À la veille d'échéances décisives, le football marocain cristallise espoirs et tensions. Mais le débat public s'éloigne souvent de l'analyse sportive pour basculer dans le doute systématique et la déstabilisation psychologique. Entre critiques internes excessives et manœuvres externes, il devient urgent de réhabiliter un regard lucide, exigeant et constructif sur les Lions de l'Atlas. Le football, dans sa dimension la plus élevée, transcende le simple cadre de la compétition athlétique. Il se mue en un révélateur sociétal, une pulsation collective qui cristallise les aspirations d'une nation. Au Maroc, à l'approche d'une échéance sportive majeure, cette réalité est palpable. Cependant, l'analyse du jeu semble parfois dériver vers un discours d'érosion, une rhétorique qui s'éloigne de l'examen technique pour tendre vers la démoralisation systématique et les manœuvres de déstabilisation. Il est impératif, pour le supporter éclairé et attaché à l'intégrité du débat, de redresser la perspective sans verser dans l'aveuglement ni la complaisance. Remettre en question une stratégie, débattre d'une sélection ou évaluer la condition physique des athlètes est non seulement sain, mais indispensable à la progression. Or, l'environnement du football marocain est actuellement saturé par un bruit de fond qui s'éloigne de l'examen technique. Ce tumulte provient de deux sources principales. D'une part, une frange d'observateurs nationaux s'est enlisée dans une prophétie autoréalisatrice de l'échec, érigeant le doute en dogme et anticipant la déroute avant même le coup de sifflet initial. Leur leitmotiv n'est plus l'analyse, mais la décrédibilisation systématique de toute avancée. D'autre part, des manœuvres psychologiques externes tentent de déstabiliser le collectif en déplaçant le débat hors du terrain. Lire aussi : CAN 2025: Brahim Díaz, leader incontesté des Lions de l'Atlas De la critique technique aux diversions stériles Un exemple récent illustre parfaitement cette dérive. À la veille d'une confrontation cruciale contre le Cameroun, le sélectionneur belge à la tête de l'équipe sud-africaine, Hugo Broos, a choisi de se plaindre publiquement des temps de trajet entre l'hôtel et le terrain d'entraînement, allant jusqu'à insinuer une « mauvaise intention » de la part du pays hôte. Ce type de déclaration, qui déplace le débat du terrain vers la logistique et la paranoïa, n'est pas de l'analyse sportive. C'est une tentative de guerre psychologique, une diversion stérile visant à instiller le doute et à justifier une éventuelle contre-performance par des facteurs extra-sportifs. Il est temps de reconnaître la mutation structurelle qu'a connue le football marocain. Loin de l'improvisation émotionnelle d'antan, le projet actuel est le fruit d'une vision stratégique à long terme, matérialisée par des investissements conséquents dans les infrastructures et la professionnalisation de la formation. Les choix techniques ne sont plus le résultat de la panique, mais découlent d'une planification rigoureuse. L'entraîneur Walid Regragui, bien que non exempt de tout examen, a démontré sa compétence avérée sur les plus grandes scènes internationales. De surcroît, les joueurs évoluent désormais au sein des championnats les plus exigeants, intégrant une culture de la performance et une discipline tactique qui confèrent à l'équipe nationale un statut de formation respectée et redoutée. Persister à dépeindre ce collectif comme intrinsèquement voué à l'échec, ou tenter de le déstabiliser par des griefs logistiques et des insinuations malveillantes, revient à ignorer délibérément une réalité sportive solidement établie. Le pessimisme érigé en système, qu'il soit interne ou externe, est une posture intellectuelle stérile qui a un coût collectif exorbitant : il érode la confiance, installe une fatigue morale et fragilise le lien indéfectible entre l'équipe et son public. Un commentateur, même retiré des affaires, conserve une responsabilité symbolique : sa parole est un vecteur d'influence qui peut soit éclairer, soit assombrir l'horizon national. De même, les tentatives de déstabilisation externe doivent être perçues pour ce qu'elles sont : des manœuvres grossières qui n'ont pas leur place dans le débat sportif. L'unité comme force stratégique Le soutien populaire massif et l'élan d'unité autour des Lions de l'Atlas constituent une force stratégique inestimable. Dans un contexte où le sport de haut niveau se joue autant sur le terrain que dans la sphère psychologique, la confiance est une ressource vitale. Les grandes nations sportives s'emploient à protéger l'élan collectif à l'approche des moments décisifs, en faisant abstraction du bruit de fond et des petites polémiques qui n'ont d'autre but que de distraire. Les Lions de l'Atlas progressent. Ils n'ont pas besoin d'un unanimisme artificiel, mais d'un environnement exigeant et loyal, critique mais foncièrement constructif. Le reste n'est que bruit de fond, posture ou nostalgie déguisée en expertise. L'histoire, en définitive, ne retient pas les prophètes de malheur ni les auteurs de diversions mesquines, mais ceux qui ont eu l'audace de bâtir et de soutenir l'effort collectif.