En ligne de mire, la remise en question de la projection de Mercator, largement utilisée mais critiquée pour déformer les superficies. Sur cette carte, l'Afrique apparaît considérablement réduite par rapport à sa taille réelle. Avec plus de 30 millions de km2, le continent africain est pourtant 13 à 14 fois plus vaste que le Groenland, bien que leurs dimensions semblent similaires sur de nombreuses cartes. Cette distorsion remonte au XVIe siècle, lorsque le cartographe flamand Gerardus Mercator a conçu ce système de projection. Face à ces critiques, une alternative gagne du terrain : la projection Equal Earth, jugée plus fidèle aux proportions réelles. Soutenue par la campagne « Correct the Map », elle est aujourd'hui portée par l'UA sur la scène internationale. C'est dans ce contexte que le chef de la diplomatie togolaise, Robert Dussey, doit présenter en septembre prochain, devant l'Organisation des Nations unies, un projet de résolution en faveur d'une cartographie plus équitable. Au-delà de la dimension scientifique, Lomé défend une vision politique et historique. Selon Robert Dussey, il s'agit de « décoloniser la géographie » et de corriger un narratif qui a longtemps marginalisé l'Afrique, pourtant berceau de l'humanité et acteur central de l'Histoire. Pour le ministre, une représentation plus juste du continent contribuerait à changer les perceptions, notamment auprès des jeunes générations africaines, et à renforcer la position de l'Afrique dans les échanges internationaux. Le vote attendu à l'ONU sera donc hautement symbolique. Il pourrait révéler les positions des Etats sur cette question sensible, à la croisée de la science, de l'histoire et de la mémoire. Une démarche qui s'inscrit également dans un contexte plus large de reconnaissance des injustices historiques, notamment après la qualification récente de l'esclavage comme crime contre l'humanité.