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Akhannouch, objet des complexes du PJD
Publié dans MarocHebdo le 15 - 06 - 2021

En tablant sur un discours plus à même de parler aux Marocains, le président du parti de la colombe a réveillé à son endroit ses alliés islamistes. Ces derniers devraient pourtant se mettre au diapason au lieu de s'adonner à la critique pour la critique...
Depuis le 3 juin 2021, l'épicentre politique du Maroc ne se trouve plus, comme c'est d'habitude, dans la capitale, Rabat, mais plutôt dans les régions: Souss-Massa, Marrakech- Safi, Tanger-Tétouan-Al Hoceima, l'Oriental, Casablanca-Settat. En attendant, vraisemblablement, le reste du territoire. Pour cause, la tournée qu'y mène le Rassemblement national des indépendants (RNI) et plus particulièrement son président, Aziz Akhannouch, auprès des Marocains pour leur faire davantage connaître son parti. Et, sans doute, espérer enlever la première place aux législatives prévues le 8 septembre 2021, ce qui serait une première historique pour lui -les fondateurs de la formation avaient, certes, réussi cet exploit à l'élection du 3 juin 1977, mais ceci seulement à titre d'indépendants, d'où justement leur nom, bien avant de se doter d'un cadre politique commun.
Une campagne électorale qui, en fait, ne dit pas son nom, bien avant l'heure habituelle, et qui a surtout fait du bruit sur les réseaux sociaux de par les cinq promesses qu'y a faites M. Akhannouch s'il venait à être investi Chef du gouvernement, conséquence logique d'un vote favorable au RNI: créer un million d'emplois; une carte de soins pour pouvoir bénéficier de traitement; une somme de 1.000 dirhams pour tous les citoyens âgés de 65 ans et plus; 300 dirhams pour tout enfant scolarisé dans une limite de trois enfants par famille; et l'intégration des enseignants du primaire dans la fonction publique avec, à la clé, un salaire mensuel de 7.500 dirhams.
Adversaires politiques
"Peut-il vraiment le faire?," se sont, ainsi, demandé plusieurs influenceurs, en partageant ces promesses sur leurs pages personnelles. Et, soit dit en passant: comment va-t-il bien pouvoir le faire? M. Akhannouch ne s'y est pas vraiment attardé, mais on peut imaginer qu'il a longuement épilogué avec ses équipes à ce sujet, car il ne peut être là question de simples paroles en l'air qui, à la première occasion venue, lui seraient reprochées. D'ailleurs, d'aucuns lui en tiennent déjà rigueur, l'accusant de chercher seulement à s'attirer les faveurs de l'opinion publique.
Une position que l'on retrouve notamment chez ses adversaires politiques, qui n'ont pas manqué de tirer à boulets rouges sur lui aussitôt ses propos relayés par les médias. On peut, à cet égard, faire mention de la sortie du ministre PJD (Parti de la justice et du développement) de l'Energie, Aziz Rabbah, et ce au cours de la campagne nationale de la jeunesse de la formation islamiste tenue, pour l'anecdote, également à Agadir le 5 juin 2021, laquelle sortie a consisté à attaquer M. Akhannouch sur ses activités d'hommes d'affaires et notamment le fait que sa compagnie, Afriquia Gaz, aurait le plus profité de la libéralisation des hydrocarbures opérée en décembre 2015 par le gouvernement Abdelilah Benkirane.
Ce qui mérite bien sûr que l'on en débatte, surtout que le roi Mohammed VI s'était personnellement saisi, le 28 juillet 2020, du dossier en mettant en place une commission ad hoc pour trancher sur les dépassements dont l'ensemble des pétroliers nationaux se seraient pendant cette période rendus coupables, sauf que l'on ne peut que se poser des questions sur les motivations de M. Rabbah qui comme par hasard, alors qu'il est depuis plus de quatre ans déjà ministre de tutelle, ne trouve de meilleur moment que maintenant pour se prononcer à ce propos.
Tout comme des questions similaires avaient affleuré au cours du mois de Ramadan lorsque les partis de l'opposition, à savoir le Parti authenticité et modernité (PAM), le Parti de l'Istiqlal (PI) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS), avaient, de concert, effectué un tir groupé à l'endroit de M. Akhannouch au prétexte que celui-ci userait des activités de distribution de paniers-repas qu'effectue chaque année l'association Joud, dont il est membre du conseil de l'administration, pour glaner de nouveaux électeurs. Ce que, dans la foulée, le ministre de l'Intérieur lui-même, en l'occurrence Abdelouafi Laftit, avait démenti, après que l'interrogation lui ait été soumise le 28 avril 2021 à la Chambre des représentants, au moment où il était allé présenter le projet de loi portant usage légal du cannabis à la première chambre du parlement.
On pourrait, en fait, revenir encore plus loin dans le temps, et plus précisément au début du mois de février 2018, lorsqu'en plein congrès de la Jeunesse de la justice et du développement (JJD) l'ancien Chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, avait taxé M. Akhannouch de se voir d'ores et déjà à la tête de l'Exécutif -"quelle voyante le lui a dit?", l'apostrophera-t-il même-, avant que moins de trois mois plus tard Afriquia Gaz se retrouve au centre d'une campagne de boycott certes sincèrement suivie par beaucoup de Marocains voulant simplement montrer leur refus de la hausse de plus en plus insoutenable du niveau de vie, mais campagne qui, comme l'établira une analyse publiée fin septembre 2019 par l'Ecole de guerre économique (EGE) de Paris, avait eu pour feu de départ des pages proches, du moins au plan idéologique, du PJD, notamment ce que l'on qualifie de "mouches électroniques" du parti.
Vision porteuse
Rien toutefois qui, en somme, ait vraiment à voir avec un projet politique ou sociétal dont les bénéficiaires seraient les Marocains; en vérité, une opposition de principe qui semble avoir pour seul objectif que le PJD continue de présider pour cinq années encore aux destinées du gouvernement. À cet égard, il faut aussi mentionner l'utilisation d'éléments de stratégie déjà présents à l'approche des législatives du 7 octobre 2016, où d'une part une victoire du PJD serait considérée comme logique, M. Benkirane, qui occupait alors le poste de secrétaire général du parti, ayant même promis à 21 mois de l'élection que les siens l'emporteraient "en dormant".
Et d'autre part, toute défaite serait automatiquement à mettre au crédit du "tahakkom", appellation en arabe de la soi-disant mainmise de l'administration sur le jeu politique, ce que reprochera d'ailleurs ouvertement, au moment de l'annonce des résultats finaux, le ministre de l'Intérieur de l'époque, Mohamed Hassad, au PJD, en ce qu'une telle posture est pour décrédibiliser les institutions du pays. Comme si les Marocains ne pouvaient voter qu'islamiste, même en l'absence de programme.
Car il faut le dire: les seuls partis nationaux qui, aujourd'hui, présentent une vision véritablement porteuse pour ce que doit être le Maroc sont, comme toujours, les partis issus du mouvement national, c'est-à-dire le PI, l'Union socialiste des forces populaires (USFP), le PPS et éventuellement la Fédération de la gauche démocratique (FGD) du fait de son statut d'héritière de l'Organisation de l'action démocratique populaire (OADP), et avec eux le RNI. Chose d'ailleurs éloquente au cours de la pandémie de la Covid-19, où ces partis ont été les seuls à essayer de conceptualiser, certes imparfaitement mais c'est toujours mieux que rien, une voie de sortie de crise.
M. Akhannouch avait notamment fait publier sur différents supports médiatiques, le 13 avril 2020, une tribune pour s'opposer aux velléités austéritaires du gouvernement PJD de Saâd Eddine El Othmani et plébisciter en lieu et place une politique de relance keynésienne au moyen de la dépense publique. Tandis que le PJD, lui, est resté, objectivement, totalement absent, M. El Othmani faisant même l'aveu, lors d'une interview sur la chaîne Al-Aoula ayant fait date, d'une absence "de vision" de sa part. Ce sera aux Marocains de décider, dans moins de trois mois, de leur futur Chef du gouvernement, mais ce dont M. Akhannouch peut déjà s'enorgueillir, et ce à l'instar aussi encore du secrétaire général du PI, Nizar Baraka, c'est de recentrer le débat sur l'essentiel, c'est-à-dire par exemple la santé, l'éducation et l'emploi, et non des questions sociétales sans intérêt comme le refus de changer le nom de la matière de l'éducation islamique à l'école ou la diffusion des appels à la prière sur la chaîne 2M.
Et c'est d'autant plus important à l'heure où il est question de mettre en place un nouveau modèle de développement (NMD), suite au travail réalisé près de dixneuf mois durant par la commission qu'a présidée l'ambassadeur du Maroc à Paris, Chakib Benmoussa. Ou pour reprendre ce slogan qu'aime répéter, à chacune de ses interventions, M. Akhannouch: il faut "du sérieux". À l'ensemble de la classe politique de se mettre au diapason...


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