Cela fait un mois que le ciel se montre généreux, après sept années de sécheresse sévère, qui avaient peu à peu érodé l'espoir d'un retour à une normalité climatique - et surtout agricole - dans le cœur des Marocains. Ces précipitations ont non seulement revitalisé les barrages du Royaume, dont le taux global de remplissage frôle désormais les 40 %, soit plus de 6,5 milliards de mètres cubes, mais ont aussi ravivé un sou e d'optimisme dans un pays profondément agraire, où la croissance demeure étroitement liée aux performances du secteur agricole. Mais aussi bienvenues et salvatrices soient-elles, les pluies et chutes de neige enregistrées ces dernières semaines dans plusieurs régions du pays, sur fond de phénomènes climatiques tels que la «tempête Francis», ne doivent toutefois pas occulter la réalité d'une crise hydrique structurelle profonde, à laquelle le Maroc reste durablement confronté. La clémence du ciel, aussi appréciable soit-elle, ne saurait nous dispenser d'une vigilance permanente. Car ne serait ce que l'an dernier, experts et responsables publics rappelaient qu'environ un million et demi de mètres cubes d'eau s'évaporent chaque jour au Maroc, sous l'effet d'un réchauffement climatique plus marqué chez nous qu'ailleurs. La température moyenne a augmenté d'environ deux degrés au cours des dernières années, les précipitations ont diminué de 20% sur les soixante dernières années, tandis que les apports en eau de surface ont chuté de 33 %. Dès lors, si les récentes précipitations ont permis à nos barrages de sortir de la zone rouge, le soulagement et l'optimisme doivent rester mesurés et ne doivent en aucun cas ouvrir la voie à l'insouciance ni au gaspillage. La pluie, aussi abondante soit-elle, ne justifie pas le retour de pratiques « hydrivores » que l'on voit d'ores et déjà réapparaître, à l'instar de l'arrosage excessif des espaces verts à l'eau potable, les longues douches chaudes ou le lavage de voitures sans retenue. La conscience collective, la prudence et la discipline doivent donc continuer à guider nos habitudes de consommation de cette ressource vitale, devenue à la fois précieuse et rare. Et n'oublions jamais que si une hirondelle ne fait pas le printemps, une ondée ou deux ne font pas non plus l'abondance hydrique.