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Importez des «Douaras» plutôt que des moutons !
Publié dans L'opinion le 26 - 05 - 2025

Aïd ou pas, il est des habitudes culinaires au Maroc qui ne souffrent ni injonctions, ni interdictions. Parmi celles-ci, la sacrosainte «Douara», ce pack complet de viscères ovins indispensable pour la préparation du traditionnel plat de tripes qui succède aux non moins sacrées brochettes de foie, «Boulfaf», au menu d'Al-Adha, trône en cette période de l'année comme lors de toutes celles qui l'ont précédée en tête des must-have. Les familles marocaines, soucieuses de préserver les us et coutumes culinaires ancestrales, sont disposées à concéder de grands sacrifices financiers pour pouvoir en disposer. Et les prix flambent !
Alors qu'elle était vendue entre 300 et 400 dirhams à la veille du précédent Aïd, un prix déjà exorbitant, la «Douara» se négocie actuellement à partir du seuil minimal de 500 dirhams et peut monter jusqu'à 700 ou 800 dirhams, soit le tiers du prix d'un mouton moyen en temps normal. Certes, la rareté de l'offre y est pour beaucoup, mais il s'agit là aussi d'un cas flagrant de Greedflation, cette satanée «inflation de l'avidité» qui a fait tellement de ravages sur le niveau de vie et les équilibres financiers des ménages marocains durant les dernières années.
Des étals des plus clinquantes boucheries de Rabat et de Casablanca, jusqu'aux souks les plus populaires du Royaume, en passant par les abords des abattoirs communaux et municipaux, la spéculation bat son plein. Et le pauvre citoyen n'a d'autre choix que celui cornélien entre la tentation de mettre la main à la poche pour ne pas priver ses papilles des délices ultra-graisseux de l'Aïd ou de se rabattre sur des mets carnés alternatifs, mais moins festifs et moins conformes à la tradition.
La raison financière, comme sanitaire d'ailleurs, voudrait que l'on privilégie le deuxième choix sur le premier. Mais dans notre pays où le bien-être, voire même la réussite sociale, se mesurent encore et toujours à l'aune de la quantité et de la nature des protéines consommées lors des petites et des grandes occasions, cette option n'est pas exempte de frustrations. Une solution aurait pourtant pu apporter un semblant de soulagement : au lieu de concentrer leurs efforts sur la seule politique d'importation d'ovins et de bovins, dont on a vu la tournure spéculative ces derniers temps, nos gouvernants auraient dû anticiper l'actuelle situation en autorisant et en encourageant l'importation de «Douaras» congelées et halal des pays européens où cette denrée est sous-cotée.
Sans aller jusqu'à réduire à néant les appétits spéculatifs, cette solution permettrait certainement une meilleure maîtrise des prix et leur maintien à des niveaux raisonnables. Elle permettrait aussi de préserver le cheptel national de la fièvre des sacrifices clandestins des brebis et des moutons qui s'est emparée de certains citoyens dernièrement, et surtout de certains intermédiaires et éleveurs spéculateurs soucieux de la seule augmentation de leurs profits.


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