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YOUSSOUFI CLOUE LE BEC AUX AIGRIS
Publié dans MarocHebdo le 03 - 06 - 2014

Contestation politique marocaine en France
YOUSSOUFI CLOUE LE BEC AUX AIGRIS
L'ancien régime était congénitalement producteur de mécontents, le règne de M. Youssoufi agit en Anesthésiant de toutes les colères et de toutes les frustrations. N'étant, par exemple, ni responsable de la disparition de Mehdi Ben Barka, ni coupable du Bannissement d'Abraham Serfaty, la carrure de M. Youssoufi est lisse et n'offre de prise à personne. Ses porte-paroles à Paris semblent signifier à tout ce beau monde cette idée simple : "le premier contestataire est Premier ministre, la contestation n'a plus raison d'être".
Une année de primature socialiste au Maroc vous donne forcément des envies de bilan, provoque chez vous des bouffées de rétrospectives. Ne pas le faire, c'est passer à côté d'un paramètre fondamental d'analyse et d'observation : le temps. Le bilan d'aujourd'hui ne concerne ni les chiffres de chômage, ni les réformes entreprises, ni les nominations à la tête des grands corps de l'Etat, ni le style de gouvernement introduit pas l'équipe Youssoufi. Il n'effleura pas non plus les multiples mécanismes cohabitationistes, qu'ils se nichent à l'intérieur de la majorité gouvernementale ou dans le sérail makhzanien, et qui constituent le charme à la fois discret et ostentatoire de cette alternance marocaine.
Décomposition
Non, le bilan dont il est question est moins politiquement correct, moins débattu que ne le sont les grandes actions de l'Etat. Il s'agit de savoir, de poser cette question crue: Qu'elle a été l'influence de la nomination de M. Youssoufi à la primature sur les milieux de la contestation politique marocaine en France? Une année d'observation, de fréquentation, d'immersion dans ces milieux est largement suffisante pour tracer des pistes de réflexion, brosser les contours d'une analyse sans courir le risque de tomber dans le cliché hâtif ou le préjugé facile.
Premier constat : la contestation politique marocaine, dans le sens production de discours et organisations, est en voie de disparition. Ce processus de décomposition a débuté avec l'amnistie Royale qui a autorisé une foule d'exilés politiques à rejoindre le bercail mais a subi un effet de fouet accélérateur par Me Youssoufi, Premier ministre. De part sa simple présence à la tête du gouvernement d'Alternance, M. Youssoufi a miné le substrat contestataire, fait voler en éclats la théorie critique d'opposition systématique qui a été pendant des années le label identificateur de ces milieux. L'interrogation existentielle est la suivante: Comment continuer à faire feu sur un régime qualifié d'inique tout en accomplissant la prouesse d'épargner la personne du Premier ministre, M. Youssoufi. Avant, la contestation comme mode d'expression politique avait devant elle un bloc homogène qu'elle pouvait par une rhétorique simple et consommée efficacement égratigner. Elle vivait dans un confort de logique, une harmonie de raisonnement. Aujourd'hui, elle est sujette à l'enfer des paradoxes.
Le discours radical d'hier a cédé la place à un discours de compromis, de critique sélective, avec son lot de contradiction de migraine et souvent de ridicule.
À ce traumatisme de fond s'ajoute les aléas politiques du pays d'accueil : la France. Les autorités françaises socialistes ont applaudi, parié sur l'expérience marocaine et ont à plusieurs reprises adressé des messages à ces milieux associatifs de la contestation politique marocaine selon lesquels, elles ne sont pas disposées à valoriser des actes, à soutenir des actions pouvant porter atteinte à l'expérience Youssoufi. La contestation marocaine, handicapée dans son fonds de commerce, s'est trouvée sans parrains de poids, sans relais politique. Ce terrain abandonné, laissé en friches par les socialistes a été récupéré pour un Franc symbolique par quelques personnalités appartenant au mouvement des verts français, plus préoccupées par le désir de multiplier les fronts d'existence et sortir du ghetto écologique que par un réel engagement politique en faveur d'un quelconque changement au Maroc.
Paradoxes
Le discours contestataire est en train de fondre comme de la neige au soleil par manque aussi d'un chef charismatique, fédérateur. Quel lien en effet peut-on trouver entre l'agitation d'un Midhat Bourequat, la lutte des fils Ben Barka, l'obsession du retour d'un Abraham Serfaty ou l'individualisme marqué d'un Mommen Diouri? Aucun. Cette fragmentation des causes et des préoccupations a donné lieu à des égos surdéveloppés, nombrilistes jusqu'à la paralysie, n'existant que par rapport à son itinéraire propre, et dont seul le vécu légitime la prive de parole. Déjà une des grandes réussites politiques était d'avoir réussi à isoler ces cas de manière presque sanitaire, à empêcher que des ponts d'entente puissent s'établir entre eux, misant bien entendu sur l'exacerbation destructive des egos.
Le bilan somme toute involontaire dans ce domaine de M. Youssoufi est plus qu'honorable. Il a réussi à transformer le discours contestataire rongeur et enflammé, en un pétard mouillé fait de murmures contradictoires. Avant lui, la contestation était un état d'esprit, aujourd'hui elle est devenue un tic pathologique. La multiplication des réunions et des structures "d'opposants" politiques obéit plus à un rituel nostalgique qu'à un vrai forum de construction de discours de stratégie ou de mobilisation. Cette réalité est illustrée récemment lors des réunions de préparation des activités de "l'autre Maroc" dont la médiocrité des projets n'a rien à envier à la manifestation officielle "l'année du Maroc".
Pathologie
La contestation politique s'y est éteinte au point de permettre à une personnalité comme Abdelatif Laâbi de rêver de leadership et régner sur ce qui reste de militants non ossifiés par la présence de M. Youssoufi aux affaires.
Comment celui-ci a-t-il réussi en un an ce que l'ancien régime a mis une trentaine d'année à démanteler? Il n'y a pas de potion magique. L'ancien régime était congénitalement producteur de mécontents, le règne de M. Youssoufi agit en Anesthésiant de toutes les colères et de toutes les frustrations. N'étant, par exemple, ni responsable de la disparition de Mehdi Ben Barka, ni coupable du Bannissement d'Abraham Serfaty, la carrure de M. Youssoufi est lisse et n'offre de prise à personne. Ses porte-paroles à Paris semblent signifier à tout ce beau monde cette idée simple : "le premier contestataire est Premier ministre, la contestation n'a plus raison d'être". Le tout assorti d'une lourde condition "Mettez-là en veilleuse si vous voulez que le passé dont vous êtes les casseroles vivantes puisse être interrogé, revisité en toute sérénité". En un an d'exercice de pouvoir, M. Youssoufi aura désarmé la critique la plus virulente et circoncis le débat démocratique maroco­marocain. Le résultat était prévisible, seuls étaient inconnus les moyens mis en uvre et le temps d'exécution. Au terme de cette année d'Alternance, la rupture politique s'est transformée en un banal mécontentement. L'exploit est à saluer.
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