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« FRENCH DREAM » DE MOHAMED HMOUDANE
Récit d'un itinéraire initiatique
Publié dans L'opinion le 19 - 03 - 2010

« French dream » roman de Mohamed Hmoudane, vient d'être réédité à Casablanca par Tarik éditions. Ce roman était par, cinq ans auparavant, aux éditions La Différence (Paris) en 2005. Une présentation de cette édition marocaine a été effectuée à Casablanca, jeudi 4 mars, rencontre organisée par l'Association de promotion de l'édition, du livre et de la lecture, les amis du café littéraire et la section culturelle de l'USM.
Mohamed Hmoudane est d'abord poète. « French dream », son premier texte narratif, relativement court, est traversé de textes poétiques. Appelé à présenter un texte paru en 2005, il lira un poème d'une beauté éclatante tiré d'un autre livre paru en 2007, « Parole prise, parole donnée » (La Différence).
Dès le titre, « French dream », on sent le coup de griffe : un clin d'œil pour le rêve américain par antiphrase. Car le rêve français, lui, est une réalité bien terne de précarité rugueuse à étreindre, faite de petits boulots, de vexations policières pour sans papiers, de recherche perpétuelle de stabilité dans un environnement où l'erreur impardonnable, c'est de venir bardé de diplômes !
Le narrateur de « French Dream », Najib Walou, alter ego de Mohamed Hmoudane, parti lui en France en 1989, ne fait rien de révolutionnaire. La thaoura, il la laisse pour ses professionnels. Lui, il se limite à raconter son histoire, en partie une histoire d'émigration en France avec obtention du visa en glissant une bouteille de vin, Chaud Soleil, le fameux « boulbbadder », à un fonctionnaire du ministère des Affaires Etrangères. En pérégrinant en périphérie parisienne, il fera des rencontres, comme celles de Larbi, Madani, dans des bars telle La Marmite. Anti-héros, il croira trouver l'amour et peut-être héritage avec Christelle, qui le plaquera pour Déborah. Il se mariera avec Karine et fera l'objet de vexations de la police, car présumé prendre femme juste pour les papiers. Pendant sept ans de « vaches maigres, côté blé mais peinardes côté horaires », il jouera à l'enseignant au collège Politzer en « arabe pas comme les autres ». Bien d'autres personnages et portraits truculents défilent d'une manière lapidaire.
L'une des particularités du texte est d'être sans chronologie. Le récit hachuré avance par touches, comme en peinture. Il y a des chapitres-chroniques qui permettent, en flash-back, de revenir en arrière pour évoquer la famille, le pays.
Au total, l'histoire se passe entre Maroc et France, les parents, père ancien vendeur de tissu « linceuls y compris » dans un village, ensuite transporteur de blessés et de cadavres dans un hôpital à Kenitra ( décidément, destin de famille de croquer du mort) et qui finit « ouvrier polyvalent » à la poste. Pour un ancien résistant qui ne s'en targue jamais, c'est assez représentatif pour un homme effacé qui vit avec son fils en zombies s'ignorant mutuellement pour ne se retrouver vraiment que le temps d'une agonie dans un hôpital en France.
Deux frères, Nadir, le « dogmatique qui devient pragmatique » et Adam, l'utopiste qui adhère au PCF, tous deux grandes gueules d'une indifférence infâme de cupidité devant la mort de leur père. Pour voir leur évolution un point de départ : les « émeutes de la faim » de 1984, les frères recherchés par la police pour distribution de tracts fuient, se retrouveront en France pour changer complètement de parcours. Leur petit frère, narrateur, les portraiture de manière si radicale, qu'ils en semblent non passibles de rédemption. Ils viendront, comble de grotesque, se bagarrer en prenant pour ring la fête de son mariage. L'épigraphe de Jean Genet sur l'exercice de la littérature qui ne saurait être belle sans cruauté, s'explique bien : d'un bout à l'autre, le discours du récit est rien moins que lisse. C'est plutôt une certaine cruauté qui est la règle. Scène décrite au vitriol. On frise le pamphlet. Tout trinque, y compris soi-même :
« Je ne me serais en effet assigné de bout en bout qu'une seule ambition, réussir le prodige d'être à la fois le marionnettiste et la marionnette me travestissant jusqu'à ne plus me reconnaître »
La démarche et posture d'écriture est particulière : « Tisser avec des lignes froides et détachées comme l'araignée autophage sa toile ». C'est aussi un combat avec des mots comme des balles de kalachnikov. Cela rappelle Khair-Eddine et sa « guérilla linguistique ».
On dirait qu'il n'y a rien qui ne puisse faire figure de cible approprié pour un ton de pamphlet à clouer au pilori tout ce qui bouge, à mettre bas toutes les icônes, jusqu'à renvoyer dos à dos peuple « la masse.. perfide » et classe nantie « tariket frança, nouveaux colons », selon le père.
On voit que l'auteur ne fait pas dans l'acquiescement et le consensus. Trop iconoclaste pour être conciliant. Toutes les icônes trinquent jusqu'au grand héros déifié Abdelkrim.
Najib Walou, le narrateur, est sacrilège pour s'en prend à tout ce qu'on chérit, toutes les icônes, même la mère en une parenthèse traitée de « chienne » comme un reproche d'une tendresse voilée secrètement solidaire, parce qu'elle se serait trop laissée marcher sur les pieds, le héros du Rif diffamé par une histoire inventée scabreuse dans un paragraphe aux lignes à demi barrées juste pour le ravaler à la condition d'homme au lieu de dieu. De manière à s'inscrire dans une espèce d'anti-consensualisme mais qui semblerait plutôt très justifié quand ce ne serait que pour se tenir en porte-à-faux des mièvreries du copinage et du clientélisme ambiant jusque chez les gens de lettres qui n'en finissent pas de se renvoyer les ascenseurs.
Face au ton cynique, cruel qui ne fait pas dans la concession, ni la complaisance, il y a aussi beaucoup de tendresse :
« C'est rare que je regarde mon fils droit dans les yeux. Son regard attendrissant me fait pourtant peur. J'ai l'impression qu'il me juge, qu'il m'en veut déjà de l'embarquer ainsi dans la galère, de l'avoir tout simplement mis au monde. C'est sans doute pace que j'ai toujours pensé qu'en donnant la vie on donne inéluctablement la mort. Mais j'avais craqué, va pour la mort me dis-je et mon écharde de lumière se trouvait « enceinte de mort »
Ecrire est-il vraiment un jeu ? Oui mais pas seulement. Rien en effet n'empêche de croire sur parole l'auteur quand il suggère qu'il agit par nécessité en écrivant :
« Ecrire une question de vie ou de mort. De vie surtout… »
Saïd AFOULOUS
 « French dream » roman de Mohamed Hmoudane, Editions Tarik, Casablanca.


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