Après plusieurs années de déficit pluviométrique, les précipitations exceptionnelles enregistrées depuis décembre ont profondément modifié la situation des réserves, tout en mettant sous tension les infrastructures et les territoires les plus exposés. Intervenant à l'issue du Conseil de gouvernement, le ministre de l'équipement et de l'eau, Nizar Baraka, a dressé un état des lieux chiffré. Depuis le 1er septembre 2025, les barrages ont reçu 12,17 milliards de mètres cubes d'eau, soit 134 % de la moyenne habituelle. La quasi-totalité de ces apports s'est concentrée sur une période très courte : 96,4 % des volumes ont été enregistrés depuis le 12 décembre. Cette séquence a entraîné un redressement rapide du taux de remplissage national, passé de 31,1 % à la mi-décembre à 69,35 % au 11 février, avec un stock global de 11,62 milliards de m3. Un niveau inédit depuis 2018. Des barrages sous forte pression Plusieurs ouvrages majeurs ont connu des afflux spectaculaires. Le barrage Oued El Makhazine a enregistré près de 1,462 milliard de m3 d'apports depuis septembre, avec des pics de débit atteignant 3.210 m3/s fin janvier. Son volume stocké dépasse désormais le milliard de m3. Le barrage Al Wahda, plus important du Royaume, a reçu 3,48 milliards de m3 sur la même période. Son taux de remplissage avoisine 95 %, après une progression rapide en quelques semaines seulement. Face à ces volumes, les autorités ont procédé à d'importants lâchers préventifs : 832 millions de m3 évacués à Oued El Makhazine et 1,762 milliard à Al Wahda. Au total, les volumes relâchés par les barrages ayant atteint leur capacité maximale s'élèvent à 4,278 milliards de m3. Ces opérations visaient à préserver les ouvrages et à limiter les risques en aval, même si la concomitance avec les crues naturelles a provoqué des débordements, notamment dans les bassins du Gharb et du Loukkos. Trente-et-un barrages affichent désormais un taux de remplissage supérieur à 80 %. Les bassins du Sebou et du Loukkos figurent parmi les plus alimentés, avec des taux dépassant respectivement 91 % et 93 %. Un répit pour l'eau potable et l'énergie Selon les projections présentées, les réserves actuelles permettraient d'assurer au moins une année d'approvisionnement pour les réseaux les plus vulnérables, et jusqu'à deux ans pour d'autres régions. La recharge des nappes phréatiques est également observée dans plusieurs bassins, dont le Sebou, la Moulouya et l'Oum Er-Rbia. La production hydroélectrique bénéficie de cette conjoncture, avec 1,56 milliard de m3 mobilisés pour la génération d'énergie. Les lâchers d'eau ont aussi contribué à réduire l'envasement de certains barrages, un entretien rendu difficile par les années de sécheresse. Réseau routier fragilisé L'amélioration des réserves hydriques s'est accompagnée d'importants dégâts matériels. Les intempéries ont endommagé 168 tronçons routiers à travers le pays. À ce stade, 124 ont été rouverts à la circulation, tandis que 44 restent fermés. Les coupures sont liées pour 119 d'entre elles à la montée des eaux, et pour 49 à des éboulements ou glissements de terrain. Plusieurs ouvrages d'art, en particulier en milieu rural, ont été touchés. Les régions de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Rabat-Salé-Kénitra, Fès-Meknès, Marrakech-Safi, Souss-Massa, Casablanca-Settat, Béni Mellal-Khénifra et l'Oriental figurent parmi les plus affectées. Le ministre précise qu'un bilan détaillé des dégâts sera communiqué dans les prochains jours, tandis que les opérations de rétablissement se poursuivent sur le terrain.