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Aziz Akhannouch, l'homme de l'année 2009
Publié dans MarocHebdo le 14 - 05 - 2014

Parcours. Aziz Akhannouch, un homme à facettes multiples, entrepreneur, mécène connu et reconnu. Et enfin ministre qui a fait ses preuves dans la gestion d'un département sensible. Aziz Akhannouch aura incontestablement marqué l'année 2009.
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La politique est, tour à tour, un révélateur ou un cache, surtout pour ceux qui la pratiquent au plus haut niveau de la responsabilité de l'Etat. Comment déceler, à travers l'action publique d'un ministre, d'un leader ou d'un membre influent d'une formation partisane, la réalité de la personne, la vérité de son être, par delà le paraître du métier et son surdimensionnement par les médias. Une véritable gageure. Une posture professionnelle qui mérite, pourtant, que l'on s'y essaye. Surtout lorsqu'on a affaire à une personnalité comme celle de Aziz Akhannouch. Voilà un homme à facettes multiples, de par ses propres activités d'entreprenariat, ses incursions dans la gestion régionale, son mécénat ciblé et discret, son engagement politique récent et ses fonctions officielles, qui a pu garder son entièreté d'esprit dans l'action et sa cohérence de comportement dans ses rapports aux autres. Une alchimie, a priori, pas facile, par rapport à laquelle le cas Akhannouch apporte une illustration magistrale par la facilité et la simplicité.
Aziz Akhannouch n'est pas un fils à papa. C'est un fils d'entrepreneur qui a continué l'entreprise paternelle, avec une pugnacité tranquille et une bonne dose d'intelligence et de clairvoyance. Ce natif de Aguerd Oudad, douar proche de Tafraout, en 1961, où il a fait ses études primaires et secondaires, ne semblait pas vraiment promis à une destinée fabuleuse. Sauf qu'il est passé par l'école de l'amabilité de son propre caractère.
Akhannouch n'est pas
un fils à papa
Il part au Canada où il décroche un Master en Business Administration (MBA), à l'université de Sherbrooke, au Québec, en 1986. Pour être le bon successeur de Ahmed Oulhaj, les études ne suffisent pas; il faut aussi de la confrontation pratique à la gestion d'entreprise. Une mise en situation qu'il va acquérir au cours d'un stage à ELF, grande société pétrolière française. Une formation qu'il va parfaire, à son retour au pays, comme directeur-adjoint de la société familiale Afriquia. D'ores et déjà, du vivant du père fondateur, il élabore et met en application un plan de restructuration autour de quatre pôles d'hydrocarbures: Le carburant, les lubrifiants, les fluides et le gaz. La rampe de lancement est déjà en place. Elle sera activée à plein régime lorsque Aziz Akhannouch se retrouve seul aux commandes. Diversification et ouverture sur des activités porteuses et incontournables, les nouvelles technologies de l'information
et de la communication (NTIC), ainsi que les médias, plus particulièrement la presse écrite. Dès 1999, il jette son dévolu réfléchi sur le groupe de presse Caractères, un joli bouquet médiatique qui édite La Vie éco, Femmes du Maroc, Nissae Min Al Maghrib et Maison du Maroc.
La politique s'est imposée à lui
et pas l'inverse
Il va encore plus loin pour mieux s'implanter dans son nouveau domaine, en mettant sur pied un ensemble intégré sous l'appellation TMT (Telecoms, Medias, et Technologie). L'homme discret, qui n'a jamais cherché les feux de la rampe, se retrouve ainsi à la tête d'un grand pôle d'édition. Veut-il être un leader d'opinion? Pas vraiment.
Dans sa volonté de coller à la modernité, en termes d'investissement et d'entreprise, Aziz Akhannouch ne perd pas de vue le noyau dur créé par son père et qu'il est, lui-même, appelé à étendre et à faire prospérer. 1999 semble être l'année de tous les renouveaux. C'est à cette date que Aziz Akhannouch a introduit en bourse deux de ses sociétés, Afriquia et Maghreb Oxygène, lesquelles prendront le nom de AKWA, (qui veut dire “plus fort” en arabe). À la vérité, ce mot est le condensé de deux associés d'il y a plusieurs décennies, Haj Ahmed Akhannouch et Haj Ahmed Wakrim. Aziz Akhannouch n'a pas voulu déroger à la règle de la déontologie et de la parole donnée qui ont été à l'origine de cette association extraordinaire. Une marque de fidélité à la mémoire du père et de son compagnon de route, à l'époque où les temps étaient durs et la prise de risque une aventure incertaine. Depuis, AKWA gère un porte-feuille de plusieurs dizaines de sociétés. Un empire bâti à la force du poignet, à partir de presque rien, et que Aziz Akhannouch a su consolider, moderniser, actualiser et développer, selon les canons d'une époque nouvelle. Même si le plus gros de ses affaires ont basé à Casablanca, Aziz Akhannouch garde toujours un pied dans sa région natale, Souss Massa Drâa. Une région à laquelle il reste viscéralement et profondément attaché, et où il développe, notamment, de gros projets économiques et sociaux, qui ont drainé abondamment de l'emploi et de la richesse pour les habitants.
En 2003, après s'être présenté sous les couleurs du RNI, il se fera élire président du conseil de cette région, à l'issue d'élections transparentes qu'il a remportées haut la main. Durant son mandat, qui a duré cinq ans, Aziz se déploie corps et âme pour le développement de cette belle région, aux atouts naturels et touristiques indéniables. Beaucoup de gens du Souss rapportent qu'il a été, de tous les présidents de cette région, celui qui à le plus marqué son passage, tant ses actions étaient pragmatiques et son travail tout à fait remarquable. Son projet, La Marina, mis au point avec des partenaires étrangers sur la corniche d'Agadir, est le plus bel exemple de son engagement ferme et déterminé à doter la région d'une infrastructure hôtelière performante, apte à accueillir une clientèle internationale de qualité.
En 2008, M. Akhannouch avait souhaité se représenter aux élections régionales, pour achever son œuvre, mais il a finalement dû renoncer, vu sa charge de travail, après sa nomination en 2007, en tant que ministre de l'Agriculture et des Pêches maritimes. Mais cette charge ne l'a pas, pour autant, empêché de poursuivre ses investissements, un peu partout au Maroc. Le dernier en date fut son projet Morocco Mall, à Casablanca, considéré comme le plus gros centre commercial en Afrique et dans le monde arabe. Un projet s'étendant sur 10 hectares, face à l'océan, dans lequel il a immensément investi, avec le concours de partenaires étrangers. Comme pour donner encore plus de dimension et d'aura à son action multiforme, Aziz Akhannouch fera des incursions réussies dans le domaine de l'animation culturelle. Il a ainsi régulièrement organisé deux festivals à Agadir, à retentissement national et inter-
national, Timitar et Tolérance. Deux appellations, berbère et universelle, parfaitement en phase avec la culture marocaine. Il a, de ce fait, apporté une note de gaieté dans ce Souss qui lui tient tellement à cœur et qu'il voudrait modèle de développement régional. La trajectoire personnelle de Aziz Akhannouch continue d'accomplir son cycle interactif entre la région et la nation.
Lorsqu'on visite le parcours de Aziz Akhannouch, on ne peut s'empêcher de tiquer sur certains paradoxes apparents qui l'ont toujours accompagné et qu'il a constamment balayés dans la foulée de son activisme débordant sur plusieurs fronts. Aziz Akhannouch a toujours pris ses distances vis-à-vis de la politique. C'est à peine s'il ne donne pas l'impression d'y être venu à reculons. La politique se serait, ainsi, imposée à lui et pas l'inverse, en tant que prolongement naturel et nécessaire de son investissement dans différents secteurs de l'économie.
Les pêcheurs sont
une population particulière
Sa désignation comme membre du gouvernement Abbas El Fassi, en 2007, est passée comme une lettre à la poste. L'adéquation entre l'homme et sa fonction est apparue évidente, à part quelques chuchotements dans les rangs du RNI, son adresse politique de circonstance.
Et pourtant, M. Akhannouch a hérité d'un département stratégique aux plans économique et social, l'Agriculture et la Pêche. Les deux mamelles du Maroc profond, le terroir et la mer. La tâche est, en soi, assez rude. On s'est même demandé, pendant des années, à quoi pouvait servir ce ministère, accroché aux murailles de Rabat alors que les choses se passent en dehors, sur toute l'étendue du Royaume. Il fallait insuffler de la vie, de la réactivité et de l'anticipation à cette administration. On a coutume de dire qu'au Maroc, gouverner ce n'est pas seulement prévoir, mais aussi pleuvoir. Il est vrai que, depuis 2007, le ciel a été clément avec nous.
De là à penser que Aziz Akhannouch est né sous une bonne étoile météorologique, il n'y a qu'un pas à ne pas franchir. M. Akhannouch a littéralement délocalisé son ministère. Il en a fait un observatoire averti et actif au plus près de nos agriculteurs et de nos pêcheurs. Les discussions de salon sur les aléas climatiques ont laissé place aux salons de l'agriculture, un peu partout au Maroc, mais surtout à Meknès et Agadir, avec une dimension internationale. On a ainsi vu une agriculture marocaine résolument orientée vers la productivité, la qualité et la compétitivité. Nos produits agricoles arboraient fièrement le label Maroc.
M. Akhannouch était régulièrement devant les micros de la télévision et de la radio pour expliquer la politique agricole du pays, ses avancées et ses zones de réticence. Les médias ne demandaient pas mieux qu'une disponibilité aussi franche et sincère, avec tous les détails utiles pour une bonne réceptivité du grand public. À l'évidence, le ministre ne fait pas dans la langue de bois. Son naturel a également séduit lors de son point de presse du 17 décembre 2009, consacré à la présentation des accords passés, trois jours auparavant, avec l'Union européenne.
On a su, avec une satisfaction non dissimulée, que les produits marocains de type agricole, agro-industriels et de la pêche, à destination de l'Union européenne, avaient gagné beaucoup de surface, en termes de libre passage. Ces accords de libéralisation de la circulation Sud-Nord des marchandises, ne sont pas tombés du ciel. Ils sont à mettre à l'actif du staff aguerri, autour de M. Akhannouch, pour ce genre de négociations. Comme tous les corps de métier, les pêcheurs sont une population particulière. M. Akhannouch a dû les gérer avec toutes les précautions requises. Les négociations, longues et parfois tortueuses, portent sur la mise à niveau du secteur dans tous ses paramètres, biologiques, industriels, humains et légaux.
L'enjeu n'a pas varié; il est de taille. La pêche, pourvoyeuse d'opportunités d'exportations et d'emplois, joue un rôle majeur dans le développement économique du pays, ainsi que dans la fixation des populations côtières dans leurs terroirs.
Le ministre ne fait pas dans
la langue de bois
L'aboutissement de cet élan d'innovation et de réforme d'envergure a été concrétisé, en présence de SM le Roi Mohammed VI, le 29 septembre 2009, lors de la présentation d'une nouvelle stratégie halieutique baptisée Halieutis. Un programme ambitieux qui entend révolutionner le secteur en l'érigeant en levier économique et social, aux niveaux régional et national.
Malgré le profil convaincant de Aziz Akhannouch et sa jovialité bon enfant, d'aucuns ne donnaient pas cher de son aventure ministérielle. Ils ont en été pour leurs frais. Dans ce gouvernement Abbas El Fassi, criblé de critiques, à tort ou à raison, on aura gagné un ministre aussi bon qu'inattendu.
Il a su ramener ce ministère distant et quelque peu obscur à bonne distance d'une réalité on ne peut plus concrète, celle des senteurs de la terre et du roulis des vagues. Un plus d'autant appréciable qu'il est rare dans notre système de gouvernance. Rien que pour cet aspect distinctif, pour ne pas dire une performance, Aziz Akhannouch a amplement mérité d'être l'homme de l'année.