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Lancement des travaux de la commission sur l'enseignement
Publié dans MarocHebdo le 03 - 06 - 2014


LA DERNIÈRE SESSION
Abdelaziz Meziane Belfquih, conseiller de S.M. le Roi
La commission spéciale éducation-formation sera différente des autres. La démarche n'est plus la même. L'esprit qui a présidé à la constitution de la COSEF n'est pas le même. L'approche se veut pratique, concrète, productive de propositions vérifiables et de vraies solutions de mise à niveau de l'école marocaine. M. Belfquih doit rendre sa copie à la fin de la saison scolaire. Son programme de rattrapage accéléré de plusieurs années de retard, est forcément chargé. Pour être dans les délais, il doit mener son groupe de travail au galop. Avec une obligation de résultat à enjeux multiples. La session de la dernière chance. Le repêchage au forceps d'une école publique globalement recalée.
Les commissions, surtout lorsqu'elles sont on ne peut plus officielles, ont mauvaise réputation. C'est, dit-on, la meilleure manière d'enterrer un projet sans en avoir l'air. Un enterrement de première classe, dans la plus stricte intimité, en présence des personnes les plus proches de la question défunte. Le secteur de l'enseignement a eu souvent droit à ce rituel funéraire, sous couvert de recherche de solutions. Tout indique que cela ne sera pas le cas cette fois-ci.
C'est plus qu'un espoir, plusieurs fois déçu. Deux facteurs permettent d'être optimiste: la personnalité de Abdelaziz Meziane Belfquih, conseiller de S.M. le Roi, chargé par le Souverain de conduire la commission spéciale éducation-formation. Et la méthode de travail que le président de la COSEF propose et entend appliquer.
Le mardi 6 avril 1999, M. Belfquih réunissait, pour la première fois, les membres de la commission, au centre d'accueil des conférences, à Rabat. Une réunion suivie d'un point de presse. Dès l'exposé préliminaire, une première impression se précise. Cette commission sera différente des autres. Elle le sera particulièrement par rapport à la précédente expérience qui avait tourné à la foire oratoire, au défouloir politique, à la kermesse démagogique. Il n'en est rien sorti d'autre qu'un double constat d'échec: celui du système d'enseignement existant et de la capacité des acteurs politiques à le réformer.
Petites révolutions
La démarche n'est plus la même. L'esprit qui a présidé à la constitution de la COSEF n'est pas le même. Le nombre est limité, une trentaine de membres. Le délai pour la remise du rapport final est fixé à trois mois.
Le nombre de réunions est annoncé dès le début. Il y aura trente sessions réparties selon un agenda précis. Finies les réunions ouvertes et marathoniennes, qui se prolongeaient tard dans la nuit, et où l'on décidait de la prochaine rencontre juste avant de se quitter.
À un journaliste, reprenant sans le savoir les craintes d'un membre de la commission, qui se plaignait du manque de temps, M. Belfquih répond qu'un calendrier fermé est un atout plutôt qu'un handicap. Une manière de dire que la gestion du temps, c'est ce qui nous manque le plus. Le temps des interventions d'ordre général, est lui-même limité à trente minutes, en un seul et unique tour de table durant toute la durée de fonctionnement de la commission.
Finis, là aussi, les discours fleuves sur des généralités et des lieux communs complètement épuisés. Le plan de travail est agencé de façon tellement rigoureuse que les membres de la commission n'ont d'autre choix que de coller au sujet et à la finalité de leur mission. Une petite révolution culturelle dans un domaine qui en a grandement besoin.
L'approche, sans être fondamentalement novatrice, se veut pratique, concrète, productive de propositions vérifiables et de vraies solutions de mise à niveau de l'école marocaine.
C'est cette démarche que M. Belfquih est venu exposer à la commission et aux journalistes. Rétroprojecteur et écran blanc à l'appui. Une autre petite révolution sur un terrain de débat non encore converti à ces techniques de communication. On visualise les idées directrices et les mots clés pour éviter de faire des phrases inutiles. Un moyen de dissuasion efficace à l'égard des enseignants pour qui le verbe est plus qu'un outil de réflexion et de travail. Un mode de vie qui connaît des pics irrésistibles et inquiétants lorsqu'ils sont en manuvres publiques.
M. Belfquih se fait, pour l'occasion, pédagogue, utilisant les nouvelles technologies d'enseignement. Lui-même doit rendre sa copie à la fin de la saison scolaire. Son programme de rattrapage accéléré de plusieurs années de retard, est forcément chargé. Pour être dans les délais, il doit mener son groupe de travail au galop. Avec une obligation de résultat à enjeux multiples. La session de la dernière chance. Le repêchage au forceps d'une école publique globalement recalée.
Programme chargé
Comme pour une année scolaire de cycle fondamental, le programme de M. Belfquih comporte trois étapes. Au commencement de la première étape, la référence. La lettre Royale dont le conseiller du Souverain a donné, lors de la première réunion, une lecture analytique qui identifie le problème et fixe les objectifs. Puis, ce sera l'audition des cinq ministres responsables du secteur éducation-formation. La commission est ensuite invitée à faire du terrain. Re-contact avec des réalités perdues de vue pour quelques-uns. La vanne des interventions, à haut risque d'étalements inutiles, ne sera ouverte qu'après cette accumulation de rencontres et de visites. Les propositions, car il ne s'agira que de cela et non de verbiage, seront classées en trois catégories: celles retenues telles quelles; celles retenues en principe et celles soumises à une expertise spécifique. Au terme de cette étape, un rapport récapitulatif sera produit.
Les membres de la commission devront aussi s'informer et se former par le voyage. Ils se rendront dans différents pays étrangers, par petits groupes, pour constater et comparer d'autres systèmes d'enseignement-formation. C'est l'objet de la deuxième étape.
La dernière ligne droite est consacrée à la discussion et l'adoption du projet de réforme qui sera soumis à la Haute appréciation de S.M. le Roi. La durée de chacune de ces trois étapes est d'ores et déjà prévue: du 8 au 22 avril, du 24 avril au 5 juin et du 8 au 23 juin.
"Trop d'organisation tue l'organisation", dira un membre de la commission qui devait se sentir à l'étroit dans un canevas de travail préalablement ficelé. Vu les multiples ratages dans ce domaine, un petit maximum de rigueur était plus que nécessaire. La réforme devra entrer en vigueur dès la prochaine rentrée scolaire et universitaire. Une échéance qui, contrairement à beaucoup d'autres, ne peut pas être décalée.
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Le pluralisme au secours de la réforme de l'enseignement
ULTIME EXAMEN
Mohamed Guessous
Sur les trente trois membres, vingt cinq appartiennent à la fonction enseignante. La connaissance du domaine et la pratique du métier devraient donc prévaloir sur la casquette partisane ou tous autres a priori politique ou dogmatisme théorique. Etant confiée à une personnalité hors-gouvernemant, Abdelaziz Meziane Belfquilh, la COSEF n'est pas non plus gouvernementale.
Le projet de réforme du système d'enseignement sera très peu partisan. Il l'a été totalement, lors des précédentes tentatives qui ont toutes échoué. La leçon a été retenue.
Les partis politiques et les organisations syndicales ont délégué à la commission spéciale éducation-formation des représentants ayant un rapport professionnel plus ou moins direct avec le secteur de l'enseignement. Sur les trente trois membres, vingt cinq appartiennent à la fonction enseignante. Même les deux oulémas, Abbas Jirari et Lhoucine Ougag, sont des professeurs de l'enseignement supérieur. M. Jirari est plus connu du grand public, pour ses multiples activités dont particulièrement ses participations aux causeries religieuses du mois de Ramadan. Il prône un Islam de progrès par la recherche du savoir, un Islam d'ouverture culturelle par la tolérance.
La connaissance du domaine et la pratique du métier devraient donc prévaloir sur la casquette partisane ou tous autres a priori politique ou dogmatisme théorique.
Forum de profs.
"Tête de liste" des représentants des partis politiques, juste après les deux oulémas, Mohamed Guessous, délégué par l'USFP. Un politique avéré, aux prises de position retentissantes, parfois jugées politiciennes. Mais ce sociologue, à l'engagement politique total, n'a jamais raccroché son tablier d'enseignant pour endosser, pour la circonstance, un habit de substitution. Sa maîtrise de la question est reconnue autant que sa réputation d'agitateur d'idées. Il devrait apporter à la commission un grain d'originalité, voire d'audace intellectuelle.
Côté syndical, la pléthore de sigles continue de pénaliser et de décrédibiliser ce pan essentiel de la représentation démocratique. On s'est limité aux syndicats représentés au Parlement. Pas moins de huit. Mais cela fait déjà beaucoup. Quel peut être leur apport à une concertation d'intérêt vital pour le pays? La question se pose pour la plupart de ces chapelles dites syndicales, à la représentativité plus que douteuse.
La base et le sommet
Salim Redouane, professeur du supérieur, délégué par l'UMT, est l'un des rares membres de la commission à avoir fait tout le circuit du mouvement syndical, depuis une trentaine d'années. Présent au tout premier colloque d'Ifrane, en 1970, en tant que membre de l'UNEM, il est ensuite passé au syndicalisme enseignant puis ouvrier.
À la CDT, Noubir Amaoui a préféré son propre représentant, Abdelkader Azrii, à Abderrahmane Chenaf, secrétaire général du SNE pourtant affilié à ladite CDT. Entre Amaoui, lui-même inspecteur d'enseignement, et son syndicat enseignant, le courant ne passe plus. Un conflit de territoires et d'antériorité. Car c'est le SNE qui a fait la CDT et non l'inverse.
Etant confiée à une personnalité hors-gouvernemant, Abdelaziz Meziane Belfquilh, la COSEF n'est pas non plus gouvernementale. Les cinq ministres en charge du secteur enseignement-formation seront auditionnés parmi d'autres personnalités qui feront profiter la commission de leur expertise pédagogique ou gestionnaire. Sans plus. Ce décalage entre la COSEF et l'Exécutif était en fait déjà inscrit dans la structure du gouvernement-Youssoufi. Si le secteur a été éclaté en cinq ministères, c'est beaucoup plus pour faire de la place aux partis de la coalition gouvernementale que pour des raisons de gestion. Un secteur que l'USFP, réputé parti des enseignants, s'est gardée d'en assumer la responsabilité. Quant à l'éparpillement d'un seul et même département, il a plus posé de problèmes de coordination qu'il n'en a résolu.
Il semble que l'on ait confondu décentralisation et homogénéité d'un système dont les maillons sont forcément et intimement liés, du primaire au supérieur. Résultat, il n'y a eu ni décentralisation à la base, ni cohérence au sommet.
Le problème de l'enseignement, c'est aussi celui de sa gestion administrative.
Logiquement, cet aspect devrait aussi relever de la compétence de la COSEF. La réforme sera globale ou ne sera pas. AM
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EGALITE DES CHANCES
"Ce qu' été écrit sur le système d'enseignement marocain peut remplir dix pièces comme celle où nous sommes réunis. Il y a des choses à retenir, mais". Abdelaziz Meziane Belfquih semblait dire que la commission spéciale enseignement-formation, est attendue sur la production de réforme et non de discours. La question de l'enseignement n'a en effet que trop souffert d'une idéologisation déformante, d'une politisation excessive, d'un esprit partisan ravageur. Bien que toutes les composantes de la société politique et pas très politique y soient représentées, la COSEF est appelée à réfléchir calmement, méthodiquement, avec le meilleur dosage possible d'implication et de recul, pour réussir une opération de sauvetage de l'école marocaine. Pour que nos écoles et nos universités ne soient plus des structures de production, en circuit fermé, de vagues successives d'inadaptés à qui l'on donne une "formation" inopérante et des diplômes en toc.
Justement, sont-ils suffisamment impliqués, les membres de la COSEF, pour statuer sur une question aussi déterminante, pour faire comme s'ils étaient directement concernés? Ou bien ont-ils trop de recul par rapport à un système d'enseignement fait pour les autres?
Jusqu'à présent, et fort malheureusement, c'est plutôt le deuxième cas de figure qui a prévalu. L'élite financière, politique et administrative, une sorte de nomenklatura nationale, s'est soit taillé un système d'enseignement à sa mesure, le privé haut de gamme, soit emprunté celui des autres, le service culturel français ou anglo-saxon. Les deux filières étant, évidemment, autrement plus performantes. Pour le commun des citoyens, on a maintenu l'actuel système en faillite, que l'on cherche aujourd'hui à réformer. Une sorte de smig scolaire pas suffisamment éducatif et pas du tout formateur.
Ce n'est ni de la schématisation outrancière, ni de la caricature grossière. Mais la réalité telle qu'elle a été restituée par Larbi Ibaâquil, professeur-chercheur à la faculté des sciences de l'éducation, dans une enquête d'une grande rigueur méthodique. Il est plus jamais opportun de rappeler quelques conclusions, chiffres à l'appui, livrées par l'auteur dans "l'école marocaine et la compétition sociale".
On y apprend, entre autres, que la répartition par classe sociale, entre établissements publics, privés et étrangers, s'établit comme suit: 96%, 4% et 0% pour les enfants de la classe populaire, 79,5%, 18,8 et 2% pour la classe moyenne; 17%, 29% et 54% pour la classe aisée.
Selon cette stratification sociale adoptée par l'auteur, on découvre ce qu'on soupçonnait déjà: les milieux aisés montrent, dans une proportion de 83%, une désaffection affichée, pour l'instruction publique. Seul 17% d'entre-eux lui font confiance.
M. Belfquih a fortement insisté sur "l'égalité des chances dans une école nationale réformée et réhabilitée". Pour que ces beaux principes deviennent réalité, cela suppose une condition: l'unification des programmes et des méthodes dans les établissements marocains d'enseignement, qu'ils soient publics ou privés. Une simple application de la loi. Sans nivellement par le bas.
Autrement, on comprendrait pas le maintien de l'arabisation des matières scientifiques et la réduction du temps imparti aux langues étrangères à la portion congrue, uniquement dans l'école publique et pas dans les établissements très privés, aux frais de scolarité prohibitifs? Dans le paysage éducatif national, la maîtrise des langues étrangères et le baccalauréat OIB, sont, plus que jamais, un formidable outil de sélection. Par l'argent, pas par le mérite. C'est tout ce qu'on veut, sauf de l'égalité des chances.`