroit avec le directeur de la photographie Travis Tips. Ensemble, ils ont construit un langage visuel fondé sur la retenue et la proximité, où la caméra devient un témoin discret du parcours de Leila. L'image accompagne les émotions sans les surligner, trouvant un équilibre délicat entre tension, intimité et poésie. Dans le rôle de Leila, Oumaima Barid livre une interprétation bouleversante de justesse et de retenue. À ses côtés, Amal Ayouch incarne Fatima avec une sensibilité nuancée, tandis que Mansour Badri, récompensé pour son rôle au Bridges International Film Festival, donne à Driss une épaisseur tragique, entre rigidité et vulnérabilité. Le casting est complété par Brice Bexter (Adam), Soraya Azzabi (Sophia), Abdelhak Saleh (Rachid) et Sami Fekkak (Khalil), dessinant ensemble une galerie de personnages révélatrice des tensions et contradictions d'une société en mutation. Pour le producteur Taha Benghalem, The Wound s'est imposé comme une nécessité plus que comme une opportunité. Premier long métrage marocain produit par Pink Sheep Productions, le film répond à une volonté claire de porter un récit exigeant, utile et profondément en phase avec les mutations de la société marocaine, notamment autour de la place et de la voix des femmes. Sans provocation ni discours appuyé, le film ouvre un espace de dialogue autour de tabous encore présents. L'écriture du scénario s'est construite dans la durée, par strates successives, en privilégiant les silences, les regards et les ellipses. Refusant toute démonstration, The Wound fait le choix d'un cinéma du regard, laissant au spectateur la liberté de son interprétation. Cette approche reflète pleinement l'ambition de Pink Sheep Productions : défendre un cinéma marocain contemporain, rigoureux et ouvert sur le monde, capable de dialoguer avec les standards internationaux sans renoncer à son ancrage local. The Wound marque ainsi le point de départ d'une démarche artistique durable, fondée sur l'exigence, la responsabilité et l'émergence de voix singulières.