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La sécurité, nouvelle formule
Publié dans MarocHebdo le 08 - 05 - 2014

Face à une violence qui s'oppose à l'Etat de droit, c'est une nouvelle gouvernance du système de sécurité qui se met en place depuis des années.
La sécurité, nouvelle formule
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Fouad Ali El Himma.
Les événements du 16 mai 2003 à Casablanca, suivis par la neutralisation de plusieurs groupes terroristes, ont jeté une lumière crue sur les enjeux de la sécurité intérieure. C'est désormais sous une nouvelle approche que le Roi appréhende les risques et les menaces multiples et complexes auxquels le Royaume est exposé. Le "Roi social" se double d'une Roi qui entend assumer la plénitude de ses attributions et de sa mission. Il n'ignore pas que, ici et là, certains doutaient de sa détermination à affronter la tempête, mésestimant quelque peu les multiples facettes de sa personnalité. D'autres plaidaient pour la répression douce –même parmi ses proches– en mettant en avant l'image du Maroc à l'étranger s'accommodant mal d'une politique de durcissement.
Qu'à cela ne tienne! Mohammed VI privilégie le droit à la sécurité. Il considère qu'il est le fondement de l'Etat de droit: il garantit en effet la sécurité qui est la première des libertés; mais il offre également aux citoyens un environnement stable, sûr et prévisible. Mais, dans le même temps, il mesure l'ampleur de la mondialisation de la violence, devenue "télégénique" selon l'une des expressions qu'on lui prête. Il n'ignore pas non plus que le mode d'action asymétrique par excellence qu'est le terrorisme ne vise pas que les seuls effets physiques, mais qu'il va bien au-delà; il prend également en compte les points de vulnérabilité des cibles pour mettre à bas l'Etat de droit, entraver l'activité économique et compromettre le fonctionnement régulier des institutions.
Mohamed Yacine Mansouri
Il se convaint, si besoin était, de la vulnérabilité du Maroc et des autres sociétés –et de citer à ses interlocuteurs que, par exemple, l'impact des attentats de Madrid, le 11 mars 2004, pour un coût d'environ 10.000 dollars, est totalement disproportionné à ce modeste budget. La politique sécuritaire que le Souverain va s'atteler à mettre sur pied est de lutter contre le terrorisme éligible, par bien des traits, à un avatar moderne de la grande criminalisation de la vie sociale. Face à une violence qui s'oppose à l'Etat de droit, c'est une nouvelle gouvernance du système de sécurité qui s'est ainsi imprimée depuis des années. Elle présente, aujourd'hui, une articulation dont les traits les plus saillants sont de divers ordres.
Tout d'abord, cette première observation: la centralisation du pôle sécuritaire. Il aura fallu pas moins d'un septennat pour mener à bien cette entreprise. Au départ, dans les premières semaines du début de règne, la priorité a été donnée à la prise en mains de la DST, alors sous la coupe de Driss Basri. À la fin septembre 1999 donc, c'est le colonel Hamidou Laânigri qui est nommé à la tête de cette direction, il a été proposé au Souverain par les généraux Abdelaziz Bennani, Abdelhak El Kadiri et Hosni Benslimane. On le sait: l'homme n'est pas un militaire ordinaire. Une carrière plutôt heurtée, à forte exposition dira-t-on, que ce soit au Shaba, au Zaïre, ou ailleurs. Mais aussi, en interne, un parcours qui l'a vu au premier plan des spasmes de la vie politique, que ce soit lors de l'attentat du 16 août 1972 contre le Boeing royal ou des événements de Moulay Bouazza, sept mois plus tard.
Après quelque dix ans auprès du Cheikh Zayed, président des Emirats arabes unis, le voilà affecté à la DGED, à la tête du département du contre-espionnage, auprès du général El Kadiri. Avec sa nomination à la DST, voici sept ans, il a pour lui plusieurs atouts: l'expérience, le carnet d'adresses, la connaissance des réseaux afghans de talibans contre l'occupation soviétique – autant dire qu'il a suivi de près la genèse de cette mouvance qui allait se démultiplier en une sorte d'internationale terroriste islamiste. Promu général, Hamidou Laânigri était devenu un pilier central de la sécurité; ce rôle a été renforcé par la situation créée par l'après-16 mai, laquelle a vu le Royaume s'engager résolument dans une politique antiterroriste résolue. L'homme travaillait en liaison avec Fouad Ali El Himma, ministre délégué à l'Intérieur et il avait l'avantage professionnel et psychologique d'avoir été un homme de terrain rompu aux techniques de lutte antisubversive. Il fait la Une de la presse et devient l'homme-clé de la sécurité, paraissant enjamber les autres composantes du système sécuritaire – DGED, Gendarmerie royale, 5ème Bureau des FAR. Sa position s'est encore renforcée avec la nomination de l'un de ses amis, le général Mohamed Belbachir, à la tête de la sécurité militaire, et ce au lendemain des attentats du 16 mai 2003. Quant à l'autre bras de l'appareil sécuritaire, la DGED, c'est le général Ahmed Harchi qui succède au général El Kadiri, nommé inspecteur général des FAR pour des raisons de santé.
Général Hosni Bensimane.
Quel est alors le tableau? Trois généraux dirigent pratiquement l'appareil sécuritaire du Royaume. Ce ne sont pas des familiers du Roi, tant s'en faut. Ils relèvent également d'une autre génération proche de la retraite. Comment assurer dans ces conditions une gouvernance sécuritaire optimisée? Le Roi a en tête, probablement dès le début de son règne, le souci
d'avoir la haute main sur l'appareil sécuritaire, mais il mesure aussi que la faisabilité de ce processus demande des étapes. Ainsi, deux mois après le 16 mai, le général Hamidou Laânigri est nommé à la tête de la DGSN, à la place de Hafid Benhachem. Pour tout autre que lui, le passage de la DST à la DGSN aurait été une promotion; or tel n'est pas le cas, même s'il a pu placer pour lui succéder l'un de ses bras droits, Ahmed Harari.
Avec la nomination de Yacine Mansouri à la DGED, c'est donc un proche du Roi –camarade de promotion au Collège royal puis à l'Université– qui prend la place d'un général des FAR. Cette décision surprend tout le Landerneau militaire et politique.
Elle déroge à une tradition établie depuis la création de la DGED qui veut que ce soit un militaire qui la dirige (Ahmed Dlimi, Abdelhak El Kadiri, Ahmed Harchi). Elle témoigne surtout de la ferme volonté du Souverain d'être à l'écoute la plus fine possible de la vie de l'institution militaire, mais aussi des évolutions de la politique internationale, la DGED étant aussi en charge d'une grande part de la diplomatie secrète du Roi. Voilà bien de quoi contenir désormais les débordements du général Hamidou Laânigri, qui outrepassait allègrement ses strictes attributions de patron de la DST, puis de la DGSN, pour connaître de tous les dossiers impliquant ou sentant le sécuritaire…
Le remplacement de Ahmed Harari par Abdellatif Hammouchi constitue une autre étape du cantonnement de Laânigri. Bien à l'étroit à la DGSN, il n'en continuait pas moins à plaider pour une stratégie anti-islamiste, articulée sur des formes d'action particulières. Ses avis n'étaient plus pris en compte, perçus qu'ils étaient, dit-on, comme relevant du dogme de l'infaillibilité papale.
Sa perte de territoire se doublait immanquablement d'un recul d'influence. Il ne disposait pas davantage de l'appui des grands généraux de l'armée, plutôt réservés quant à son ambition jugée démesurée et à son parcours peu conventionnel. La lecture critique que fait S.M Mohammed VI du bilan de la lutte antiterroriste, dans l'interview donnée au quotidien espagnol El Pais, en janvier 2005, ne lui échappe guère: elle traduit un décrochage royal par rapport à son action.
Pour autant, Hamidou Laânigri est resté en fonction jusqu'au 13 septembre 2006. Et il aura fallu cette affaire de Hassan Khattab et de sa cellule antiterroriste, Ansar Al Mahdi, pour limoger à la fin juillet 2006 le général Mohamed Belbachir du 5ème bureau des FAR, remplacé par le colonel-major Mohamed Maïche. Six semaines plus tard, c'est une autre affaire liée, celle-là, à un trafiquant de drogue de Tanger, Mohamed Kharraz, alias Cherif Bin Al Ouidane, qui sera à l'origine du départ du général Laânigri de la DGSN pour se voir confier l'inspection générale des Forces auxiliaires.
Avec la nomination, 13 septembre 2006, du nouveau patron de la DGSN, Charki Draïss, homme proche de Fouad Ali El Himma et de Yacine Mansouri, on peut dire que la boucle sécuritaire est pratiquement bouclée. Au sommet de l'appareil, le Roi, détenteur des pouvoirs: il est le mandant parce qu'il a en charge l'essentiel national du fait de son statut constitutionnel et politique et de Commandeur des croyants. Reste à préciser les délégataires: le ministre délégué à l'Intérieur, Fouad Ali El Himma, à qui est confié un rôle de supervision et de coordination, puis Yacine Mansouri à la tête de la DGED, puis encore Mohamed Maïche à la direction de la sécurité militaire, Charki Draïss patron de la DGSN et Abdellatif Hammouchi, qui dirige la DST.
Que ce nouveau système sécuritaire ait gagné en cohérence et en coordination, voilà qui ne paraît guère contestable. Y prévaut en effet le principe de l'unité de commandement et
d'orientation par suite de la place centrale du Roi dans ce dispositif. Il permet, également, une réactivité plus directe et plus rapide aux situations de tension en même temps qu'il dispose des coudées les plus franches pour une politique de prévention conséquente.
Mais, on n'omettra pas de relever que cet appareil ne pourra "tenir" que s'il continue à s'appuyer sur une institution centrale comme les FAR. Pour l'heure, ce corps relève d'un autre délégataire du Roi, le général Hosni Benslimane, un grand professionnel dont la loyauté et la compétence sont unanimement reconnues.
Avec lui, le Roi dispose d'un large spectre sécuritaire –une transition qui, elle, a mis sept ans pour s'opérer finalement, même avec des à-coups et des pas de tango…
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