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Denis Sassou Nguesso, président du Congo

"Nous ferons tout pour que le Maroc revienne à l'OUA"
Propos recueillis par Mohamed Selhami et Khalil Hachimi Idrissi
Juste après sa reconquête du pouvoir en écartant par les armes son prédécesseur Pascal Lissouba, Denis Sassou Nguesso a entamé une tournée à l'étranger. De Paris où il s'est entretenu avec les responsables français, le président congolais est arrivé, à Rabat, dimanche 21 décembre pour une visite de deux jours marqués notamment par des entretiens avec S.M. le Roi Hassan II.
Dans l'interview qu'il nous a accordée, à la Maison des hôtes à Rabat, M. Sassou Nguesso aborde plusieurs sujets d'actualité : la reconstruction du Congo, le Maroc et l'OUA, l'affaire du Sahara, les axes majeurs de la coopération maroco-congolaise...
Sassou Nguesso
-Maroc Hebdo International: Quelle a été la teneur de vos discussions avec S.M le Roi?
Denis Sassou NGguesso: C'était pour nous un réel honneur de se retrouver au Maroc, un pays ami. Le Congo a connu ces derniers temps une période difficile et nous avons tenu à informer S.M le Roi Hassan II de cette situation. Nous avons expliqué au Souverain marocain l'ampleur de la destruction subie par le Congo du fait de la guerre civile.
Cela dit, l'objectif de notre visite est de susciter le soutien et la compréhension de nos amis traditionnels, en premier S.M. le Roi.
MHI: Quelle est la position du Congo vis-à-vis de l'affaire du Sahara, sachant que votre prédécesseur, Pascal Lissouba, a renoncé récemment à la reconnaissance du Polisario?
DSN: Lorsque nous avons été élus à la présidence de l'OUA (1986-1987), nous avions fait évoluer ce dossier en collaboration avec les Nations-Unies. À ce moment-là nous étions arrivés à la phase d'évaluation de la situation sur le terrain et à la définition des conditions du référendum d'autodétermination. À mon avis, il faut appuyer ce dossier pour qu'il puisse aboutir.
MHI: Nombre de pays africains ont renoncé à leur reconnaissance du Polisario. Quelle appréciation en faîtes vous?
DSN: C'est certainement la preuve que le dossier du Sahara est en voie de règlement.
MHI: Vous avez effectué une visite en France au lendemain de votre retour au pouvoir. Les divergences entre Paris et Brazzaville s-elle été aplanies?
DSN: Il n'y a pas de divergences à proprement parler en ce qui nous concerne. Tout ce qu'il y a eu c'est que le Quai d'Orsay (ministère des Affaires étrangères français) avait pensé à un moment que le gouvernement du Congo démocratique devrait envoyer une force d'interposition à Brazzaville. Mais nous nous sommes opposés rapidement à cette initiative, convaincus que la médiation de Libreville doit poursuivre son cours.
MHI: Comment s'annonce la période de transition dans votre pays après le départ de votre prédécesseur?
DSN: Nous avons convoqué un débat national entre le 5 et le 11 janvier 1998. Ce qui va nous permettre de fixer les contours de la période de transition qui va nous conduire aux élections. Cela dit, nous n'avons pas interdit l'activité des partis au Congo. Ils sont tous invités à ce débat y compris celui de Pascal Lissouba. Cependant, l'ancien parti au pouvoir aura à faire le bilan de ses cinq années de gestion du pays. C'est très important.
Pascal Lissouba
MHI: Comment voyez-vous l'intérêt de plus en plus accru des Etats-Unis pour le continent africain?
DSN: Il faut leur poser la question. Ce n'est pas un motif de mécontentement si la première puissance du monde s'intéresse à l'Afrique pour accroître sa coopération avec notre continent..
MHI: Comment envisagez-vous l'avenir immédiat du Congo si vos anciens adversaires ne jouent pas le jeu du débat national?
DSN: Je crois que les événements récents ont montré que la majorité du peuple congolais aspire à la paix et à la réconciliation nationale. Aujourd'hui, il s'agit de reconstruire le pays dans l'unité et d'assurer la sécurité des personnes et des biens.
MHI: Quels sont justement les besoins immédiats dans le domaine socio-économique?
DSN: Commençons d'abord par Brazzaville. C'est une ville qui manque d'eau, d'électricité et de téléphone. La plupart des édifices publics ont été touchés par les combats. Les hôpitaux ne fonctionnent pas et le système éducatif est paralysé. Sans oublier l'entretien du réseau routier et les problèmes de la paysannerie. C'est dire que nous avons du pain sur la planche.
MHI: Avez-vous reçu des engagements d'aide de la part des pays amis et des organismes internationaux?
DSN: Nos déplacements à l'étranger s'inscrivent justement dans le cadre d'une volonté de sensibiliser nos partenaires à la situation du Congo. Nous pensons qu'un pays du Sud comme le Maroc, qui a accumulé un savoir-faire non négligeable en matière d'agriculture, de gestion d'entreprise, peut nous être utile.
MHI: Que peut apporter du Maroc pour la reconstruction du Congo?
DSN: Beaucoup de choses. J'ai évoqué tout à l'heure tout ce qui a trait à l'agriculture. Le Congo peut acheter des produits alimentaires au Maroc sans aller jusqu'au bout du monde comme par le passé. L'éducation, la santé , le transport maritime la petite et moyenne entreprise, le bâtiment sont autant de secteurs où le Maroc est capable d'apporter son concours. Ensemble, nous pouvons réaliser beaucoup de choses.
MHI: Qu'en est-il de l'exploitation pétrolière au Congo?
DSN: De l'avis des experts , les perspectives d'exploitation pétrolières sont bonnes. Quand j'ai quitté le pouvoir en 1992, le Congo produisait quelque 8 millions de tonnes. Maintenant , la production est estimée à une dizaine de millions de tonnes. On pense dépasser ce niveau. Pour un pays de 3 millions d'habitants, ce n'est pas négligeable.
MHI: Lors de votre voyage en France, vous appelez la compagnie pétrolière ELF à une meilleure gestion. S'agit-il d'un rappel à l'ordre ?
DSN: Nous nous sommes adressés pas seulement à Elf, mais à tous nos partenaires dans ce secteur stratégique comme AGIP et d'autres. Pour l'heure, nous sommes en train de faire l'état des lieux. Sous mon prédécesseur, nombre de décisions ont été prises. Décisions que nous n'approuvons pas forcément. Exemple, plus de 3 milliards de FF ont été engagés à titre de dettes sur le pétrole avec des amortissements de près de 200 millions de dollars par an jusqu'à l'an 2004. Paradoxalement, le pays n'a pas profité de ces fonds substantiels en termes de réalisations et d'équipements.
Honnêtement, nous ne pouvons pas contempler ce gâchis sans réagir.
MHI: Comment comptez-vous résoudre ce problème?
DSN: Nous n'allons pas renier les contrats signés par mon prédécesseur avec les sociétés de pétrole. Continuité de l'Etat oblige. Mais nous avons l'intention de renégocier les termes des accords au mieux des intérêts du peuple congolais.
MHI: Vos déplacements à l'étranger, juste après la fin de la guerre civile, ne sont-ils pas quelque peu risqués compte tenu de la situation du pays?
DSN: Certes, la situation à l'intérieur du pays n'est pas parfaite, mais nous pouvons dire que nous tenons les choses en main, tout en continuant à faire régner l'ordre.
MHI: On a dit que c'est Sassou II qui a reconquis le pouvoir, avec une nouvelle approche des problèmes...
DSN: La traversée de désert que j'ai connue m'a donné le recul nécessaire par rapport à la gestion directe de l'Etat. Six ans ce n'est pas peu. Cela vous permet certainement d'envisager les choses autrement. D'ailleurs, je vais consigner tout cela dans un livre à paraître prochainement et qui contient également l'essentiel de mon programme électoral.
MHI: On dit que vous avez pris le pouvoir par la force...
DSN: Ce n'est pas vrai. En fait, nous nous sommes défendus et nous avons défait les forces qui voulaient détruire ses adversaires politiques par la force. En ce qui nous concerne, nous avions au départ l'intention d'aller aux élections et non pas se battre.
MHI: C'est à vous que doit Pascal Lissouba son accession au pouvoir. C'est vous également qui avez initié le processus de démocratisation au Congo. Comptez-vous y réinstaurer la démocratie maintenant que vous êtes de nouveau à la tête de l'Etat congolais...
DSN: Nous avons lancé effectivement le processus de démocratisation en 1990. Suite à mon échec aux élections de 1992, l'alternance a été instaurée pour la première fois dans l'histoire du Congo- dans la paix avec l'arrivée de M. Lissouba.
MHI: Quelles sont vos relations avec vos voisins immédiats, notamment l'ancien Zaïre de Laurent-Désiré Kabila?
DSN: Nous avons toujours entretenu des relations de bon voisinage avec les pays de l'Afrique centrale pendant plus de 12 ans. Ce sera toujours le cas. Le véritable défi pour l'Afrique reste l'intégration économique dans un espace unifié et solidaire. Plus forts que nous se sont regroupés dans des ensembles régionaux ou continentaux. Quelle force pourrions- nous représenter si nous allons en ordre dispersé devant des géants économiques?
MHI: Le Maroc est absent de l'OUA depuis plus d'une décennie. Ne pensez-vous pas que le temps du retour est venu?
DSN: Absolument. Le Maroc est l'un des pays fondateurs de l'OUA et le rôle joué par feu Mohammed V en Afrique est considérable. Le départ du Maroc de l'organisation africaine a laissé un grand vide.
MHI: Ne trouvez-vous pas qu'il y a un paradoxe: Absent de l'OUA, le Maroc est en même temps lié à la plupart des pays africains...
DSN: C'est la preuve que le Maroc est incontournable sur le continent africain.
MHI: Que va faire le Congo pour que le Maroc retrouve sa place au sein de l'OUA?
DSN: Je crois que le dénouement proche de l'affaire du Sahara, qui avait empoisonné l'atmosphère, l'Afrique sera de nouveau soudée. Nous ferons tout pour que le Maroc revienne à l'Organisation de l'unité africaine.
MHI: Le Congo va t-il reprendre ses relations diplomatiques avec les pays arabes auxquels il était très lié par le passé?
DSN: Bien sûr que nous allons renouver avec le monde arabe.
MHI: Quel regard portez-vous sur le drame algérien, cette grande plaie qui blesse le Maghreb?
DSN: Lorsqu'un peuple ami est meurtri, nous ne pouvons être que touchés et consternés car le Congo vient lui aussi de sortir d'un conflit sanglant. Le problème algérien est douloureux surtout que le Maghreb est une région stratégique. C'est notre devoir, nous peuples déchirés et pays destabilisés, de faire en sorte que l'harmonie soit réinstaurée.
MHI: Ne pensez-vous pas que la communauté internationale devrait intervenir pour mettre un terme au génocide algérien?
DSN: Il est très difficile que la communauté internationale intervienne dans un conflit sans l'accord des autorités du pays concerné. Nous l'avons vécu nous-mêmes.
MHI: Y a-t-il encore des pays qui n'ont pas encore reconnu le Congo?
DSN: Je ne sais pas s'il y a eu des reconnaissances ou non. Avons-nous le sentiment que certains pays africains pensent que le Congo ne méritait pas d'être? Je ne le pense pas. Et même si ces pays existent, nous n'avons pas encore senti leur expression réelle. Quant à nous, Congolais, nous partons du principe que notre pays a connu des changements importants, à l'instar d'autres pays de la région.
MHI: Vos pairs africains ont-ils applaudi votre retour?
DSN: Des applaudissements, nous ne les avons pas attendus. Nous n'avons pas, non plus, été jetés à la mer.