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Mehdi Bensaid: "La légalisation du cannabis ouvre des chantiers de développement dans la région du Nord"
Publié dans MarocHebdo le 17 - 03 - 2021

Pour M. Bensaid, l'approbation du projet de loi sur l'usage médical et industriel du cannabis est à saluer.
Comment interprétez-vous l'adoption en conseil de gouvernement, jeudi 11 mars 2021, du projet de loi légalisant l'usage du cannabis?
Je ne peux que saluer cette décision du gouvernement, qui a adopté ce projet sur la légalisation de l'usage médical et industriel du cannabis. Ce projet, nous, au PAM, l'avons présenté et défendu quand Abdelilah Benkirane était Chef du gouvernement et nous avons été taxés de tous les noms par les mêmes Pjdistes qui l'ont adopté de 11 mars 2021. Notre objectif a été de répondre à une problématique sociale assez sérieuse. Des milliers de familles dans le Nord du pays vivaient de la culture du cannabis dans une situation de précarité et de peur mais n'avaient aucune autre alternative. Il fallait se pencher sur le sort de ces familles en mettant en valeur cette plante.
Pourquoi la peur?
La culture du cannabis est illégale, mais elle est tolérée si je peux m'exprimer ainsi. Les familles ne savent pas si elles peuvent récolter leur cannabis ou s'il sera détruit par les autorités. Et lorsqu'elles le récoltent, sa vente est également clandestine. Illégale. Nous avons estimé qu'il y a moyen de légaliser l'usage industriel et médical de cette plante comme le font des dizaines d'autres pays. A aucun moment nous n'avons voulu légaliser le haschich, comme nous l'ont collé les gens du PJD notamment.
Nous avons estimé aussi que le programme de substitution du cannabis par d'autres plantes, mené dans les années 90 par l'agence du Nord avec l'aide de l'Union européenne, s'est soldé par un échec. Autrement, dit, il n'y a pas d'alternative à la culture du cannabis mais en même temps on peut la valoriser. Le marché des produits industriels à base de cette plante dépasse les 100 milliards de dolars annuellment dans le monde.
Quelles industries peuvent se servir du cannabis comme matière première?
Ce qui est connu et dont on parle souvent ce sont les produits médicaux, mais il y a aussi les produits cosmétiques, dont le marché mondial brasse des milliards de dollars par an. Il y a également le BTP qui peut profiter des tiges du cannabis qui sont utilisées de manière artisanale dans des constructions. Autre usage industriel, le textile. La Chine a déjà lancé des produits de textile à base de cette plante pour faire face à la rareté ou chereté du coton. C'est vous dire que la légalisation ouvre de grands chantiers de développement dans la région du Nord.
Comment le Maroc peut-il lancer ces chantiers alors qu'on n'a pas d'instituts de recherche sur cette plante?
Cette idée a été mise en avant lorsqu'on avait présenté le projet il y a sept ans. Ceux qui étaient contre l'ont ressortie maintenant. Or, il y a une agence publique qui sera chargée de la gestion de ce secteur. Des études, il y en a eu, mais leur champ était très limité, notamment par l'Agence du Nord. Il y a des études dans le monde, on peut s'en inspirer.
Et puis, il y a des investisseurs marocains et étrangers qui ont des projets à réaliser dans ce sens. Ils peuvent avoir leurs études et leur proccess industriel. Dernier point, la culture du cannabis rapporte actuellement entre 4.000 et 5.000 Dh/mois au fellah. On peut négocier avec les industriels un prix qui garantit au moins ce plancher au producteur et pourquoi pas négocier un plus.


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