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Des médecins soignent leurs poches
Publié dans MarocHebdo le 20 - 06 - 1998


L'APPÂT DU GAIN
Le TPA (Temps plein aménagé) a été le révélateur de la crise où patauge le secteur de la santé. Au-delà du sentiment tenace d'une conjuration du silence affichée par une corporation sourcilleuse et compacte, dotée d'un esprit de corps à toutes épreuves, c'est la perplexité et le malaise. Terrain miné. Mais il a suffi d'un conflit d'intérêts vénaux pour que la zizanie apparaisse au sein de cette corporation. Les requins du bistouri ont jeté le discrédit sur la profession.
Chronique d'une guerre de tranchées. Une guerre que les pacifistes du secteur médical privé et du secteur public tentent de circonscrire avant l'embrasement général. L'appât du gain, sur fond de crise matérielle et morale grave, a encore fait des dégâts. La profession n'en avait pas besoin. À l'origine un sigle : le TPA, c'est-à-dire le Temps plein aménagé. Protagonistes: les Conseils national et régional de l'Ordre des médecins, le SNESUP, l'Association des directeurs de cliniques, les médecins enseignants, le ministère de la Santé et le ministère de l'Enseignement supérieur.
Abdelouahed El Fassi, ministre de la Santé
Pour permettre aux professeurs émérites, qui consacrent leur vie à l'Enseignement, de vivre dignement, une formule d'exercice de la médecine dans le privé avait été instituée par dahir.
Ce dahir codifie les conditions d'octroi des autorisations aux enseignants d'exercer dans le privé, le plus souvent en clinique à raison de deux demies journées par semaine: c'est le TPA. Le dahir est clair, net et précis.
Terrain miné
Pourtant, à chaque fois que l'on aborde les problèmes de la santé et de la médecine, particulièrement à Rabat et Casablanca, on se sent en terrain miné. Chaque fois que l'on doit s'informer auprès des médecins, des infirmiers et des cadres médicaux, qu'ils soient publics ou privés, On ressent, au-delà du sentiment tenace d'une conjuration du silence affichée par une corporation sourcilleuse et compacte, dotée d'un esprit de corps à toutes épreuves, la perplexité et le malaise. Terrain miné. Mais il a suffi d'un conflit d'intérêts vénaux pour que la zizanie apparaisse au sein de cette corporation. Les requins du bistouri ont jeté le discrédit sur la profession. Hormis les " purs " qui sont tellement rares qu'ils en deviennent célèbres, les idéalistes unanimement loués mais qui végètent et les escrocs de renom, le corps médical se compose de quelques stars et d'une cohorte de combattants de l'ombre qui vivent une réalité si complexe et austère qu'il est à peu près certain qu'aucun ministre de la Santé ne pourra jamais dresser le tableau réel de la médecine marocaine. La situation a toujours été préoccupante, elle est devenue grave depuis le milieu des années quatre-vingt. La crise. Une crise terrible qui a mis des médecins sur le tapis, ceux qui se sont endettés ont été jetés sur le trottoir et ceux qui vivotaient tant bien que mal agonisent. Pour permettre aux enseignants de continuer à exercer leur mission tout en disposant de moyens d'existence dignes de leur dévouement, une circulaire conjointe du ministère chargé de l'Enseignement et du ministère de la Santé sur le TPA avait été élaborée dès le 14 janvier 1993. Sur un total de 247 professeurs ou professeurs agrégés, 196 avaient été autorisés à exercer dans le cadre du TPA à Rabat et à Casablanca. Cette circulaire définit les conditions de l'exercice de la médecine dans le cadre du TPA, pose les règles de contrôle et prévoit des mesures de sanction allant de la mise en demeure au retrait définitif de l'autorisation, sans préjudice de l'action disciplinaire de l'ordre. La loi relative à l'exercice de la médecine promulguée par le dahir du 21 août 1996 a consacré le principe du TPA et l'a étendu aux médecins, chirurgiens et biologistes des hôpitaux, mais pose des conditions. D'abord l'exercice n'est autorisé qu'en " intra-muros ", c'est-à-dire dans des cliniques dénommées " cliniques universitaires " et créées soit par l'administration, soit par les centres hospitaliers universitaires ou les organismes à but non lucratif légalement autorisés à cet effet.
Anicroche
Toutefois, dans l'attente de la création de ces cliniques, la loi prévoit une période transitoire maximum de 5 années au cours de laquelle les médecins concernés peuvent exercer à titre privé dans les cliniques ayant conclu une convention avec l'administration. Par cette dérogation, la loi consacre la situation actuelle d'exercice du TPA en " extra-muros " dans les cliniques privées et ce jusqu'en l'an 2001. La loi dispose cependant que l'administration fixe, après avis du Conseil national de l'ordre des médecins, les conditions d'exercice, le montant des honoraires, le tarif des prestations hospitalières ainsi que les modalités de contrôle et de respect des dispositions légales et réglementaires. Ainsi, tout pouvait laisser espérer qu'il n'y aurait jamais d'anicroche, que tout était codifié, prévu, défini et que les rôles étaient déterminés entre partenaires conscients de leurs droits et de leur devoirs: les directeurs de cliniques et les médecins bénéficiant du TPA. De récents débordements ont malheureusement démontré le contraire. Un contrôle de routine dans une clinique casablancaise avait permis de prendre sur le fait un médecin qui " se faisait rare " dans son service au Centre hospitalier universitaire et qui avait un peu tendance à témoigner plus de dévouement à cette clinique privée! Il est passible d'une sanction du Conseil régional et même du Conseil national de l'ordre des médecins. Il peut être radié à vie. C'est à partir du jour de ce contrôle fatidique que les choses ont dérapé. Une lettre ouverte signée par un professeur anesthésiste réanimateur, le Dr Louardi Houcine, est mise en circulation. Elle stigmatise dans des termes indignes " la partialité et le favoritisme " du Conseil régional de l'ordre. Elle émane, selon la mention au bas de la lettre, de l'Assemblée générale des médecins enseignants exerçant le TPA réunie le 20 mai. Le Dr Louardi a, par la suite, formellement nié en être l'auteur et a même porté plainte contre X pour faux et usage de faux. Cette lettre, dans le fond et la forme est une véritable injure aux médecins et à la médecine, de l'avis même de ceux au nom de qui elle a été écrite : les médecins enseignants regroupés dans l'Association des médecins enseignants. Elle est considérée comme diffamatoire et insultante par la quasi totalité de la profession. Elle a pourtant été lue à haute voix par son " auteur présumé " devant une trentaine de médecins enseignants. Elle va mettre le feu aux poudres. D'abord le Conseil de l'ordre des médecins met les médecins enseignants en demeure de se déterminer par rapport à cette lettre. Une assemblée régulière de l'Association des médecins, réunissant le quorum, cette fois-ci, se démarque vigoureusement de cette lettre qualifiée d'irrégulière, d'orientée et résultant d'une manipulation ourdie par les médecins du TPA qui prenaient de très grandes libertés avec la loi, la morale et le serment d'Hippocrate. L'Association publie un communiqué dans lequel elle dénonce les termes et le ton de la lettre ouverte et les débordements de ses membres présents lors de l'assemblée irrégulière où le Dr Louardi s'était mis en vedette.
Outrage
Les directeurs de cliniques sont outrés parce qu'ils sont traités comme des professionnels de la médecine illégale. Ils ferment immédiatement leurs portes aux médecins du TPA et exigent qu'un assainissement vigoureux mette de l'ordre dans cette vaste escroquerie qu'est devenue le TPA par la faute de médicastres sans foi ni loi. Car il y a des brebis galeuses parmi les médecins du TPA. Ceux qui débordent largement la limite du TPA dans les cliniques. Ceux aussi qui travaillent dans d'autres cliniques que celle dont le nom est mentionné dans leur autorisation et qui multiplient les apparitions lucratives dans plusieurs cliniques en même temps. Au point qu'on a pu croire qu'ils possédaient le don d'ubiquité. Les directeurs de cliniques n'ont pourtant pas tous joué le jeu en restant vigilants sur l'activité des médecins publics dans leur établissement. Le comité de suivi qui avait été institué pour exercer un contrôle n'a pas fonctionné de manière satisfaisante et des médecins non agréés pratiquaient illégalement l'exercice de la médecine dans des cliniques. Certains d'entre eux justifiaient le dépassement du temps qui leur était alloué par la nécessité de suivre leurs opérés dans les cliniques. Ils sont pourtant libres de le faire en dehors de leurs horaires de travail à l'hôpital et une certaine " tolérance " leur permettait parfaitement de ce faire sans que leur service n'en pâtisse. &laqno;On fermait les yeux, nous dira-t-on. Les médecins consciencieux pouvaient toujours suivre leurs malades en clinique en leur consacrant une partie de leur temps sans pour autant faillir à leur mission dans le public». Un responsable de la médecine privée nous a même déclaré, que cela pouvait bien continuer pour le reste de la période transitoire de 5 ans, puisque 3 ans sont déjà passés. &laqno; Nous ne sommes pas des inquisiteurs et les médecins soucieux de la santé de leurs malades et de leurs malades seulement pouvaient faire un petit saut dans la clinique privée où ils officient».
Guerre fratricide
La crise du TPA est considérée par l'Association des directeurs de cliniques comme l'occasion de crever un abcès. Car pour eux, le TPA n'est ni gérable, ni contrôlable ni encore moins sanctionnable. Et ils ne veulent pas être assimilés à une instance spécialisée dans les sanctions. Pour les directeurs de cliniques, s'ils mettent fin à la prestation des médecins du TPA, c'est dans l'attente que les Conseils régionaux et le Conseil national de l'Ordre des médecins, les ministères de tutelle et le Syndicat des enseignants -le SNESUP- mettent au point des modalités de fonctionnement plus saines, plus claires, moins "permissives". Le Docteur Farouk Iraqi, Président de l'Association nationale des directeurs de cliniques privées, à qui nous avons demandé son opinion sur cette triste affaire n'a pas souhaité faire de commentaire. En tout cas sur la forme et le fond de la lettre ouverte à l'origine de tous les excès. Il s'interroge sur " l'applicabilité " du TPA, et sur la difficulté du Conseil national de l'ordre d'exercer un contrôle régulier sur l'exercice du TPA. Il a simplement déclaré que désormais: &laqno;il faut un véritable débat de fond entre tous les médecins du secteur public et privé, enseignants ou non, afin que la sérénité prenne le pas sur les dérapages récents, car il ne faut en aucun cas que les ponts soient coupés entre confrères».
Le vu est partagé par le Professeur Abderrahim Harouchi selon lequel, &laqno;si le TPA disparaît, les démissions des médecins de la fonction publique se multiplieraient. Le secteur privé ne pourrait plus bénéficier des services du secteur public. Et surtout : une guerre fratricide entre les deux secteurs serait une catastrophe pour les citoyens et les médecins». Le TPA sera-t-il rétabli pour les deux ans de période transitoire qui restent ? Aléatoire. En attendant, les médecins enseignants n'ont plus d'autre soutien que la foi en leur mission. Quant aux gangsters, ils se tireront d'affaire d'une manière ou d'une autre. Ils sortent toujours vainqueurs des pires catastrophes. Les citoyens, eux, paient le prix : mauvais soins et dessous de table à l'hôpital, soins onéreux en clinique. La question qui se pose est cruciale. Quelle médecine pour le Maroc ? Les médecins qui sont en paix avec leur conscience savent de quoi nous parlons. L'argent a gangrené le corps médical, les pots de vin sont une pratique quasi générale dans le public, les médecins détournent les malades pour les orienter vers certaines cliniques, les jeunes médecins sont dans la détresse la plus noire. Un plan de sauvetage de la médecine doit être conçu et mis en pratique. Le temps des bavardages est passé. Il faut sauver le citoyen et la médecine de l'hydre de l'argent sale.