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Khiame réexplique aux Français la stratégie antiterroriste marocaine
Publié dans L'observateur du Maroc le 18 - 06 - 2018

Abdelhak El Khayam, directeur du Bureau central d'investigations judiciaires (BCIJ).
"Avoir des renseignements sur une personne radicalisée et ne pas pouvoir l'interpeller... Aberrant !", s'indigne Abdelhak Khiame, dans un entretien publié par Valeurs actuelles. Dans sa dernière livraison, cet hebdomadaire français a choisi ce titre pour son focus sur la lutte contre le terrorisme au Maroc.
Sous l'impulsion du Roi Mohammed VI, le Maroc a adopté, depuis les attentats de Casablanca, une politique sécuritaire anticipative, a affirmé le directeur du bureau central d'investigations judiciaires (BCIJ).
« Grâce à une loi votée en 2003, il y a, certes, eu le renforcement de l'arsenal juridique et sécuritaire, permettant d'agir avant qu'un terroriste ne passe à l'acte, mais également la réforme intégrale du champ religieux pour ne pas laisser l'islam à l'emprise des mouvances extrémistes », a expliqué Khiame.
« Cet aspect est essentiel. Il a fallu aussi lutter contre la précarité et la pauvreté, le meilleur terreau de l'Etat islamique », a ajouté le patron du BCIJ, rappelant en outre que depuis 2015, 815 terroristes ont été interpellés et remis à la justice.
« En 2017, nous avons neutralisé 186 terroristes. Depuis la création du BCIJ, nous avons démantelé 21 cellules terroristes en 2015, 19 en 2016, 9 en 2017 et 4 pour le moment [au 25 avril, NDLR] en 2018 », a-t-il encore dit. Il a aussi rappelé que le BCIJ dépend de la Direction générale de la surveillance du territoire, faisant savoir que ce sont les agents de toutes les directions de ce service qui communiquent les renseignements avant que les cellules ne passent à l'acte.
Cette stratégie anticipative permet de gagner un temps considérable avant d'intervenir puisque tout est décloisonné, a fait valoir Khiame, précisant que le BCIJ a ainsi accès aux renseignements du terrain, qu'il peut croiser avec des analyses ou avec des renseignements partagés avec d'autres pays.
« Pouvoir croiser le renseignement local et le renseignement plus éloigné permet d'être efficace pour arrêter de manière préventive des terroristes potentiels », a-t-il soutenu.
Khiame a, par ailleurs, qualifié d'excellente la coopération sécuritaire avec la France, faisant savoir que le BCIJ échange beaucoup avec les services français, principalement la DGSI [Direction générale de la sécurité intérieure], mais aussi avec la police judiciaire française.
« Quand on a un renseignement concernant un ressortissant, on le communique systématiquement », a-t-il précisé. Il a, d'autre part, fait état d'une baisse de la radicalisation au Maroc depuis quelques mois, notant qu'avant la prison, de nombreuses équipes constituées de juristes, psychologues, sociologues, oulémas interviennent pour toucher les populations à risque.
Ces spécialistes interviennent aussi dans le milieu carcéral pour amener les terroristes à réviser leur opinion sur le djihad, a indiqué Khiame, estimant que « cela fonctionne plutôt bien, certains ont même été graciés après leur déradicalisation ; aujourd'hui, ils sont quelques-uns à s'investir en politique et à s'adresser aux publics fragiles pour les sensibiliser ».
Le patron du BCIJ a en outre évoqué le lien établi entre le Polisario et les réseaux terroristes dans la région, faisant savoir que 100 séparatistes du Polisario évoluant dans des mouvements islamistes ont été recensés.
Ce conflit déstabilise la région et offre à Daech, une opportunité pour continuer d'exister, a-t-il insisté, notant que « quand on découvre après le crash de l'avion militaire algérien, le 11 avril dernier, que figuraient sur la liste des passagers 26 membres du Polisario, qui étaient donc transportés par les autorités algériennes...Cette hostilité de l'Algérie doit cesser ».
Selon lui, les organisations terroristes profitent des réseaux des trafics des cités, la cocaïne, mais aussi l'immigration clandestine, le trafic des pièces d'identité et d'armes.
Tous ces crimes financent le terrorisme, a-t-il dit, ajoutant que les mouvements terroristes cherchent des ressources.
« Des mouvements religieux extrémistes, assurent régulièrement l'escorte d'acheminement de produits contrefaits ou prohibés. Il y a une vraie connexion », a-t-il poursuivi, précisant qu' »on a observé récemment, pour financer le départ de volontaires en Syrie, un cas de réseau de contrefaçon de produits alimentaires et de santé ».
Dans un reportage réalisé à Rabat et intitulé: « Maroc : les secrets de la lutte contre le terrorisme », Valeurs actuelles souligne que frappé durement par les attentats de Casablanca (2003) et Marrakech (2011), le Royaume a entièrement réformé l'encadrement de l'islam et transformé ses services de renseignements.


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