Le lancement de la 5G au Maroc marque bien plus qu'un simple saut technologique mais ouvre une nouvelle phase décisive pour l'économie, l'industrie et l'inclusion numérique. Avec déjà des millions de terminaux compatibles et des milliers de stations déployées, le Royaume s'achemine vers une transformation profonde où l'éducation, la santé, les startups, les ports et les usines pourraient changer d'échelle. Derrière les promesses de vitesse, la 5G dessine un véritable projet de société, où souveraineté de la data, cybersécurité, innovation et égalité d'accès deviennent les piliers d'un Maroc digital pleinement assumé. Horizon Press a consacré une table ronde au sujet avec en prime des intervenants de premier rang : Ahmed Khaouja, expert auprès de l'Union internationale des télécommunications, Hind Khouy, directrice marketing chez inwi, et Abdelkarim Mazouzi, vice-président de l'APEBI. L'un des points les plus marquants de cette évolution est le fait que la 5G introduit une rupture technologique fondamentale. Ahmed Khaouja, expert auprès de l'Union internationale des télécommunications, insiste sur l'ampleur de ce changement en rappelant que la 5G ne s'adresse plus uniquement aux usages grand public. Selon lui, «la 5G ne s'adresse pas uniquement aux consommateurs. Elle s'adresse aussi à l'entreprise, à l'industrie... C'est son point fort». Alors que la 3G puis la 4G avaient été largement orientées vers la consommation individuelle, la 5G ouvre des perspectives totalement nouvelles pour les entreprises, les usines, les ports, les mines, les chaînes logistiques et l'ensemble du tissu économique. Ce basculement tient en partie à la gestion des fréquences. Pour la première fois, une technologie de télécommunication est conçue pour fonctionner sur un spectre extrêmement large, allant de bandes basses à très longue portée à des bandes millimétriques permettant des débits exceptionnels. Le Maroc a déjà attribué les bandes des 700 MHz et des 3,4 GHz, tandis que la bande des 26 GHz, adoptée mais pas encore attribuée, donnera plus tard accès aux usages les plus avancés, notamment dans l'industrie et les villes intelligentes. La question de la latence est également décisive. La 5G permet d'atteindre une latence d'environ une milliseconde, contre dix en 4G. Cette différence peut sembler infime, mais elle change tout. Comme l'explique Khaouja, «on ne peut pas faire de la téléchirurgie à distance sans une latence faible». Cette réactivité ouvre la voie à des opérations médicales assistées à distance, au pilotage d'engins autonomes, au contrôle synchronisé de robots industriels ou encore à la gestion instantanée de réseaux de capteurs critiques, qu'il s'agisse de barrages, de pipelines ou d'infrastructures énergétiques.