Les images du prince du Qatar à Ifrane, comme celles de nombreuses célébrités passées inaperçues au Maroc durant les fêtes de fin d'année, racontent une histoire plus profonde qu'un simple séjour touristique. À l'heure où la CAN 2025 propulse le Royaume sous les projecteurs, le Maroc semble changer de statut : moins destination de passage, davantage refuge choisi par les élites mondiales. Le Maroc, nouveau refuge discret des puissants Il ne s'agit plus de simples vacances. Quand des figures du Golfe, des célébrités internationales et des fortunes discrètes choisissent le Maroc pour la fin d'année, le geste est symbolique. Ifrane, loin de l'agitation de Marrakech ou de la surexposition médiatique, incarne ce nouveau luxe : le calme, la sécurité, l'anonymat. Le Maroc offre aujourd'hui ce que beaucoup de destinations ont perdu à savoir une combinaison rare entre stabilité politique, diversité naturelle, identité culturelle forte et hospitalité non ostentatoire. Car oui, le prestige ne se crie pas, il se vit. Cette transformation est visible dans les lieux choisis, les périodes de séjour et les comportements ; moins de tourisme de masse, plus de séjours longs, familiaux, haut de gamme. Lire aussi : La CAN-Maroc des stars : Mbappé, Zidane, Debbouze Ce basculement s'inscrit dans une tendance mondiale du fait que les élites ne voyagent plus là où tout le monde va. Elles cherchent des territoires capables d'offrir à la fois sécurité, image positive et discrétion. En ce sens, le Maroc coche désormais toutes les cases. CAN 2025 : accélérateur d'image ou fracture touristique ? La fin d'année 2025 agit comme un révélateur. La Coupe d'Afrique des Nations, organisée au Maroc en pleine haute saison touristique, place le pays dans une configuration inédite. D'un côté, des millions de supporters, de visiteurs et de téléspectateurs. De l'autre, une exposition médiatique mondiale qui dépasse largement le cadre sportif. Les chiffres confirment ce retournement. À fin novembre, le Royaume avait déjà accueilli 18 millions de visiteurs, dépassant le total de 2024. La barre des 20 millions est à portée immédiate. Le tourisme, qui pèse plus de 7 % du PIB national, devient un pilier stratégique de l'économie nationale, avec des retombées massives sur l'emploi, le transport aérien, l'hôtellerie et le commerce. Mais cette réussite pose une question dérangeante : le Maroc est-il en train de choisir son tourisme ? La CAN 2025 agit comme un filtre. Elle attire à la fois les foules et les investisseurs, tout en renforçant l'image d'un pays capable d'organiser des événements internationaux de grande ampleur. Reste à savoir si cette dynamique sera utilisée pour structurer un tourisme événementiel et sportif à forte valeur ajoutée, ou si elle accentuera la fracture entre tourisme premium et tourisme populaire. Car derrière les images flatteuses et les records, un enjeu stratégique se dessine : capitaliser sur cette visibilité pour repositionner durablement le Maroc sur la scène touristique mondiale, sans perdre son accessibilité ni son équilibre social.