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L'élection de Bouteflika, une mascarade présidentielle
Publié dans MarocHebdo le 03 - 06 - 2014


BIENVENUE AU CLUB!
Bill Clinton
Une comédie de boulevard! C'est ce qu'est devenue l'élection présidentielle algérienne. M. Bouteflika laisse couler son épiderme en s'attaquant violemment à la France qu'il accuse de vouloir instaurer une "tutelle", un "protectorat" sur l'Algérie. L'attaque verbale qui ressemble à s'y méprendre à un air d'Edith Piaf chanté par Line Renaud, a surpris par sa violence et trahit l'immense désarroi dans lequel le chef officiel de l'exécutif algérien entame sa présidence.
N'était-ce la guerre au Kosovo qui couvre le ciel européen et écrase l'actualité mondiale, la mascarade présidentielle algérienne aurait eu l'impact d'un tremblement de terre politique. Signe avant coureur de cette situation, même occupés à livrer une guerre aérienne d'usure au président serbe Slobodan Milosevic, les alliés dont notamment Washington et Paris ont respectivement exprimé leur "déception" et leur "préoccupation" à l'égard du scrutin algérien qui ressemble plus à une désignation, à une nomination de l'établissement militaire local de Bouteflika à la fonction suprême qu'à une vraie élection. À court d'arguments politiques pour justifier cette comédie de boulevard qu'est devenue l'élection présidentielle algérienne, M. Bouteflika laisse couler son épiderme en s'attaquant violemment à la France qu'il accuse de vouloir instaurer une "tutelle", un "protectorat" sur l'Algérie. L'attaque verbale qui ressemble à s'y méprendre à un air d'Edith Piaf chanté par Line Renaud, a surpris par sa violence et trahit l'immense désarroi dans lequel le chef officiel de l'exécutif algérien entame sa présidence.
Culpabilisation
Les observateurs ont noté avec un amusement cynique la timidité de Bouteflika à l'égard de l'administration américaine. La "déception" de la maison Blanche valait pourtant largement la "préoccupation" du quai d'Orsay. Mais on voyait mal le successeur de Liamine Zéroual se mettre à dos les deux principales puissances qui se livrent sur son territoire à une concurrence frontale pour le contrôle des richesses algériennes. M. Bouteflika a préféré donc orienter toute sa virilité en direction de Paris qu'il sait réceptive aux humeurs algériennes. Le choix de la France comme défouloir des frustrations algériennes est un classique de la grammaire politique de l'Etat-FLN dont Bouteflika apparaît aujourd'hui comme l'illustration physique et sonore la plus achevée. Défier la France est un acte politiquement rentable pour une personnalité qui n'a réussi à séduire les urnes qu'en les bourrant.
Il ne porte pas à conséquence puisque la France et l'Algérie entretiennent des rapports de maternité douloureuse, de paternité frustrée. Des sentiments contradictoires issus d'intérêts historiquement enchevêtrés vérifient cette théorie selon laquelle l'enfant illégitime, rebelle d'hier, peut, par le biais d'un chantage politico-affectif mâtiné de culpabilisation permanente, défier, vexer, torturer le géniteur fantasmagorique sans que cette exercice sado-masochiste aboutisse à une rupture totale. Le plaisir immédiat du froncement de sourcils est doublé par le clin d'il des retrouvailles futures.
À l'égard des Etats-Unis, le jeu est tout autre. Dépouillé du vécu dramatique qui caractérise la relation France-Algérie, il est aussi tranchant qu'une relation comptable. D'autant plus que les responsables algériens savent par expérience que quel que soit le locataire de la Maison Blanche, il n'a pas d'amis à ménager, il a des intérêts à défendre. Et les Américains ont montré depuis l'implosion de l'Union soviétique, par une attitude de Cow-boy et de prédateurs économiques, qu'ils disposaient d'une immense capacité d'adaptation à des régimes moyenâgeux pourvu que le "Business" soit sauvegardé.
Entre l'Algérie et les USA existe une grande interrogation: au plus fort de la guerre civile algérienne et au moment où les étrangers étaient des cibles rêvées pour les maquisards et les forces occultes qui alimentent les violences algériennes, les citoyens américains étaient miraculeusement épargnés.
Au moment où l'Algérie était un coupe-gorge pour n'importe qui, elle se transformait par la grâce d'une règle non-écrite d'une Omerta orientale en un club-med pour les "American Citizen". La timidité de Bouteflika vient de cette crainte invisible qu'inspire l'oncle Sam, unique gendarme du monde, qu'on sait à la fois dangereux et utile puisque sans scrupules et dont la capacité d'indignation est proportionnelle aux parts de marchés qu'il peut pourfendre.
Indignation
Pour la diplomatie américaine, l'Algérie, une dictature militaire comme une autre, sans particularité spécifique sauf celle de l'opulence de son sol et de l'avidité consommatrice de ses citoyens. Les cerveaux du pouvoir algérien savent qu'un pays comme l'Amérique capable d'accorder sa protection à un régime féodal type arabie-saoudite en échange de ses puits du pétrole, de rester de marbre devant les arrogances israéliennes, de trouver un charme discret au régime des Talibans en Afghanistan, de courtiser avec un talent marketing certain les dictateurs sanguinaires de l'Afrique, est un pays à ménager, puisque à la fois dangereux et accessible. Dans un livre paru récemment chez Grasset intitulé "les dollars de la terreur", le journaliste suisse Philippe Labevière démontre avec talent et documents à l'appui de quelles liaisons dangereuses, de quelles relations sataniques, de quels comportements machiavéliques, l'administration américaine est capable pour agrandir sa zone d'influence économique.
Quant aux pays arabes, la désignation de Bouteflika a certes heurté les opinions mais soulagé les régimes qui, sans grande conviction certes, voyaient déjà dans l'élection d'un président arabe par l'onction du suffrage universel, lors d'un scrutin libre et transparent, une sorte de subversion verticale. Il ne fallait surtout pas créer de précédent qui servirait d'exemple à des foules assoiffées de démocratie et de liberté. C'est pourquoi, la "Ligue arabe", temple des réactions et des conservatismes arabes, s'est empressée dans une attitude irréelle, de saluer "le climat démocratique" dans lequel le vaudeville politique du 15 avril s'est déroulé, donnant ainsi le feu vert à des télégrammes de félicitations en provenance des capitales arabes qui semblaient tous dire: "Bienvenue M. Bouteflika au club très fermé des présidents à vie, votre 73% de taux de participation n'a rien à envier à nos 99% connus d'avance". Beaucoup de sueurs froides sont quand même passées par là. Mais au-delà de ce paramètre, existe un code de conduite arabe figé dans le temps et travaillé par les susceptibilités et une forme de mythe du destin commun.
Démytification
Ce code indique par expérience qu'un Etat arabe ne parle que pour féliciter. Et les fractures qui traversent le monde arabe entre monarchies, dictateurs présidentiels, ou régimes faussement laïcs, entre pro-israéliens et anti-israéliens sont généralement couvertes soit par une indifférence royale ou une agitation fiévreuse. Imagine-t-on un instant un pays arabe oser critiquer cette élection algérienne? Au nom de quel vécu démocratique? Au nom de quelle légitimité sachant que la démocratie est une semonce interdite dans l'espace arabe?
Déception de l'Amérique, préoccupation de l'Europe, applaudissements et soulagements du Monde arabe, sont les traits caractéristiques du contexte international qui a accueilli l'intronisation de Bouteflika et son accession à la fonction suprême. Si on dispose de peu d'indications sur sa marge de manuvre et les recettes miracles qu'il va mettre en pratique pour débarrasser l'Algérie de la violence politique qui la gangrène depuis plus de dix ans, on sait en revanche que l'ancien plus jeune ministre des Affaires étrangères de l'Algérie indépendante, création modelée par Houari Boumedienne, ne laissera pas en friches le terrain de la politique étrangère dans lequel pendant de longues années, il avait déployé son activisme militant.
Et si auparavant il vendait une Algérie ivre de puissance et saisie par les démons du leadership, aujourd'hui, il aura pour tâche de faire oublier le péché original qui entache son pouvoir. Et par la grâce de cette seule tentation, Bouteflika est capable du pire comme du meilleur.
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