À la veille de l'ouverture de GITEX Africa 2026, Marrakech s'impose une nouvelle fois comme l'épicentre de l'innovation africaine. À cette occasion, la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l'administration, Amal El Fellah Seghrouchni, a dressé les contours d'une stratégie qui ambitionne de faire du Maroc un hub digital régional, à la croisée de l'Afrique, de l'Europe et du Moyen-Orient. Dans la continuité de la vision royale, qui place le numérique au cœur des transformations économiques et sociales, le gouvernement entend accélérer la structuration d'un écosystème technologique capable de générer croissance, emploi et souveraineté. « Notre ambition est claire : libérer les énergies et bâtir une économie fondée sur l'innovation et la performance », a noté la ministre. Morocco 300, vitrine d'un écosystème en structuration Au cœur de cette dynamique, l'initiative Morocco 300 marque un changement d'échelle. Après les programmes Morocco 100 puis Morocco 200, ce nouveau dispositif vise à accompagner 300 startups marocaines à fort potentiel lors de GITEX Africa 2026. L'engouement est significatif : plus de 930 candidatures ont été enregistrées, dont 744 jugées éligibles, traduisant la montée en maturité de l'écosystème national. Les startups sélectionnées couvrent des secteurs variés, avec une forte présence de l'intelligence artificielle (16,5 %), des solutions logicielles, de la fintech ou encore de la healthtech. Au-delà de la simple participation au salon, le programme s'appuie sur un dispositif complet : bootcamps, mentorat, rencontres B2B et accès aux investisseurs. « Nous avons conçu un parcours d'accompagnement global pour maximiser leur impact et accélérer leur croissance », a expliqué Amal Seghrouchni. Financement et industrialisation de l'écosystème Cette montée en puissance repose également sur des moyens financiers renforcés. Le ministère déploie une offre de venture building mobilisant plus de 700 millions de dirhams pour accompagner les startups dès leur phase de lancement. En parallèle, une stratégie de capital-investissement vise à catalyser plus de 2 milliards de dirhams pour soutenir les entreprises en phase de croissance. L'objectif est clair : dépasser la logique d'émergence pour entrer dans une phase d'industrialisation de l'écosystème tech marocain. « Nous ne visons plus uniquement la croissance, mais l'industrialisation de notre écosystème technologique », a insisté la ministre, évoquant l'ambition de faire émerger 3 000 startups, de former 100 000 talents numériques par an et de faire naître des licornes marocaines à l'horizon 2030. L'édition 2026 du GITEX Africa s'inscrit également dans une dynamique forte autour de l'intelligence artificielle. Le lancement de la feuille de route « AI Made in Morocco » et le développement d'infrastructures dédiées, comme le centre Jazari Root, traduisent cette volonté de positionner le Royaume sur les technologies de rupture. Cette orientation se matérialise aussi par des initiatives concrètes, à l'image du hackathon national RamadanIA, qui a mobilisé plus de 4 000 innovateurs à travers les 12 régions du Royaume. Une ouverture accrue à l'international La stratégie marocaine mise enfin sur l'internationalisation de ses startups. Un partenariat structurant a ainsi été annoncé avec Keiretsu Forum, l'un des plus grands réseaux mondiaux d'investisseurs. Ce programme permettra à 100 startups marocaines d'accéder à des opportunités de financement et à des marchés internationaux, avec, pour certaines, une immersion dans la Silicon Valley. Pour la ministre, l'enjeu est de créer des passerelles concrètes avec les grands hubs technologiques mondiaux : « Il s'agit de donner à nos entrepreneurs les moyens de changer d'échelle et de porter l'innovation marocaine sur la scène internationale. » Avec GITEX Africa, le Maroc consolide son rôle de plateforme régionale de l'innovation. Les éditions précédentes ont déjà permis de générer plus de 56 millions de dollars de levées de fonds pour les startups participantes, confirmant l'impact croissant de l'événement. Au-delà des chiffres, c'est une vision qui se dessine : celle d'un écosystème en structuration, encore en phase de consolidation, mais désormais doté d'outils, de financements et d'une stratégie claire pour s'imposer à l'échelle continentale.