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Aherdan règle ses comptes
Publié dans MarocHebdo le 17 - 01 - 2014

MAROC HEBDO INTERNATIONAL N° 1055 - Du 17 au 23 janvier 2014
Retour
Parution. Aherdan ne voulait plus être un homme en «liberté provisoire». C'était là l'engagement d'un homme et d'une vie. Il dit ses vérités aux uns et aux autres. Il raconte. Un témoignage pour l'histoire.
Annoncés depuis des mois, les mémoires de Mahjoubi Aherdan viennent d'être publiés et présentés, vendredi 10 janvier 2014, à la presse. Dans cet ouvrage, qui couvre la période 1942-1961, soit jusqu'à la disparition de S.M. Mohammed V, pratiquement trois cents pages rendent compte de près de vingt ans de luttes, de combats et d'engagements. Un chemin de crête à travers les multiples avatars, et même les convulsions, d'une séquence historique enfiévrée. Une vie donc, bien sûr, mais aussi un destin tout à fait particulier qui fait de Aherdan pratiquement un "totem" dans le champ politique national. Engagé dans l'armée française après l'Ecole militaire de Dar Beida, dont il sort officier, le voilà sur le front du côté des Alliés en Tunisie, en Italie et ailleurs.
Libération du pays
De retour à Oulmès, il est nommé caïd, succédant à son père, en 1951. Confronté aux jeux et aux manœuvres de l'administration du protectorat, il a ce crédo: G'Argaz ou "Sois un homme!" De quoi s'agit-il? D'une dignité et d'une citoyenneté à recouvrer, bien sûr, mais, au-delà de ces exigences individuelles, d'un engagement autour d'une quête plus globale: celle de la libération du pays. En somme, «servir et non se servir», comme il le souligne.
Aherdan raconte avec détails quel était alors le climat du début de ces années cinquante, avec les pressions du Maréchal Juin, résident général, et son administration (Viallat, Boniface...). Les pressions, plus nombreuses, se font plus fortes. La Résidence instrumentalise le Glaoui contre Mohammed V. Rien n'y fait: Aherdan reste fort de cette certitude et tient bon. Il refuse de signer en faveur du Glaoui contre le Sultan. Il est alors révoqué pour «atteinte à la sécurité intérieure de l'Etat» et assigné à résidence. Ben Arafa est installé comme Sultan «pour signer les Dahirs»: la machination a osé porter atteinte à l'autorité légitime. Mohammed V est déposé. Aherdan prend attache avec des figures nationalistes –Abdelkrim El Khatib, Mehdi Ben Barka, Allal El Fassi, Mbarek Bekkaï...
Vingt-sept mois plus tard, l'administration coloniale n'a d'autre choix que de se résoudre au retour du Sultan. Bien des manœuvres et des ambiguïtés sont à relever à cette occasion. Cette première interdépendance dans l'indépendance traduit bien les jeux et les intérêts des uns et des autres: préserver surtout les intérêts des colons français et ne pas poser en préalable la place et le rôle du Souverain. M. Bekkaï dira, à propos de la restauration du Sultan: «Je pense, moi, qu'il n'en est pas question».
Octobre 1955 est encore marqué par toutes les incertitudes: le Sultan Ben Youssef n'est pas encore de retour, un Conseil du Trône est formé, avec le Grand vizir Mokri, le Pacha Sbihi, Tahar-Ou-Assou -le général Kettani, lui, refuse. Fatmi Benslimane est chargé par cet organe de former un gouvernement. Quant au Glaoui, il prend position pour le retour du Sultan sur le trône.
Volonté d'hégémonie
L'histoire reprend enfin son cours normal et Mohammed V voit sa légitimité rétablie. Aherdan décrit les manœuvres du Parti de l'Istiqlal pour s'octroyer un statut hégémonique. Le retour triomphal du Sultan est placé sous un double mot d'ordre: "Yahia El Malik! Yahia l'Istiqlal!" –une manière de capter le symbole royal sous une étiquette partisane, un amalgame fédérateur et mobilisateur. Les manœuvres autour du pouvoir tournent autour du rapport de forces à instaurer dans le Maroc indépendant. Pour Aherdan, c'est Mehdi Ben Barka qui est à la manœuvre, à ses yeux, «le Maroc était à prendre». Et il a bénéficié du soutien tactique du Fqih Basri, membre de la Résistance, présenté comme étant «l'exécuteur des basses œuvres». Tout se passait comme si «Mehdi lui servait de tuteur au point de passer pour le chef de la Résistance», alors que, de fait, il fut le porte-parole au retour de Sa Majesté, le 20 août.
Le Parti démocratique de l'Indépendance (PDI) ,de Mohamed Belhassan El Ouazzani, est une autre victime «de cette volonté d'hégémonie tout autant que les groupes de résistants, dont on supprimait, un à un, les chefs de file...» Les règlements de comptes se multiplient, les assassinats s'exécutent en série, surtout à Casablanca et à Tétouan, au lieu dit Jnane Bricha.
Rien d'étonnant que dans un tel contexte l'autorité du Roi ait été en question. Mohammed V n'arrive pas à faire nommer un pacha et un gouverneur. Aherdan et El Khatib décident alors, en 1957, d'une réunion d'unification des chefs de l'Armée de libération à Rabat. Il s'agissait de mettre fin à une clandestinité qui était inconciliable avec la normalité du retour d'exil de Mohammed V. C'est un nouveau front qui est ainsi ouvert.
Un nouveau front est ouvert
L'intégration de l'Armée de libération dans les FAR sera sans doute laborieuse, mais elle sera menée à bonne fin. C'était le premier acte d'un processus devant surmonter tant de logiques centrifuges. C'est que, comme l'a relevé Aherdan, «chacun voulait un Maroc taillé à sa mesure. Le commerçant en faisait l'apanage de son commerce. Le guerrier, son champ de bataille. Le penseur, une fiction dont il pouvait brader, à loisir, et le schéma et les contours». Face à cela, «Mohammed V, maître incontesté des cœurs, ne parvenait pas à malaxer tout ce fatras d'idées et de positions...» La logique qui prévaut est celle du rapport de forces et son expression la plus mortifère, à savoir les assassinats, dont celui de Abbes Messaadi. Aherdan raconte les tenants et les aboutissants qui ont conduit à cette extrémité, le 26 juin 1956, où Messaadi tomba dans un guet-apens fatal.
D'autres épisodes suivent: "l'affaire Addi Ou Bihi", du nom d'un caïd qui s'est révolté contre la mainmise du parti de l'Istiqlal, jeté en prison, et qui meurt à la suite d'«un arrêt cardiaque improbable...» Aherdan et El Khatib décident de s'organiser autour d'un nouveau parti, le Mouvement populaire, avec des personnalités comme Haddou Abarqach, Ziâmani et tant d'autres. Créée à la fin septembre 1957, cette formation est interdite quatre semaines plus tard.
Violente campagne
Gouverneur de Rabat, Aherdan est remplacé. La presse du Parti de l'Istiqlal mène une violente campagne contre lui l'accusant de "trahison". Mohammed V, recevant son successeur dans la capitale, souligne, lui, sa «fidélité et son patriotisme». Et El Khatib, de son côté, rappelle ses combats et son «passé glorieux» à la tête de la Résistance.
Aherdan répliqua avec cette phrase célèbre: «Nous n'avons pas acquis l'indépendance pour perdre la liberté!». Une crise gouvernementale s'ouvre avec le retrait des ministres istiqlaliens du cabinet Bekkaï par suite d'une motion critique des ministres du Parti démocratique de l'Indépendance et du Mouvement populaire adressée au Roi. Lui succède, en mai 1958, le gouvernement Balafrej, dirigeant de l'Iistiqlal.
Les tensions sont encore exacerbées à propos de l'inhumation de Abbes Messaadi à Tizi Ousli, dans le Nord, au côté des dépouilles de résistants tués dans les combats d'octobre 1955. Aherdan et El Khatib sont arrêtés et écroués à Aïn Qadous (Fès). Leur incarcération durera trois mois, jusqu'à la fin décembre. C'était le pluralisme qui était l'enjeu, le code des libertés et des associations. Aherdan ne voulait plus être un homme en «liberté provisoire». C'était là l'engagement d'un homme et d'une vie. Il dit ses vérités aux uns et aux autres. Il raconte. Un témoignage pour l'histoire
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