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DES ELECTIONS MUSCLEES
Représentation des salariés
Publié dans MarocHebdo le 20 - 09 - 1997

Le monde du travail est un espace électoral clos où l'électorat est identifiable. Les protagonistes, candidats ou électeurs potentiels pour telle ou telle enseigne syndicale, se connaissent. Trop bien. On sait qui est susceptible de se présenter au nom de qui, ou de voter pour qui. Des élections professionnelles dans un contexte hautement politisé. Une partie de l'immense puzzle institutionnel qui devra instaurer un système bicaméral.
Abdellatif MANSOUR
Voici venu le temps pour les syndicalistes de différentes affiliations de se compter. D'éprouver leur capacité mobilisatrice, leur audience et leur représentativité. Une grande opération de reclassement. Avec des répercussions multiples et durables pour chacune des principales centrales engagées dans une compétition qui devrait être un test de vérité.
Mahjoub Benseddik
Des élections en deux étapes: le 26 septembre pour les délégués du personnel du secteur privé et des entreprises publiques et le 3 octobre pour les commissions paritaires de la fonction publique, des collectivités locales et de la promotion nationale.
Cette double consultation à caractère professionnel permettra-t-elle pour autant de dégager une carte syndicale qui renseignera, de manière irréfutable, sur le poids et l'impact de chaque syndicat? Débouchera-t-elle sur un véritable arbitrage des urnes, qui attribuera à chacun de ces organismes d'encadrement de la population salariée, la part qui lui revient réellement sur les 27 membres réservés à cette catégorie dans la deuxième chambre? Ou bien assistera-t-on à une réédition du répertoire complet de dérapages qu'ont connus les élections communales, avec une cacophonie de contestations à la clé?
Contestation à la clé
27 siège sur 285, c'est un quota qui peut paraître négligeable. Un quota qui devient complètement résiduel si l'on considère l'ensemble du parlement, avec les 330 fauteuils de la chambre des représentants. Pourquoi donc tout ce tapage, pourrait-on dire, pour si peu?
En fait, les salariés ont toujours eu la portion congrue dans les instances législatives nationales. Ils n'avaient qu'une dizaine de représentants dans l'ancien système monocaméral. Dans ce domaine, comme dans bien d'autres, les syndicats semblent faire plus de bruit qu'ils n'obtiennent de résultats concrets et appréciables. Ils n'ont pas pu infléchir la sous-représentation qui frappe les forces productives du pays. Près de 4 millions de citadins "occupés", sur une population active urbaine de l'ordre de 4.900.000. Pour ne s'en tenir qu'au milieu urbain, lieu d'implantation du secteur formel et des administrations publiques. Au fait, où sont passés les ruraux? Leur prise en charge par les grands propriétaires terriens de la chambre d'agriculture, peut-elle être considérée comme une forme de représentation recevable?
Dans les années à venir, ce rapport inégal à la représentation législative sera vraisemblablement moins flagrant. La tendance étant partout à la réduction des effectifs, à l'emploi précaire et à l'embauche à durée très déterminée. Désormais, c'est la guerre ouverte pour la déréglementation du travail, sous couvert de "flexibilité" de l'emploi et d'impératifs imposés par la mondialisation. La nouvelle tarte à la crème aux conséquences ravageuses .
Abderrazak Afilal
Aux premières élections du 21ème siècle, il faudra revoir la législation pour donner la place qu'il mérite à un secteur informel, devenu entre-temps omniprésent. Les syndicats eux-mêmes sont, à terme, menacés de disparition. À moins qu'ils ne changent de statut, pour encadrer, à l'occasion, les travailleurs occasionnels et la masse grandissante des chômeurs endurcis.Une évolution inquiétante, qui devrait constituer la préoccupation majeure et prioritaire des syndicalistes de tous bords, plus que toutes les guerres de positionnement.
Pour le moment, compte tenu de la stagnation du marché de l'emploi et de ses perspectives peu réjouissantes, les chiffres de la population concernée par cette consultation professionnelle paraissent importants. 2.400.000 pour les entreprises privés et les offices, et 1.160.000 pour la fonction publique, les collectivités locales et la promotion nationale. Ce n'est tout de même pas dérisoire.
Serpent électoral
La particularité de cet électorat est d'être facilement identifiable. Son recensement et son répertoriage sur les listes électorales sont relativement faciles. Une opération qui n'a pas soulevé d'objections, comme ce fut le cas pour les élections "politiques" : les communales et bientôt les législatives pour le compte de la première chambre.
Le 26 septembre et le 3 octobre, il sera en effet difficile de faire voter des salariés décédés ou de procéder à des manoeuvres "d'inzal" (déplacements massifs d'électeurs à la double ou triple inscription).
Les textes régissant ces élections ont été revus et corrigés. Et toutes les mesures ont été prises, particulièrement au niveau de la grande commission nationale de suivi, et des multiples apartés entre le ministre d'Etat à l'intérieur, Driss Basri, et les syndicats, pour que ce nouveau tronçon du long serpent électoral se déroule dans la transparence et la régularité.
De l'avis des observateurs les moins complaisants, les préparatifs électoraux se sont déroulés dans un esprit de concertation et de volonté d'aplanissement de toutes les difficultés, de rattrapage des principales imperfections qui avaient entaché ce même genre de consultation, en 1993.
Précieux acquis
Même la répartition des couleurs, généralement sujette à des polémiques interminables, n'a pas été une source de blocage. Le bleu, couleur fétiche du monde du travail a été attribué à l'UMT. La centrale de Mahjoub Benseddik y tient beaucoup, pour affirmer sa vocation ouvriériste. La CDT et l'UGTM ont opté pour les couleurs des partis auxquels ils sont liés. Respectivement, le mauve et le rose. Une première distinction a été ainsi faite entre deux types de syndicalisme. L'un se voulant autonome, l'autre ne cachant pas son alliance stratégique avec des partis politiques.
Noubir Amaoui
Force est de reconnaître que la tutelle administrative a été réceptive aux vux et doléances des syndicats. À titre d'exemple, l'élection des membres des commissions paritaires de la fonction publique, a été décentralisée. Le vote par voie postale et le dépouillement centralisé des bulletins, objets de toutes les manipulations par le passé, ont été supprimés. Initialement prévu pour le 26 septembre, le scrutin pour cette catégorie de salariés a été reporté au 3 octobre, sur une requête des syndicats.
Mais l'acquis le plus précieux obtenu par les syndicats aura été la subvention financière. Un montant substantiel et, pour la première fois, public. 15 millions de dirhams répartis selon un dosage très élaboré, entre les trois principales centrales syndicales: l'UMT, la CDT et l'UGTM. D'aucuns ont trouvé cette somme un peu trop forte, pour une conjoncture marquée par la rigueur budgétaire. Se demandant, au passage, sur quelle rubrique de la comptabilité publique on avait pioché cette gracieuse enveloppe.
Il est vrai que les frais de campagne pour ce genre d'élection se limitent au coût d'impression des tracts et des dépenses de déplacements à travers le pays. Mais l'essentiel du matériel électoral (urnes, isoloirs, bulletins de vote) est à la charge de l'employeur, privé ou public. L'aide, financière ou autre, accordée aux syndicats, traduit en fait la crise du syndicalisme.
L'environnement économique et social n'incite pas à la syndicalisation. Il est donc normal que les recettes de la carte d'adhésion, au prix déjà modique, ne couvrent pas les frais de fonctionnement des syndicats. Ces revenus de type endogène sont d'autant plus dérisoires que l'acquisition de la carte syndicale n'est pas un acte complètement intégré par les salariés. Beaucoup de ceux qui fréquentent plus ou moins régulièrement les syndicats et la quasi-majorité de ceux qui répondent aux mots d'ordre de grève, ne se sentent pas obligés de prendre leur carte.
"Grands électeurs"
Durant la longue série de réunions préparatoires, les trois principales centrales syndicales se sont, plus d'une fois, retrouvées sur des positions communes, au hasard des occasions de rencontres dans les coulisses et des prises de langue informelles. Les trois syndicats ont ainsi manifesté le désir partagé de faire l'économie du "premier grand tour électoral", prévu en deux étapes, les 26 septembre et 3 octobre. Au terme desquelles on connaîtra les "grands électeurs" qui, à leur tour, choisiront leurs 27 représentants dans la deuxième chambre. Plus tard.
Tout cela est d'une complexité difficile à décoder. Expliquons, autant que faire se peut. La proposition consiste à passer directement à l'élection des 27 conseillers parmi des candidats désignés par leurs syndicats respectifs. En gros, la suppression de la distinction entre deux statuts de syndicalistes: les "délégués du personnel" élus par leurs collègues et habilités à parler en leur nom, sans distinction d'affiliation. Et les "délégués syndicaux", également élus par les employés de leur entreprise ou administration, mais représentant exclusivement les syndicats auxquels ils sont affiliés.
Espace clos
Cette distinction n'est pas un pinaillage de syndicalistes. Elle est à l'origine de beaucoup de conflits entre syndicats et employeurs. Effectivement, chaque fois que la moindre brèche apparaît entre "les délégués du personnel" et "les délégués syndicaux", certains employeurs s'y engouffrent, pour affaiblir le front syndical. Les syndicats avaient donc tout intérêt à colmater cette brèche. D'autant plus que leur proposition avait l'avantage de rassembler deux élections en une seule et unique consultation pour le même résultat. Ce qui, du reste, n'exclut pas la possibilité pour les SAS (sans appartenance syndicale) de présenter des listes autonomes.
Cette proposition n'est malheureusement pas passée. Elle aurait permis d'éviter quelques empoignades inutiles à l'occasion de la validation des listes par les employeurs. On serait directement passé à des candidatures SAS ou parrainées par les syndicats, déposées auprès de commissions regroupant les employeurs, les observateurs représentant les candidats et l'autorité administrative.
Car les empoignades, il y en a eu. Il y en a même toujours eu. Une fois le dispositif réglementaire bouclé, les syndicalistes sont descendus sur le terrain de la campagne électorale. Un terrain où la confrontation n'est pas toujours verbale. La violence électorale ne se justifie pas. Elle est condamnable en toutes circonstances. Quels qu'en soient les motivations et les mobiles. Mais elle s'explique.
Nous sommes en présence d'un espace électoral clos où les protagonistes, candidats ou électeurs potentiels pour telle ou telle enseigne syndicale, se connaissent. Ils y passent leur vie professionnelle. Au quotidien. On sait qui est susceptible de se présenter au nom de qui, ou de voter pour qui.
Violence condamnable
En période électorale, le territoire professionnel, quelle qu'en soit l'étendue, se rétrécit. Une promiscuité dangereuse s'y installe. La tolérance et la convivialité habituelles, ou même l'animosité retenue et bien comprise, font place à une conviction partisane qui devient franchement agressive. Le cadre de travail, particulièrement dans le secteur privé et les entreprises publiques, devient une véritable ruche électorale. Mais ce n'est tout de même pas "une guerre syndicalo-civile", avec des batailles rangées à longueur de journée. Fort heureusement.
Car les milieux du salariat national ont une autre particularité. Ils comptent de moins en moins d'analphabètes. Les candidats à l'embauche, même lorsqu'ils sont passés par le collège ou le lycée, acceptent les offres d'emplois les plus disqualifiantes.
C'est dire que la démagogie et le double jeu passent de plus en plus difficilement dans le monde du travail. Il s'agit, pour l'essentiel, d'un électorat sélectif. Beaucoup moins dupe que l'électorat anonyme du suffrage universel à l'échelle nationale. Les cas de violence, sans vouloir les minimiser, ne dépassent pas les limites de cas aussi isolés que regrettables. C'est ce qui s'est passé à la CNSS et à l'ONE, bastions inexpugnables de l'UMT, où la CDT entreprend de temps à autres des tentatives d'implantation régulièrement combattues. À l'occasion de ces élections, le syndicat de Noubir Amaoui, entend faire des percées durables.
Bousculades, empoignades, intimidations et quelques cas de bastonnades. Mais l'affrontement prend aussi d'autres formes, plus subtiles et plus pacifiques, dénoncées par les uns, estimées de bonne guerre par les autres. Toute une gamme de moyens de persuasion et de pression exercés sur des candidats adverses pour les amener à retirer leur candidature.
Ultime particularité. Le champ syndical national est totalement éclaté. On y compte pas moins de 17 syndicats. Mais la bataille électorale actuelle, tous secteurs confondus, oppose essentiellement l'UMT à la CDT. Deux formes de syndicalisme diamétralement opposées. L'UMT prône l'indépendance vis à vis du pouvoir et des partis politiques, comme condition nécessaire à l'unité et à une plus grande force de pression des salariés. La CDT, par contre, met en avant la nécessité d'un engagement déclaré auprès d'un parti, en l'occurrence l'USFP, pour parvenir à un changement politique.
Passif historique
Les choix sont apparemment clairs. Mais les territoires ne sont pas marqués. Ils ne peuvent plus l'être, depuis la première scission jusqu'à la dernière en date.
Sur cette différence de conception et de pratiques syndicales, s'est greffé tout un passif historique fait d'embrouilles, de malentendus, de calculs et de rendez-vous ratés.
Malgré leur caractère professionnel, ces élections ont une finalité politique. Et pour cause. Elles constituent une partie de l'immense puzzle institutionnel qui devra instaurer un système bicaméral.