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CNOP: Les dessous d'une polémique entre officines

A l'heure où les pharmaciens s'apprêtent à lancer des sit-in pour protester contre l'absence d'élection pour le renouvellement du Conseil National de l'Ordre des Pharmaciens (CNOP) depuis 2017, celui-ci attribue ce retard à des facteurs liés aux textes de loi qui sont loin de permettre la tenue d'un tel scrutin.
Rien ne va plus entre le Conseil national de l'Ordre des pharmaciens (CNOP) et les pharmaciens, affiliés à la Confédération nationale des syndicats des pharmaciens au Maroc (CSPM), qui comptent déserter leurs officines le 23 et le 29 janvier pour tenir un sit-in devant la Maison du pharmacien à Rabat, puis devant le siège du Conseil régional des pharmaciens du Sud à Casablanca. Ils entendent protester, selon la Confédération, contre la non-tenue d'élections pour le pourvoi de deux Conseils régionaux de pharmaciens d'officine du Nord et du Sud mais surtout du Conseil national de l'Ordre des pharmaciens depuis 2017.
Si le Dahir portant loi n° 1-75-453 du 25 Hija 1396 (17 décembre 1976) stipule qu'il doit y avoir une moitié sortante du Conseil de l'Ordre et des Conseils régionaux deux ans après leur élection, des détails «techniques» empêchent les Conseils élus en 2015 de passer aux scrutins. Un état des lieux fortement dénoncée par la Confédération, par la voix de son secrétaire général, Amine Bouzoubaa.
« En 2017, certains ont avancé que les textes de loi en vigueur n'obligent pas les Conseils à organiser des élections tous les deux ans. Ils attendent généralement la mise en œuvre du projet de loi sur la régionalisation en vue d'organiser de telles élections. Un projet auquel nous tenons beaucoup», indique notre interlocuteur, notant que la confédération est convaincue qu'il ne faut pas attendre la mise en œuvre de ce projet, qui, malgré l'engagement des différentes instances concernées pour fluidifier le processus, demeure au point mort depuis de trois ans.
Selon Bouzoubaa, les Conseils actuellement en fonction sont « illégitimes », d'où la stagnation de plusieurs dossiers épineux au niveau du gouvernement qui n'a pas d'interlocuteur direct, représentant les quelque 12.000 professionnels du secteur.
Il souligne que cette situation amplifie les maux dont souffre le secteur pharmaceutique, notamment les problèmes d'organisation des officines dans plusieurs villes du Royaume. Des propos rejetés par le CNOP, qui souligne, document à l'appui, que les différents Conseils sont impliqués dans les différents pourparlers de la tutelle sur les affaires liés aux pharmaciens.
Ceci dit, Hassan Ataiche, secrétaire général du Conseil régional des pharmaciens du Nord et membre du Conseil national de l'Ordre des pharmaciens, contacté par nos soins, relève que les lois qui régissent le secteur, notamment le Dahir précité, sont désormais «obsolètes » et loin de s'aligner sur les chantiers en vigueur au Maroc, à savoir la couverture médicale en cours et la politique du médicament, auxquels aspirent par le Royaume.
Il a dans ce sens souligné la nécessité d'accélérer la mise en œuvre du projet de loi n° 98.18 relatif à l'Ordre des pharmaciens, toujours en discussion au Parlement, affirmant qu'à l'instar de tous les professionnels, le CNOP souhaite la mise à jour des lois régissant le secteur.
Pourquoi le Conseil n'a pas pu tenir une réunion depuis 2019 ?
Bien que le retard dans l'organisation des élections du Conseil national de l'Ordre des pharmaciens suscite la colère des professionnels, cette situation semble davantage d'ordre organisationnel. Hassan Ataiche attribue ce retard à la loi relative à l'Ordre des pharmaciens qui chapeaute le secteur depuis 1976. «La loi régissant le Conseil ne permet pas de tenir une réunion en l'absence de la majorité de ses membres, ce qui a donné lieu à un blocage », explique-t-il.
Dans ce sens, le SG du Conseil du Nord a souligné que la loi en vigueur recèle plusieurs anomalies qui sont en déphasage avec le contexte actuel assez exceptionnel. « Depuis 2018, le trésorier a démissionné de ses fonctions et nous n'avons pas pu remplacer le secrétariat, car tout simplement la loi ne répond pas à ce genre de contraintes », indique-t-il, ajoutant qu'il y a eu un départ collectif de plusieurs membres du Conseil des pharmaciens du Nord, compliquant davantage l'équation.
De plus, la période post-fin de mandat du Conseil - situation exceptionnelle - n'est pas prise en compte par la loi en vigueur, déplore-t-il.
Face à cette situation, Hassan Ataiche a tenu à affirmer que le Conseil résiste malgré le blocage que connaît son fonctionnement, en attendant la mise œuvre du projet de loi 98.18, lequel est seul en mesure d'apporter, selon lui, des réponses claires au contexte actuel et de s'aligner, notamment, sur les avancées du Royaume à plusieurs niveaux.
« Les élections ne peuvent pas être faites sans la sortie du projet de régionalisation qu'il faut accélérer au niveau du parlement, car il est favorablement attendu par le secteur pharmaceutique », conclut-il. C'est dire que la pomme de discorde ne sera pas résolue de sitôt !


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