Face à des précipitations record qui ont poussé le barrage Oued El Makhazine dans ses retranchements cet hiver, le gouvernement passe à l'offensive. Nizar Baraka, ministre de l'Equipement et de l'Eau, vient d'annoncer le lancement imminent du barrage « Tfer » (ou Tifar). L'annonce ne doit rien au hasard. Depuis le début du mois de février 2026, le Nord du Maroc vit une situation hydrologique inédite. Avec des cumuls atteignant 145,5 mm — soit 32,5 % au-dessus de la normale — le bassin du Loukkos a reçu des apports que les experts comparent à la crue historique de 1972. Le barrage Oued El Makhazine, pièce maîtresse de la région, a frôlé la rupture de stock... par excès. Au 4 février, sa retenue affichait 988 millions de m3, soit un taux de remplissage de 146,85%. Ces chiffres ont contraint les autorités à des lâchers d'eau massifs pour protéger la ville de Ksar El Kébir et les plaines avoisinantes. Tfer. Un géant de 900 millions de m3 Pour éviter que des centaines de millions de mètres cubes d'eau ne se déversent inutilement dans l'Atlantique ou ne menacent les populations riveraines, le futur barrage Tfer, dans la province de Larache, se veut une réponse structurelle et durable. Doté d'une capacité de stockage d'environ 900 millions de m3 — supérieure à la capacité normale du barrage Oued El Makhazine (672 millions de m3) — il jouera un rôle de régulateur en amont, servant de véritable ouvrage tampon pour maîtriser les crues de l'Oued Loukkos avant qu'elles n'atteignent les zones vulnérables. Au-delà de la protection contre les inondations, ce nouvel équipement renforcera l'irrigation du périmètre agricole du Loukkos et contribuera à sécuriser l'alimentation en eau potable de l'axe Tanger-Tétouan, consolidant ainsi la résilience hydrique du Nord du Royaume. Le projet Tfer s'inscrit dans une vision plus large de "flexibilité hydrique". En complément de l'autoroute de l'eau déjà fonctionnelle, ce nouveau barrage permettra de mieux répartir les ressources entre les périodes de surplus (comme cet hiver) et les cycles de sécheresse qui restent une menace à long terme. « Nous ne pouvons plus nous permettre de laisser s'échapper une telle manne d'eau. Tfer permettra de capturer l'exceptionnel pour en faire une réserve durable », a souligné le ministre Nizar Baraka lors de son intervention ce 15 février. Les appels d'offres étant finalisés, les premiers coups de pioche sont attendus dans les semaines à venir. Ce chantier, dont le coût devrait dépasser le milliard de dirhams, est une course contre la montre pour que le complexe hydraulique du Loukkos soit prêt à encaisser les prochains caprices du climat.