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Abdellatif Hammouchi cumule la DGST et la DGSN
Publié dans MarocHebdo le 21 - 05 - 2015


Une nouvelle dynamique pour le pôle sécuritaire
REORGANISATION. Quelle que soit la lecture qu'on peut faire de la nomination de Abdellatif Hammouchi à la tête de la Direction générale de la Sûreté nationale, une certitude demeure: le nouveau patron de la police est appelé à professionnaliser davantage l'institution.
Du nouveau donc dans le domaine sécuritaire. Vendredi 15 mai 2015, S.M. Mohammed VI a nommé Abdellatif Hammouchi à la tête de la DGSN (Direction générale de la Sûreté nationale). Il conserve, pendant une certaine période, comme l'a précisé le communiqué officiel du Cabinet royal, son poste de patron de la DGST (Direction générale de la surveillance du territoire). Pourquoi une telle mesure? Deux explications sont données à ce sujet. La première, c'est qu'il s'agit d'«insuffler une nouvelle dynamique à la DGSN». Quant à la seconde, elle regarde la promotion et la modernisation des méthodes de travail de cette institution. Un bilan d'étape a donc été fait, il commandait sans doute un changement de cette nature. Pourquoi? Parce que la question sécuritaire se pose toujours, et de plus en plus, dans des termes qui appellent une adaptation axée sur davantage d'efficacité. Il s'agit là d'une mission régalienne appartenant en propre à l'Etat.
Multiples menaces
Pour la première fois dans notre histoire constitutionnelle, il est ainsi fait expressément référence à cette attribution en ces termes dans la loi suprême: «Les pouvoirs publics assurent la sécurité des populations et du territoire national dans le respect des libertés et des droits fondamentaux garantis à tous» (art. 21, al. 2). Mais ce même texte va plus loin encore en consacrant le droit à la sécurité de toute personne, de ses proches et de leurs biens.
Ce dispositif tourne le dos à une situation qui appelait une clarification, il érige en effet le droit à la sécurité au rang de la hiérarchie supérieure des normes juridiques et il trouve son domaine élargi à la protection de l'intégrité physique et morale des citoyens (art. 23). Il vaut de préciser qu'aujourd'hui les termes mêmes de la question sécuritaire se posent en des termes nouveaux. De nouvelles menaces existent qui ont commandé une organisation et un fonctionnement de l'appareil sécuritaire.
Ce qui est posé au premier chef, c'est, évidemment, la lutte antiterroriste à l'ordre du jour depuis une bonne dizaine d'années. Il y a eu les attentats du 16 mai 2003 et ceux de 2007 et de Marrakech en 2011 ainsi que d'autres actes. L'articulation policière n'a pas vu venir ces menaces. Le général Hamid Laânigri, alors responsable de la DGSN, confiera au lendemain de la tragédie de la capitale économique, voici douze ans: «On se doutait de quelque chose, mais pas de cela!». Un audit a été instamment réalisé pour faire une évaluation de la situation, du système en place et des dysfonctionnements apparus. C'est une nouvelle doctrine qui a été alors mise en avant.
Organigramme classique
En lieu et place de la priorité donnée depuis des lustres au maintien de l'ordre et à la répression de divers segments de la mouvance progressiste, avec ses relais locaux et étrangers, il convenait de se redéployer autrement. La délinquance courante, celle de la voie publique oui, bien sûr, mais c'était un travail courant, voire subsidiaire, d'où d'ailleurs un sentiment d'insécurité largement répandu au sein de population. Une perception tenace alors que, globalement, les statistiques n'indiquent pas une forte progression des crimes et des délits. A noter encore que la petite et moyenne délinquance présente, par bien des traits, une certaine connexion avec le terrorisme: trafics, vols, contrebande…
Le temps était venu d'aller au-delà de la simple gestion, avec les moyens et les mentalités du passé, pour s'inscrire dans une nouvelle équation. Une plus grande coordination des actions d'anticipation mais aussi une mise en commun des moyens et des ressources.
Cela posait le problème des périmètres respectifs de la DGSN et de la DGST. La structuration alors en place n'était plus tellement opératoire, articulée qu'elle était entre une répartition organique classique: sécurité extérieure (DGED), sécurité intérieure, renseignement, police judiciaire, maintien et rétablissement de l'ordre…
Un tel cloisonnement devait donc être revu et corrigé. Ce fut le cas, progressivement, sur la base d'un processus de restructuration. Le souci qui prévaut désormais, c'est de prendre en compte les facteurs pesant sur la sécurité avec leur lot de menaces. Ici, c'est le triptyque suivant qui a été retenu: prévention, répression et cohésion du corps social. Dans cette perspective, la DGST s'est sans doute plus rapidement adaptée à cette politique sécuritaire. Le profil de son responsable, Abdellatif Hammouchi, a marqué une profonde réforme de cet appareil. Nommé en décembre 2005, pur produit de la "maison", qu'il avait intégrée une dizaine d'années auparavant, il a fait la preuve d'une expertise et d'un professionnalisme appréciés. Si la DGST a accumulé tant de réformes, la DGSN, elle, était sans doute en retard sur cette feuille de toute.
Modalités de travail
Elle a bénéficié de mesures significatives –informatisation, recrutement de nouvelles compétences– mais l'institution est plus lourde avec des effectifs de quelque 60.000 personnes. Un management devait être poursuivi et élargi pour instiller davantage une culture d'entreprise à la hauteur des exigences de sa mission. La mission sécuritaire s'est, en effet, fortement spécialisée et une politique managériale adaptée était devenue nécessaire. Il n'y pas une recette toute faite mais une méthodologie à privilégier et à mettre en oeuvre. Des pratiques et des modalités de travail sont encore à revoir, une gestion des ressources humaines est nécessaire, la coordination entre les services est requise. Un dispositif à mettre sur pied qui aura d'ailleurs à évoluer parce que les menaces ne sont pas figées et qu'elles sont elles-mêmes "mutantes" (cybercriminalité, menaces bactériologiques…)


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