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Le Soudan n'est pas une guerre lointaine : c'est un avertissement stratégique pour l'Afrique
Publié dans L'observateur du Maroc le 19 - 01 - 2026

L'Afrique se trouve aujourd'hui à un moment charnière de son histoire. Continent de richesses naturelles, de vitalité démographique et de potentiel géopolitique majeur, elle est aussi devenue un espace de projection pour des puissances extérieures et des réseaux transnationaux qui prospèrent sur la fragilité des Etats, l'idéologie radicale et la guerre prolongée. Du Sahel à la Corne de l'Afrique, des organisations terroristes inspirées par l'islam radical étendent leur influence, nourries par des doctrines politiques issues des Frères musulmans et facilitées par l'implication croissante de l'Iran sur le continent. Dans ce contexte, la guerre au Soudan ne peut plus être analysée comme une crise nationale isolée. Elle constitue un test décisif pour l'avenir sécuritaire et politique de l'Afrique. Si la crise soudanaise n'est pas traitée à sa racine, ce ne sont pas seulement les Etats africains qui en paieront le prix, mais aussi l'Europe, directement exposée aux effets de l'instabilité africaine.
À bien des égards, le régime militaire dirigé par le général Abdel Fattah al-Burhan n'agit pas seul. En son cœur se trouve une force idéologique et organisationnelle profondément enracinée : la branche soudanaise des Frères musulmans. La lecture dominante du conflit — une confrontation entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF) — masque une réalité plus structurante. La guerre actuelle est l'aboutissement d'un projet de plusieurs décennies mené par les Frères musulmans pour contrôler l'Etat soudanais : par la force lorsque nécessaire, par l'infiltration institutionnelle lorsque possible, et par des alliances régionales lorsque stratégiquement utiles. Ce qui se joue aujourd'hui au Soudan correspond à un schéma déjà observé ailleurs sur le continent : l'érosion de l'Etat de l'intérieur, la militarisation de l'idéologie et la transformation du conflit en instrument de domination politique.
Les Frères musulmans comme acteurs centraux de la guerre
Depuis le déclenchement de la guerre en avril 2023, les Frères musulmans ne se contentent pas de soutenir l'armée soudanaise ; ils se sont intégrés à son cœur opérationnel, sécuritaire et politique. Des réseaux liés à la confrérie ont mobilisé des milliers d'anciens agents du renseignement, de cadres islamistes et de vétérans de conflits passés pour combattre aux côtés des SAF. Ces combattants ont été structurés au sein de milices idéologiquement disciplinées, notamment le bataillon Al-Bara ibn Malik, ainsi que d'autres formations opérant sous couverture militaire officielle. Des éléments concordants indiquent que ces groupes ont bénéficié d'armes, de financements et d'un appui logistique via des canaux étatiques, effaçant toute distinction réelle entre forces régulières et milices idéologiques.
Sur le plan politique, les partis et médias affiliés aux Frères musulmans ont systématiquement saboté les initiatives de cessez-le-feu, rejeté les négociations et discrédité les alternatives civiles, en présentant la guerre comme une lutte existentielle contre des « ennemis de l'islam » ou des « agents étrangers ». Cette rhétorique vise à légitimer une guerre sans fin tout en positionnant la confrérie comme un allié indispensable du régime. La mise en place de structures dites de « résistance populaire », validées par le commandement militaire, a offert aux Frères musulmans une nouvelle plateforme institutionnelle après la dissolution de leur ancien parti. La guerre est ainsi devenue le vecteur principal de leur retour au cœur de l'Etat.
Un schéma éprouvé : du sanctuaire jihadiste aux alliances régionales
Ce mode opératoire n'a rien d'inédit. Dans les années 1990, lorsque les Frères musulmans dominaient l'appareil étatique soudanais, le pays est devenu l'un des principaux sanctuaires du jihadisme transnational. Entre 1991 et 1996, le Soudan a accueilli Oussama ben Laden, lui offrant protection, liberté d'action et opportunités économiques. Durant cette période, Al-Qaïda y a bâti des infrastructures financières, logistiques et militaires avec la bienveillance de l'Etat.
Les conséquences ont dépassé largement le cadre soudanais : tentative d'assassinat du président égyptien à Addis-Abeba en 1995, attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998, attaque contre l'USS Cole en 2000. Ces faits ont conduit à l'inscription du Soudan sur la liste des Etats soutenant le terrorisme pendant près de trente ans. Bien que les Frères musulmans et Al-Qaïda diffèrent idéologiquement, leur convergence tactique fut évidente. Lorsque la confrérie contrôle l'Etat, elle crée un environnement permissif où prospèrent des forces plus radicales qu'elle-même.
Hamas, Iran et la projection de l'instabilité vers l'Afrique
La relation entre les Frères musulmans et le Hamas illustre cette fonction de facilitateur régional. Dès les années 1990, le Soudan a accueilli des bureaux, des cadres et des investissements du Hamas, bénéficiant de protections politiques et d'avantages économiques. Après la chute d'Omar el-Béchir, les autorités ont démantelé des réseaux financiers liés au Hamas, révélant l'ampleur de cette infrastructure. Parallèlement, le Soudan a servi de corridor logistique pour des transferts d'armes, notamment d'origine iranienne.
L'alliance pragmatique entre les Frères musulmans et l'Iran dépasse les clivages confessionnels. Elle repose sur des intérêts stratégiques communs : pour l'Iran, étendre son influence en Afrique ; pour la confrérie, accéder à des ressources, des armes et une profondeur géopolitique. Cette dynamique s'inscrit dans une stratégie plus large de projection iranienne sur le continent africain, où des groupes terroristes et des réseaux criminels s'enracinent dans des zones de fragilité étatique.
Pourquoi le Soudan engage l'avenir de l'Afrique — et de l'Europe
La conclusion s'impose : les Frères musulmans ne sont pas une influence périphérique du régime d'al-Burhan, ils en constituent l'ossature idéologique et organisationnelle. Ils fournissent combattants, expertise sécuritaire et justification politique à une guerre prolongée ; le régime leur offre légitimité, armes et accès à l'Etat. Cette symbiose explique l'échec répété des efforts diplomatiques et l'impossibilité d'une transition civile.
Pour l'Afrique, l'enjeu est existentiel. Un Soudan dominé par l'idéologie des Frères musulmans et l'influence iranienne risque de devenir une plateforme majeure pour l'exportation du radicalisme islamiste vers l'ensemble du continent. Or l'Afrique est un continent d'opportunités, non de fatalité. Si la crise soudanaise n'est pas résolue à sa racine, elle alimentera l'insécurité, les trafics et la déstabilisation régionale. Et lorsque l'Afrique vacille, l'Europe vacille avec elle. Le Soudan n'est pas seulement en guerre ; il est devenu un test stratégique. Tant que l'emprise idéologique des Frères musulmans sur l'Etat soudanais ne sera pas brisée, la paix restera hors de portée — et le potentiel africain demeurera sous menace.


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