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Rencontres de l'Université Euromed à Fès. Brahim Benjelloun Touimi projette Casablanca en hub africain de confiance pour l'IA
Publié dans L'observateur du Maroc le 30 - 04 - 2026

Placées sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI, les Rencontres de l'Université Euromed de Fès sur l'Alliance des Civilisations se sont déroulées les 27 et 28 avril 2026 à Fès autour du thème «L'avenir de la civilisation humaine à l'épreuve de l'intelligence artificielle». Réunissant des responsables institutionnels, des universitaires, des experts, des acteurs économiques et des personnalités internationales, ces Rencontres ont inscrit la réflexion sur l'IA dans une perspective large. Celle de la gouvernance mondiale, des valeurs communes, de la santé, du vivre-ensemble, du développement, de la cybersécurité, des villes intelligentes et des systèmes autonomes.
L'intervention de Brahim Benjelloun Touimi, Administrateur Directeur Général de Bank Of Africa et Président du Conseil d'administration de la Bourse de Casablanca, a eu lieu dans la première séance plénière consacrée à la transparence, la responsabilité et la confiance comme fondements d'une gouvernance mondiale durable à l'ère de l'IA.
D'emblée, Brahim Benjelloun Touimi a placé son propos dans l'esprit même de cette rencontre, en soulignant que les riches interventions ayant précédé la sienne confortaient chez lui cinq convictions, prolongées par une proposition concrète.
La première de ces convictions porte sur la légitimité sociale de l'intelligence artificielle. Pour lui, l'IA ne pourra gagner la confiance de la société humaine qu'à condition d'adopter les principes qui fondent la stabilité des systèmes financiers. Cela va de la transparence des mécanismes à la responsabilité des acteurs, en passant par la solidité institutionnelle. Le parallèle avec la finance est d'autant plus central que le secteur bancaire et financier figure, selon lui, parmi les plus grands consommateurs de données et d'intelligence artificielle à travers le monde.
Sa deuxième conviction prolonge cette analogie. L'expérience du monde bancaire montre, selon Brahim Benjelloun Touimi, que les normes et la régulation ne freinent pas l'innovation. Au contraire, elles la rendent crédible, durable et lisible. Il a rappelé que les architectures internationales de supervision financière avaient permis de donner aux marchés un cadre de confiance. Cette leçon vaut, à ses yeux, pour l'intelligence artificielle. «Sans référentiels partagés, sans mécanismes d'évaluation et sans responsabilité clairement établie, la puissance algorithmique risque de demeurer opaque, instable et socialement contestée», tranche-t-il.
La troisième conviction insiste sur la finalité humaine. Ni la finance ni l'intelligence artificielle ne peuvent être réduites à de simples techniques. Leur légitimité dépend de leur capacité à rester orientées vers le bien commun, l'exigence de justice et une éthique du progrès. Dans un contexte mondial marqué par l'accélération technologique, Brahim Benjelloun Touimi invite ainsi à dépasser la fascination pour la performance des machines. L'enjeu décisif n'est pas seulement de produire des outils plus puissants, mais de s'assurer que ces outils servent l'humain, protègent les droits, respectent les cultures et renforcent la confiance.
L'Afrique, continent que Brahim Benjelloun Touimi connaît intimement pour l'avoir sillonné dans toute sa diversité, occupe une place essentielle dans sa réflexion. Sachant que la rencontre s'inscrit dans une aire euro-méditerranéenne, Brahim Benjelloun Touimi estime que le rôle du continent africain ne doit pas être occulté. Au contraire, pour lui, ce continent doit être pleinement intégré à la gouvernance mondiale de l'IA. Il refuse l'idée d'une Afrique simple réceptrice de solutions conçues ailleurs. Le continent doit, selon lui, prendre toute sa place dans la production de données, la formation des talents et la définition des cadres de gouvernance. À défaut, la révolution algorithmique pourrait se transformer en nouvelle fracture civilisationnelle. Cette alerte donne à son intervention une dimension stratégique confirmant que l'IA n'est pas seulement une question technologique, elle est aussi un enjeu de souveraineté, de développement et d'équité internationale.
Sa cinquième conviction porte sur la méthode. La gouvernance mondiale de l'intelligence artificielle ne pourra naître ni de la seule contrainte publique ni de la seule autorégulation privée. Elle devra résulter d'une alliance concertée entre pouvoirs publics, acteurs économiques, monde académique et société civile, à l'échelle nationale, régionale et multilatérale. Brahim Benjelloun Touimi reprend à ce titre l'idée d'une finance «métissée et hybride», ni purement privée ni purement publique, ni strictement nationale ni exclusivement internationale. L'intelligence artificielle, selon lui, suivra probablement le même chemin. Elle sera elle aussi « métissée et hybride », fruit d'efforts conjugués entre plusieurs niveaux d'acteurs et de responsabilité.
C'est dans cette logique qu'il a formulé une proposition inédite : faire émerger au Maroc, et plus précisément à Casablanca, un « Casablanca AI Trust Hub Africa ». Cette ambition s'appuie sur le plan national « IA à l'horizon 2030 », évoqué lors de la rencontre par la ministre Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l'Administration, également intervenue durant la séance d'ouverture. Pour Brahim Benjelloun Touimi, la capitale économique du Royaume dispose d'atouts particuliers en raison du lien étroit entre intelligence artificielle, investissement et finance. Il était nécessaire de rappeler qu'à l'instar des grandes révolutions industrielles, ferroviaires ou numériques, l'IA appelle des investissements massifs et une mobilisation structurée des capacités financières.
Le « Casablanca AI Trust Hub Africa » pourrait être, dans cette vision avant-gardiste, un Centre africain rayonnant d'innovation, capable de faire de Casablanca une capitale africaine de la confiance dans le domaine de l'IA. la plateforme multi-acteurs proposée par Brahim Benjelloun Touimi pourrait réunir institutions publiques, régulateurs, secteur privé, monde académique et société civile. Elle pourrait avoir pour vocation d'élaborer des normes, de consolider les bonnes pratiques, de concevoir des outils d'évaluation et de permettre le développement, le déploiement et l'audit de systèmes d'IA éthiques, souverains et adaptés aux réalités des pays africains. Trois fonctions pourraient lui être assignées : une fonction normative et éthique autour de l'équité, de la transparence, de l'explicabilité, de la protection des données et du respect des langues et cultures locales ; une fonction technique et de certification pour tester et labelliser les modèles ; et une fonction stratégique visant à soutenir les infrastructures numériques, la formation des talents, les partenariats et le positionnement du continent comme producteur d'IA responsable.
Dans cette architecture, l'Alliance des Civilisations pourrait jouer un rôle décisif en contribuant à bâtir un socle de valeurs pour l'intelligence artificielle. Brahim Benjelloun Touimi voit dans ce cadre un espace de dialogue entre les exigences du droit portées par l'Occident et celles de la communauté portée par l'Afrique, entre l'impératif de l'intériorité associée à l'Asie et celui des finalités au service du bien commun portée par l'Islam.
La conclusion du président de la Bourse de Casablanca résume l'esprit de son intervention : l'avenir de la civilisation humaine ne se joue pas seulement dans les salles de serveurs, mais dans des forums comme celui de Fès, où l'on dialogue, apprend et réfléchit ensemble. C'est à cette condition, affirme-t-il, que l'IA pourra être durablement au service de l'humanité, «non et jamais l'inverse».


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