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Mustafa Ramid L'HOMME DE L'ANNEE 2014
Publié dans MarocHebdo le 27 - 12 - 2014

MAROC HEBDO INTERNATIONAL N° 1099 - du 26 déc. 2014 au 08 jan. 2015
Ministre de la Justice, dans la foulée des Islamistes au pouvoir, Mustafa Ramid a d'abord inquiété puis rassuré. Il n'a pas renoncé à réformer un secteur réputé irréformable.
Lorsque Mustafa Ramid a été nommé ministre de la Justice et des Libertés, le 3 janvier 2012, cela a fait grincer des dents sur toute l'étendue de la classe politique. Un islamiste aux commandes d'un département aussi névralgique, une première détonante. D'autant plus que le nouveau promu sera également en charge des libertés individuelles et collectives. Des droits fondamentaux dont il aura à apprécier la conformité ou pas avec la loi. La sphère des compétences est énorme.
L'inquiétude diffuse qui traverse les milieux du politiquement correct est exacerbée par le parcours de l'intéressé. L'islamisme politique, Mustafa Ramid est tombé dedans dès sa prime jeunesse. Ce natif de Sidi Bennour, dans la province d'El Jadida, en 1959, adhère à la Chabiba Islamia dès les années 1970. Un groupe extrémiste dirigé par Abdelkrim Moutiî, principal accusé dans l'assassinat, le 18 décembre 1975, du leader socialiste de l'opposition Omar Benjelloun. À la cité universitaire de la banlieue de Casablanca, on se souvient de ce jeune barbu qui défendait bec et ongles des salafistes intégristes comme Moutiî.
Rhétorique procédurière
Une entrée en matière peu recommandable que M. Ramid va s'employer à atténuer par une militance moins suspectée de radicalisme, dans les rangs de l'association Al Islah Wa Tajdid (Réforme et renouveau). Avant de se mettre, comme la majorité des adeptes de la même école de pensée, sous l'aile protectrice de Abdelkrim Khatib et son MPDC (Mouvement populaire démocratique et constitutionnel). Un parti confidentiel qui prendra du volume et quelques attributs d'existence avec l'intégration de jeunes islamistes avides de pouvoir.
Lorsque le MPDC se saborde pour donner naissance au PJD, en 1998, Mustafa Ramid est naturellement membre fondateur de ce petit dernier, qui deviendra grand plus tôt que prévu. Avocat de profession, après des études de droit à l'Université Hassan II de Casablanca et à Dar El Hadith El Hassania, M. Ramid va mettre sa verve du prétoire au service de son parti à la Chambre des représentants, où il est élu à trois reprises entre 1997 et 2007. Parfaitement rompu à la rhétorique procédurière, ses joutes oratoires et ses réparties, en tant que chef du groupe PJD, font date dans les minutes du Parlement.
Emporté par son élan lyrique et ses coups de manchette tribunesques, M. Ramid se retrouve souvent à la limite des lignes jaunes, qu'il franchit allégrement. Ses interventions dans l'Hémicycle dérangent dans les hauts lieux du pouvoir. Il est rappelé à l'ordre par son propre parti, qui finit par le démettre de sa chefferie parlementaire.
Les partis traditionnels déclassés
Il en faut plus pour faire taire Mustafa Ramid, qui se répand dans la presse et multiplie les déclarations tapageuses. Il affirme, à qui veut l'entendre, que le PJD est désormais la plus grande force politique du pays. Une fois encore, il est sermonné par les siens, qui lui reprochent d'attirer sur le PJD la foudre des partis traditionnels ainsi déclassés. C'est quand même osé, sachant que nous sommes au lendemain des législatives de 1997, qui n'ont donné que 9 sièges au MPCD, hérités par le PJD, qui peine à former un groupe parlementaire. Trois législatures plus tard, le scrutin du 25 novembre 2011 confirmera les pronostics péremptoires de M. Ramid. Le PJD est bel et bien devenu le premier parti du Maroc.
Grande gueule pour les uns, tête brûlée plutôt dangereux pour les autres, Mustafa Ramid est certes un personnage controversé; mais il ne laisse pas indifférent; à croire qu'il s'arrange pour faire réagir, peu importe que ce soit en bien ou en mal. C'est précisément cette personnalité d'apparence inquiétante qui allait être portée à la tête de l'institution judiciaire. Comment concilier ses convictions dogmatiques, qui confinent à l'exclusif et l'exclusion, avec une politique officielle qui prône la tolérance et l'ouverture sur le monde et sur les autres cultures? Au vu des conditions dans lesquelles le nouvel Exécutif a été constitué, il n'est pas exclu que Abdelilah Benkirane soit le premier préoccupé par un Ramid ministre de la Justice.
Il a dû sacrifier à une prière d'exception pour que son compagnon de route ne commette pas d'impair gravissime.
Une fois la pilule passée, le temps que chacun reprenne ses esprits, il fallait s'attaquer à l'essentiel; à savoir la réforme d'une institution jusqu'ici jugée irréformable. Depuis l'alternance survenue en 1997-98, plusieurs gros calibres politiques, Omar Azziman, Mohamed Bouzoubaâ, Abdelouahed Radi et Mohamed Naciri, s'y sont essayés chacun à sa manière, sans résultat. On est alors surpris à penser qu'avec un Ramid aux manettes, la réforme serait peut-être possible.
La réforme, un serpent de mer
Encore faut-il préciser sur quelles bases et à partir de quelle plate-forme de droits et d'obligations! À tous les niveaux de l'appareil judiciaire, des mauvaises habitudes enracinées et du passif cumulé, la tâche paraît immense. À tel point que la notion même de réforme de la justice rappelle ce serpent de mer dont tout le monde parle mais que personne n'a jamais vu.
On a tout de même cru entrevoir le bout du tunnel avec l'installation de la Haute Commission du dialogue national sur la réforme de la justice, le 8 mai 2012. Mustafa Ramid s'y engouffre avec la fougue et l'enthousiasme qu'on lui connaît, chaque fois qu'il est intimement convaincu d'une orientation ou d'une prise de position. On a dû ratisser très large pour que toutes les composantes de l'échiquier politique, des structures syndicales et de la société civile y soient représentées. Il en est sorti une charte globale établie en septembre 2013, sans que toute la panoplie nécessaire des lois organiques ne viennent accélérer sa mise en œuvre; à l'exception de celle relative aux juridictions militaires. L'objectif, globalement défini, est d'aligner le fonctionnement de la justice sur les engagements internationaux du Maroc et sur l'esprit de la nouvelle Constitution. L'ensemble du corpus juridique devrait refléter l'aspiration du Maroc à une société moderne; à la régulation des rapports sociaux par une justice indépendante et équitable, sans aucune forme de parrainage politique ou de différenciation socio-économique.
Cette volonté politique communément affichée, a été confortée par la lettre royale adressée au Forum mondial des droits de l'Homme, tenu à Marrakech du 27 au 30 novembre 2014, dont Mustafa Ramid a donné lecture. Annonce a été faite de la ratification par le Royaume du "Protocole facultatif de la Convention internationale contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants".
Parallèlement à cette déclaration d'intention, la révision de certaines dispositions du code pénal et du code de procédure pénale est en marche. Les résultats ne sont pas forcément visibles à l'œil nu et en temps réel.
Probité intellectuelle
La grosse machine judiciaire ne sort pas de sa torpeur sur un claquement de doigts. C'est contraire à sa nature. Même avec un Ramid dans le moteur. D'autant plus que les obstacles, de toutes sortes, ne manquent pas, particulièrement ce qui touche au statut inachevé de la femme. Certains juges ont fait une lecture conservatrice de l'amendement de l'article 475 du code pénal qui permettait à l'auteur du viol sur mineure d'échapper à la prison en épousant sa victime; ainsi que sur la question de l'âge du mariage. Un blocage qui semble inhérent à la culture islamiste.
Ceci pour dire que la réforme de la justice est certes une question de textes, mais pas seulement. C'est aussi une affaire d'hommes. Et de rapport au grand public dans sa quête éperdue d'une justice juste et de magistrats au-dessus de tout soupçon. Car, s'il est un domaine qui n'inspire pas confiance, c'est certainement celui de la justice.
Un matelas d'impunité
Autrement dit, si les textes se suffisaient à eux-mêmes, il y a longtemps qu'ils auraient bousculé des éléments notoirement corrompus, confortablement installés sur leur matelas d'impunité. Mustafa Ramid l'a compris. Il vient d'annoncer, le jeudi 18 décembre 2014, que les juges qui ne peuvent justifier de l'origine de leur patrimoine seraient passibles d'enquêtes et de poursuites judiciaires. Mieux vaut tard que jamais, ce genre de décision est de nature à donner plus de crédibilité à l'engagement de Mustafa Ramid dans le processus de réforme de l'institution judiciaire. De toute façon, ni sa compétence en tant que juriste, ni sa probité intellectuelle, encore moins sa sincérité ne sont sujets à caution. Il sait par expérience que la politique, c'est l'art du possible ici et maintenant. Force est de reconnaître qu'il tente de faire bouger les lignes dans un milieu à l'équilibre instable, malgré le volume des intérêts en jeu et le poids des lobbies qui les détiennent.
Après avoir réussi à négocier la libération de Mohamed Fizazi et d'une poignée de chioukh de la même veine, le 14 avril 2011, en tant qu'avocat, Ramid le ministre est attendu sur le cas des autres salafistes toujours en prison. Il passerait ainsi pour le pacificateur du front islamiste. Pour toutes ces raisons et comme chaque année, la Rédaction de Maroc Hebdo a porté son choix sur Mustafa Ramid Homme de l'année 2014 .