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Lobbying marocain aux Etats-Unis
Publié dans MarocHebdo le 24 - 04 - 2015


Come on, bye bye
[quote font= »1″]INFLUENCE. Avec plus de 4 millions de dollars, le Royaume est le pays africain à avoir déboursé le plus en lobbying aux Etats-Unis en 2013. Entre 2007 et 2013, 20 millions de dollars avaient été débloqués par les autorités marocaines pour influer auprès des politiques américains.[/quote]
La question du lobbying marocain aux Etats- Unis tient pratiquement du fantasme. Tant d'informations ont circulé à ce propos qu'il en est devenu difficile de démêler l'écheveau. Quelle la part du vrai dans cette histoire? Enfin, est-il possible d'approcher le sujet sans tomber dans la surenchère?
Affaire du Sahara oblige, la thématique revient au coeur de l'actualité; le Sahara étant, comme le qualifie cet ancien diplomate, le "thermomètre" du lobbying marocain aux Etats-Unis. C'est à son aune que se meut l'action de la diplomatie nationale auprès des institutions de ce pays. Il faut dire qu'à l'heure où le Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies (ONU) s'intéresse au conflit, comme en chaque mois d'avril, le traitement réservé à ce dernier a souvent d'ores et déjà été scellé loin des instances onusiennes. Plutôt à Washington.
"Démocratie américaine"
À coup sûr, c'est en grande partie aux Etats-Unis que l'issue du vote du Conseil de sécurité se décide. Il y a, d'abord, le poids du pays au sein de l'ONU. D'après les statistiques disponibles auprès de l'organisation, les Etats-Unis contribuent à 22% du budget ordinaire, loin devant le Japon (près de 11%) et l'Allemagne (plus de 7%). Mais c'est surtout le fait que l'Amérique soit le pays le plus à même parmi les membres permanents (et, par conséquent, les plus puissants) du Conseil de sécurité à "changer d'avis comme de chemise" sur le dossier qui donne à son vote une importance on ne peut plus capitale. Non que les autres pays soient acquis au Maroc, loin de là. D'ailleurs, à chaque fois qu'approche le moment du prolongement de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (MINURSO), des émissaires se rendent en ambassade dans chacun des pays du Conseil de sécurité pour présenter, voire défendre, la position du Maroc au Sahara.
Changer le vent
Mais, aux Etats-Unis, les contingences sont souvent susceptibles de changer le vent dans une direction comme dans l'autre. Il n'y a qu'à se rappeler la crise de 2013 pour s'en assurer: sans crier gare, l'ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU de l'époque, Susan Rice, avait soumis au Conseil de sécurité un projet de résolution en faveur de l'extension de la mission de la MINURSO à la surveillance des droits humains. Si cette proposition américaine avait été enterrée, l'appui des Etats-Unis, lui, à l'initiative marocaine pour l'autonomie du Sahara n'était pas "dans la poche".
Le lobbying est l'un des multiples instruments dont se servent les pays pour essayer de garder la main auprès de l'Administration américaine. La pratique y est réglementée au titre de la loi dite "Lobbying Disclosure Act", datant de 1995, et nombre de gouvernements tant de pays démocratiques que d'autocraties du tiers-monde y ont recours. Les chiffres diffusés début 2014 par la "Sunlight Foundation", une organisation nongouvernementale (ONG) basée dans la capitale des Etats-Unis, Washington, et oeuvrant pour la transparence au sein des institutions publiques américaines sont éloquents: plusieurs dizaines de millions de dollars américains ont été dépensés par les lobbys pour le compte de pays étrangers auprès des parlementaires américains tant dans la chambre basse, la Chambre des représentants, que dans la chambre haute, le Sénat.
Si des pays bénéficiant d'une forte rente pétrolière ou gazière (Emirats arabes unis, Arabie saoudite) ou des pays développés (Allemagne, Canada) tiennent le haut du pavé, le Maroc n'est pas en reste. Avec plus de 4 millions de dollars, le Royaume est ainsi le pays africain à avoir déboursé le plus en lobbying aux Etats-Unis en 2013. Début 2014, le journal américain Foreign Policy avait révélé qu'entre 2007 et 2013, 20 millions de dollars avaient été débloqués par les autorités marocaines pour influer auprès des politiques américains. Qui sont ces lobbys? La "Sunlight Foundation" offre un aperçu exhaustif dans sa livraison sur la question. Sept cabinets de lobbying agissent d'après de l'ONG pour le compte du gouvernement marocain aux Etats-Unis: Moffett Group, LLC; CRAFT I Media Digital; Gerson Global Strategic Advisors LLC; LeClairRyan, A Professional Corporation; BLJ Worldwide LTD; The Gabriel Company, LLC; Moroccan-American Center for Policy, Inc. Mais de ces sept cabinets, ce sont les deux derniers cités qui s'accaparent la part du lion.
Anciens ambassadeurs
The Gabriel Company, qui a brassé près de 500.000 dollars pour le compte du gouvernement marocain, appartient, comme son nom le laisse deviner, à l'ancien ambassadeur des Etats-Unis au Maroc, Edward Gabriel. Depuis son départ en 2001, celui-ci a gardé de fortes attaches avec les autorités marocaines. Il est l'un des principaux avocats du Maroc à Washington. D'autres anciens ambassadeurs américains à Rabat sont dans le même cas de figure.
De fortes attaches
En 2013, à la veille de la visite du roi Mohammed VI aux Etats-Unis, neuf de ces anciens ambassadeurs s'étaient fendus d'une lettre à l'adresse du président américain Barack Obama, exhortant ce dernier à «soutenir les efforts du Maroc». M. Gabriel est également derrière la mise en place, en 2003, du Moroccan-Americain Center for Policy (MACP), bien que ce soit un de ses proches collaborateurs, Jordan Paul, qui dirige le centre. Le MACP s'occupe d'une grande partie du lobbying marocain aux Etats- Unis. Entre 2008 et décembre 2014, d'après les éléments de la "Sunlight Foundation", il a engagé plus de 2 millions de dollars dans le cadre de ses activités pro-marocaines.
Mais il n'est question ici, s'agissant des chiffres de la "Sunlight Foundation", que de renseignements officiels. Officieusement, le Maroc fournit également de grands efforts contre la "machinerie de guerre" algérienne, laquelle peut compter sur le lobby pétrolier texan, proche de la direction de la SONATRACH, la compagnie pétrolière nationale algérienne, pour appuyer les thèses du Front Polisario, réclamant la séparation du Sahara. L'Algérie emploie ses lobbyistes attitrés, principalement le cabinet d'avocats "Foley Hoag LLP", lié par contrat à l'ambassade d'Algérie à Washington depuis 2007. Parmi les actions importantes de "Foley Hoag LLP" la mise en place du "Congressional Algeria Caucus", une sorte de groupe d'amitié Etats-Unis-Algérie à la Chambre des représentants américaine, installé en juillet 2014 avec l'appui des parlementaires Betty McCollum et Joe Pitts, déjà à l'origine d'un "Western Sahara Caucus", militant, comme son nom l'indique, pour la séparation du Sahara marocain.
Diaspora juive
En 2009 plus de 200 parlementaires des camps démocrate et républicain avaient, dans une lettre, apporté leur soutien au Maroc au Sahara. Un "Congressional Morocco Caucus" tient également place à la Chambre des représentants américaine depuis 2013. Le Maroc, contrairement à l'Algérie, bénéficie en outre de l'appui de sa diaspora juive, fort influente aux Etats-Unis.
Plusieurs grands lobbys juifs américains agissent au profit du Maroc dans le couloir des institutions washingtoniennes. L'American Jewish Committee (AJC) est le plus connu d'entre eux. Dans un communiqué, mi-mars 2015, ce lobby avait révélé qu'il avait effectué une tournée dans plusieurs pays de la région MENA (Moyen-Orient/Afrique du Nord), dont le Maroc, et qu'il avait rencontré à cette occasion le Chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, ainsi que des officiels marocains, sans les nommer, cela dit. L'AJC est l'un des plus importants lobbys des Etats-Unis. Son directeur exécutif associé pour la politique, Jason F. Isaacson, qui faisait partie de la délégation de l'AJC venue au Maroc, est considéré comme un des "amis" du Royaume. En 2009, il avait été fait chevalier de l'Ordre du Trône.
Le vice-président exécutif de la Conférence des présidents des organisations juives américaines, Malcolm Hoenlein, est un autre ami du Maroc. Sur proposition du secrétaire général du Conseil de la communauté israélite du Maroc, Serge Berdugo, il avait été décoré de l'Ordre de Grand officier par le roi Mohammed VI en 2013.
"Recul" américain
M. Berdugo joue un rôle important dans le maintien des relations entre le Maroc et la communauté juive américaine, quand il ne s'agit pas du Souverain en personne. Ce dernier, à chacun de ses séjours à New York, veille à rencontrer les principaux représentants de cette communauté.
La question se pose cependant: le lobbying du Maroc fait-il effet? Nombre d'indicateurs vont a priori dans ce sens. À titre d'illustration, la presse américaine a fait état, en 2013, du rôle conséquent des lobbys promarocains dans le "recul" américain sur l'affaire de la MINURSO. Lors de la troisième session du Dialogue stratégique Maroc-Etats- Unis, tenue le 10 avril 2015, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a qualifié l'initiative marocaine pour le Sahara de «sérieuse, crédible et réaliste»; les mêmes termes que ceux utilisés par l'Administration américaine après le sommet ayant réuni, en 2013, le roi Mohammed VI et M. Obama.
Rapport "tendancieux"
Une position qui est, d'après d'anciens diplomates rompus au lobbying US, l'une des résultantes de l'activisme du Maroc à Washington. Cela étant, l'Algérie continue de vouloir faire entrave au lobbying marocain aux USA. Elle dispose, pour cela, des appuis de certaines ONG américaines, dont la plus connue n'est autre que la Fondation Robert F. Kennedy pour la justice et les droits humains, qui, du 26 mars au 9 avril 2015, a encadré une visite aux Etats-Unis de la présidente du Collectif des défenseurs sahraouis des droits de l'Homme (CODESA), Aminatou Haidar, défendant la séparation du Sahara du Maroc.
La présidente de la Fondation, Kerry Kennedy, dont l'alignement est considéré comme «hostile à l'intégrité territoriale» du Royaume par les officiels marocains, avait par ailleurs organisé, en 2013, une tournée similaire du secrétaire général du Polisario, Mohamed Abdelaziz; et s'était surtout distinguée, en 2012, à l'issue d'une visite au Sahara par un rapport sur les droits de l'Homme dans la région qualifié de «spécieux» et de «tendancieux» par les autorités marocaines. A Washington cependant, le Maroc semble plus que jamais conforté dans ses positions.


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