Depuis son Ardèche natale, Mériame Mezgueldi s'est accomplie à travers la peinture, qui lui a permis de développer un mode d'expression grâce auquel elle se sent «plus libre que jamais». Née d'une famille ouvrière immigrée, l'artiste franco-marocaine trouve dans la toile également un support vivant d'hommage aux aïeux, à commencer par son père. Mériame Mezgueldi ‹ › Née en Ardèche d'une famille ouvrière marocaine installée en France, Mériame Mezgueldi a grandi dans une période de grandes mutations sociales, entre les années 1970 et 1980. D'un père maçon et d'une mère au foyer, elle fait partie de onze frères et sœurs qui ont eu à cœur de s'investir dans les études et dans la formation professionnelle pour réussir. Mériame Mezgueldi, elle, a choisi de suivre sa vocation pour le dessin et la peinture. Encouragée par son père, elle s'installe à Lyon en 1999, pour étudier les arts graphiques pendant trois ans. Elle poursuit sa formation à l'Institut supérieur des Beaux-Arts de Besançon, où elle a décroché son diplôme national d'art. Depuis ses premières années de pratique, l'artiste a inscrit son travail dans «une figuration contemporaine chargée de symbolisme». Auprès de Yabiladi, elle explique que cette approche lui permet d'«explorer les questions d'identité, de mémoire et de lien social» entre ses deux pays. L'art figuratif en hommage aux chibanis Tout en revendiquant une démarche «ancrée dans le réel», Mériame Mezgueldi cherche à «dépasser le visible pour révéler ce qui est souvent tu ou invisible : les tensions, les absences, les silences, mais aussi les espoirs». Elle nous confie que ce processus créatif se nourrit surtout d'une conviction : «L'art peut être un acte de résistance et de solidarité, un moyen de créer des ponts entre les cultures et de révéler ce qui nous relie dans notre humanité.» Mériame Mezgueldi a exposé ses toiles à plusieurs reprises aussi bien en France qu'au Maroc et dans d'autres pays, dont l'Allemagne. Dans le royaume, elle a montré ses toiles depuis les années 2010. Elle a d'abord été repérée à travers le consulat du Maroc à Dijon, lors d'une exposition dans l'Hexagone. A partir de là, elle a été mise en relation avec la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l'étranger. Avec la mise en place de l'Espace Rivages, elle devient la première artiste peinte à y exposer. Avant cela, elle a pu montrer ses toiles à la Bibliothèque nationale du royaume du Maroc en 2013 et dans d'autres lieux, y compris à Tétouan avec le Festival Voix de Femmes. Parmi les événements qui lui tiennent à cœur dans le pays, Mériame Mezgueldi retient sa participation à l'exposition collective «Traces sur Rivages», tenue du 26 mars au 25 avril 2026 par la Fondation Hassan II pour les MRE, en célébration des dix ans de l'Espace Rivages à Rabat. «Cette participation est une reconnaissance importante pour nous. Nous apprécions ce regard bienveillant, venu d'un pays d'origine où on se sent aimé et considéré dans notre travail et dans notre expression artistique», nous déclare Mériame Mezgueldi. Dans ce sens, elle estime que sa participation à la première décennie de cette structure est un prolongement de ses premières expositions sur sa terre d'origine. «Au Maroc, je vis chacune de ces expositions avec beaucoup de fierté, d'autant que mon père en a vécu quelques-unes. Il est mort avant ma première participation à la Fondation Hassan II et j'ai voulu laisser une trace de lui là-bas, en mettant son portrait avec cette médaille du travail.» Mériame Mezgueldi Plus qu'un hommage inscrit dans le récit personnel et familial, Mériame Mezgueldi estime que cet insigne revêt plus qu'une symbolique. «En France, on donne une grande importance à la Légion d'honneur autour de laquelle on met en place tout un cérémonial. Je trouve que mon père et les travailleurs de sa génération n'ont pas été assez honorés, de leur vivant. C'est donc en tant qu'enfant de l'un de ces chibanis que j'ai voulu l'honorer et revaloriser la présence de ses compères», nous déclare l'artiste. Un récit imagé sur l'immigration ouvrière Pour Mériame Mezgueldi, l'art pictural est plus largement un «hommage aux travailleurs que l'on a rendu invisibles sous l'autel de la crise». «Ce sont des hommes courageux et volontaires qui ont créé leur destinée, raison pour laquelle mes prochains projets artistiques se consacrent aussi à leur valorisation», affirme l'artiste. Aujourd'hui, elle travaille en effet sur un roman graphique consacré aux chibanis et à leurs enfants marocains du monde. Illustration : Mériame Mezgueldi Dans ce sens, elle confie à notre rédaction que ce projet s'inscrit dans «une démarche de mémoire et de transmission», à la croisée du récit collectif de la mobilité marocaine en France et de l'histoire personnelle de sa famille. L'ouvrage se construit principalement sur des illustrations qu'elle réalise en s'inspirant de son approche de peinture sur toile, avec des textes courts. Pour Mériame Mezgueldi, il s'agit de sublimer «le parcours des travailleurs immigrés marocains, depuis leur sélection au Maroc jusqu'aux générations nées en Europe», le vécu de son père étant un fil rouge qui constitue une trajectoire individuelle, autour de laquelle se construit «une mémoire collective». En filigrane, la peintre évoque les souvenirs, les espoirs et les sacrifices, mais aussi l'exil, la double appartenance, les repères et la résilience. «Mon souhait est que ce projet sera une contribution en faveur de la transmission de cette mémoire qui reste encore mal connue et qu'il nous incombe de reconstituer, en donnant une voix à ces parcours caricaturés.» Mériame Mezgueldi Autant dire que la peintre érige l'expression artistique au rang de l'engagement citoyen. Pour elle, «l'art a une vocation esthétique, doit célébrer le beau, mais doit aussi permettre de ressentir des choses et être un fait utile, élargir l'imaginaire, donner cette possibilité de faire des pas de côté et voir le monde». Mériame Mezgueldi soutient que dans cette configuration, «un artiste est un visionnaire, à sa façon».