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Publié dans MarocHebdo le 28 - 11 - 1997


BASRI ET YOUSSOUFI CONDAMNES A S´ENTENDRE
Depuis le samedi 14 novembre, lendemain d'élections législatives, un vent de désenchantement souffle sur l'opinion publique, et plus précisément sur sa frange la plus politisée. Une forme de désarroi qui fait profondément douter des capacités du pays à mettre sur les rails une démocratie vivante, crédible et porteuse d'espoir. La clé du changement dans les pays avancés repose toujours sur l'honnêteté et la sincérité du scrutin. Sur la probité des candidats. Sur le sérieux des partis politiques. Sur la responsabilité des citoyens. Sur la neutralité quasi-religieuse de l'appareil d'administration.
Abderrahmane Youssoufi
Au Maroc, il n'y a rien eu de tout cela. Rien de généralisable à tout le territoire, du nord au sud. Rien d'applicable à tous les candidats de gauche ou de droite. Rien d'opposable à toutes les formations politiques sans distinction. En tout cas aucune des valeurs essentielles qui fondent la démocratie ne s'est trouvée présente partout, et en même temps. Dans une espèce d'"universalité" nationale. Chaque circonscription constituait un écosystème qui fonctionnait avec ses propres valeurs, ses propres contraintes et ses données domestiques. Difficilement dépassables par tous et en même temps. La somme de "vérités'' locales liée à la nature des enjeux politiques des circonscriptions, plus les aptitudes plus ou moins heureuses des agents d'autorité - filtre normatif et coercitif au plus haut point -, ne produit pas au niveau national une "vérité'' démocratique. Il ne s'agit pas d'une addition, cela devient l'expression ridicule d'une démocratie de façade. Les fraudes, les achats de voix, les rapts d'urnes transparentes, le truquage des procès verbaux, la violence et l'intimidation électorales, la manipulation des militants , tout cela tue la démocratie.
Une, et une seule, violation de la loi électorale, si elle n'est pas sanctionnée, porte atteinte à l'ensemble de l'édifice. Une, et une seule, transgression des valeurs morales et éthiques, consignées dans la charte déontologique signée le 28 février 1997, entre les pouvoirs publics et les partis politiques, si elle n'est pas condamnée, nuit à l'ensemble du scrutin et à sa propreté. Les voies des recours sont non seulement ouvertes et garanties par le législateur, pour tous les partis s'estimant être lésés, pour tous les candidats considérant de bonne foi qu'ils ont subi un préjudice électoral, il n'en demeure pas moins que l'exception ne peut pas être la règle. Et justement c'est à cause de cette bonne règle de droit que l'on est fondé à penser que tous les recours - un record sera certainement battu - ne vont pas donner lieu à des invalidations de résultat. Ils ne vont pas prospérer, car si un seuil résiduel de recours est dépassé ce sont toutes les élections qui seront à refaire. Un nouveau processus à redémarrer, avec ses surenchères et ses aléas. Une autre aventure incertaine. Les joutes électorales - considérées comme un luxe très cher payé par tous les abstentionnistes et le million d'électeurs aux enveloppes vides - ne sont définitivement plus porteuses de solutions pour la nation. Celles-ci depuis le vendredi 14 novembre ne sont plus tributaires d'un quelconque processus électoral.
Or le pays n'a pas le temps. Il n'a plus de temps à perdre pour sortir de la crise multiforme dans laquelle il se débat. Il n'a plus le loisir de se vautrer dans des postures esthétiques partisanes, ni dans des subtilités administratives stériles brisant toutes les espérances.
Blocages
Il faudrait peut être prendre acte, une bonne fois pour toutes, du fait que nous nous révélons, tous, autant que nous sommes, incapables de créer les conditions objectives d'une pratique démocratique saine et exemplaire. Partis, citoyens, administration, élite, société civile... Tous impuissants et désarmés face à une méthodologie démocratique susceptible de donner naissance à des institutions représentatives crédibles et opérationnelles. Pauvreté, analphabétisme, ignorance, naufrage de l'enseignement, crise urbaine aiguë, contrebande, évasion fiscale, corruption, trafic de drogue, blocage politique, obsolescence d'une partie de la classe politique, échec des partis, népotisme.... avec tout cela on ne peut pas organiser des suffrages décents. Nous le savons maintenant. À notre corps défendant.
Cependant quelques questions irrépressibles et nécessaires restent posées. Pourquoi l'administration a pris le risque de s'impliquer pour sauver quelques candidats,- à gauche, à droite et au centre - au risque de laisser croire que l'avenir politique du pays dépend du sort de quelques énergumènes qui n'ont de valeur que celle des services obscurs rendus dans des conditions interlopes? Les dividendes politiques de cette action, même limitée, sont aujourd'hui nuls.
Pourquoi, encore, les pouvoirs publics n'ont-il pas engagé une lutte sans merci globale et généralisée contre l'argent sale, le commerce de cartes d'électeurs et les fraudes en tous genres? Il est incompréhensible que tout cela n'ait donné lieu qu'à un communiqué officiel faisant état de deux cas plus ridicules et pitoyables qu'exemplaires. Il aurait fallu des dizaines de communiqués et des centaines de cas. Où est le problème? Pourquoi cette attitude timorée? Elle obéit à quelle fine stratégie puisque c'est de l'application de la loi qu'il s'agit? Pourquoi, finalement, et pour être conséquent, avoir encouragé la création ou la réactivation d'une kyrielle de petits partis qui ne signifient rien, ni en termes de sociologie politique, ni en termes de morale politique, ni en termes de choix de société? Création du MDS, des PSD, FFD, MPD et plus la réactivation du MPDC, du PA et du PDI? L'incapacité des partis à organiser une vie démocratique interne ne devrait pas être suppléée par une action volontariste de l'administration tendant à créer de nouvelles structures partisanes aussi inutiles que superficielles. Seize partis en lice, 15 partis représentés à la première chambre du parlement bicaméral, un émiettement désolant des voix, et surtout une action collective problématique et conflictuelle. Si le but recherché était cela, il est atteint. Mais il est manifestement contre-productif.
Comment rétablir la confiance aujourd'hui? Une interrogation cardinale. On peut la reformuler d'une manière plus aisée. L'heure de la cohabitation a-t-elle sonné? Basri et Youssoufi sont-ils condamnés à s'entendre? Et là, pour dépasser ce paradoxe manifeste, il faut développer toutes les ressources d'imagination politique, et toutes les convictions sincères qui privilégient l'intérêt majeur du pays. Il est à présent entendu que la sortie de la crise n'est plus électorale. Mais le changement continue à être à l'ordre du jour. Plus que jamais. Si les conditions constitutionnelles sont réunies - et elles le sont - le parti de Abderrahmane Youssoufi devrait pouvoir répondre positivement à une demande pour former une coalition gouvernementale de renouveau susceptible de briser la fatalité de la défiance. Seule à l'heure actuelle l'USFP peut jouer ce rôle à la fois responsable et patriotique. L'urgence n'est plus dans l'évaluation de l'héritage des droites au pouvoir, ni dans l'invocation d'un formalisme électoral dont apparemment les moyens n'existent pas. L'urgence est au niveau de la création des conditions d'un renouveau d'une pratique gouvernementale et parlementaire pour trouver les commencements des solutions des problèmes graves que connaît le pays.
Manipulation
Qui peut refuser cette tâche de modernisation à la noblesse patriotique indiscutable? Certainement pas Abderrahmane Youssoufi, ni Mohamed Elyazghi, ni Abdelouahed Radi, ni Fathallah Oualâlou, ni encore moins Larbi Jaïdi, Khalid Alioua, Najib Akesbi, Driss Guerraoui ou Fouad Zaïm. Pas ceux-là. La contestation viendrait de Casablanca, bastion des histrions qui ont pris le pouvoir local, et par le truchement duquel ils font monter, contre Youssoufi, une pression anti participationniste, à la limite du chantage. Intolérable. La lettre publique de Mohamed Hafid - membre de la Jeunesse Ittihadia du bouillonnant Mohamed Sassi - député malgré lui, refusant sa députation d'une manière douteusement ostentatoire, est une provocation et une manipulation innommable. Objectif: casser l'USFP de Youssoufi, tout un programme, et barrer le chemin à la participation.
La minorité d'une minorité oppositionnelle ne peut pas dicter sa loi au plus grand nombre. Ceci n'est pas démocratique. L'enjeu n'est pas le contrôle d'un appareil partisan mais bel et bien celui de l'avenir du pays.
Déviation
C'est dans cet esprit que Driss Basri, le ministre d'Etat à l'intérieur négocie la sortie du processus électoral en limitant les dégâts au maximum. Compte tenu de sa responsabilité et de sa charge on comprend que son ministère n'ait pas à lui seul gommé d'un coup de baguette magique toutes les déviations de la société marocaine sur le plan politique et partisan. Tous les dirigeants qui ont eu à fréquenter pendant plusieurs mois Driss Basri, dans le cadre de la Commission nationale de suivi des élections, savent que sa parole n'est pas en jeu. Bien au contraire, dans de nombreux cas, fort de son savoir faire de juriste, il a agi comme un facilitateur pour dénouer les crises conjoncturelles. Au point que maintenant, aucun parti d'opposition ne met le ministre d'Etat comme par le passé, en équation. Ceci est une évolution manifeste. Tous font un distinguo notable entre l'action politique du ministre d'Etat et les ratages, ou les inerties parfois "coupables'' d'une administration territoriale, plus territoriale que jamais, en période électorale. Les contraintes individuelles des gouverneurs ou des caïds dans leurs commandements ne se recoupent toujours pas avec celles du ministre d'Etat. Lui, il a une vision globale. Et pourtant on a rarement vu Driss Basri renier publiquement ou ostentatoirement un agent d'autorité. Une réaction de commis d'Etat privilégiant son devoir au détriment de réactions intempestives.
De cette approche peut renaître la confiance. Le partenaire immédiat de Driss Basri, après le scrutin du 14 novembre, c'est Abderrahmane Youssoufi. Ensemble, ils pourront rétablir la confiance contre l'adversité. Ils devront s'entendre pour cela, car les enjeux sont énormes et dépassent de loin les calculs étroits parfois utiles dans la gestion tout aussi étroite d'une vie politicienne étriquée. Les élections se réparent par d'autres scrutins, mais les institutions, elles, doivent être consolidées en permanence contre l'adversité, - mondialisation, mise à niveau, affaire des Provinces du sud, - par des choix citoyens dans un pays où les citoyens semblent avoir abandonné la partie. Il s'agit de commencer à changer pour véritablement changer la vie et instituer une culture d'alternance voire de cohabitation. Basri et Youssoufi sont invités à ce chantier exaltant. Le choix de la dernière chance.