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Deux mois après l'intronisation de SM le Roi Mohammed VI
Publié dans MarocHebdo le 24 - 09 - 1999


QUEL MAROC VOULONS-NOUS?
SM Mohammed VI
L'information politique de la rentrée se résume en une phrase: les Marocains attendent ! Il semblerait que les ministres, les politiques, les décideurs, les investisseurs attendent. Tout le monde serait en train d'attendre. Mais personne ne nous dit ce qu'ils attendent. Ni pourquoi. En fait, cette histoire d'attentisme n'est pas une nouveauté dans notre pays. Cela fait quarante ans que ça dure. Le Maroc et les Marocains ont toujours attendu. Et tout ce que le pays a pu faire ou réaliser, il l'a fait justement pendant qu'il meublait cette attente. Au point où l'attente, et son corollaire, le provisoire sont devenus des catégories originales qui déterminent et définissent le temps politique marocain.
L'attente est devenue un art consommé qui peut être décliné sous plusieurs formes. Elle permet, par exemple, à un ministre de ne pas prendre une décision qui engage sa responsabilité. Il évite ainsi qu'il soit jugé sur son action en améliorant son espérance de vie ministérielle. Par le passé, ce même ministre se contentait d'envoyer une fiche - une synthèse du projet en une page - au cabinet royal, en contournant son Premier ministre, et attendait une improbable réponse qui venait rarement. Ce parapluie illustre sorti, il pouvait dormir sur ses deux oreilles. Dix ans s'il le faut. Cent dossiers, cent fiches. Vous imaginez les dégâts que cela peut occasionner si cette méthode est élargie aux directeurs des établissements publics qui, eux aussi, grillent avec allégresse leur ministre de tutelle. Dans ce cas d'espèce, ce n'est plus d'attente qu'il s'agit, c'est de l'immobilisme généralisé.
Marché de fiches
Pendant que l'on attendait, cet état de fait a créé un marché de fiches considérable. Avec ses réseaux, ses pourvoyeurs, ses intermédiaires et ses rentiers. Les parrains des fiches sont devenus une vraie caste, un vrai gouvernement fantôme, capables de neutraliser toutes les velléités d'action ou de changement non contrôlées. Dans ces conditions, la bourse des fiches a explosé. Les fiches les plus côtées n'étaient pas forcément les plus utiles. Et les réponses attendues n'étaient pas forcément les plus urgentes. Et les fiches qui crevaient le plafond de la bourse étaient celles dont l'intérêt du rédacteur de la fiche, le demandeur donc, se confondait avec le parrain de celle-ci. Sinon comment expliquer les fortunes colossales qu'ont pu accumuler ces parrains haut placés, le patrimoine considérable de commis de l'Etat dont les salaires sont connus et la richesse subite de haut fonctionnaire aux appointements modestes?
Ce système a créé une inertie qui a paralysé le pays et les seuls projets qui ont pu prospérer par cette technique se sont trouvés, de fait, entachés de confusion d'intérêts manifeste. Gabegie, enrichissement illicite, corruption à grande échelle et pourrissement de la haute fonction publique. L'attente en tant que philosophie de base de l'action publique peut rapporter gros. Le temps n'étant pas perdu pour tout le monde. L'attente par conséquent n'est pas incompatible avec une forme d'action. Pendant que les Marocains attendaient, les affaires ont continué.
Intérêts séculaires
Alors qu'est ce qu'on attend aujourd'hui ? Au lieu de se perdre en conjectures sur l'absence de visibilité économique, sur les incertitudes politiques ou sur la confiance qu'ont, ou n'ont pas, les investisseurs dans l'économie nationale, il faut voir la réalité en face.
Ce qu'on attend aujourd'hui, après la succession qui a amené, porté par tout un peuple, SM Mohammed VI, un Roi du changement, sur le trône, c'est que l'ancien système se remette à fonctionner. Avec ses travers. C'est tout. Le refus du Souverain de valider ce système, son souci d'éviter soigneusement de lancer tout signal ou de mettre en avant tout symbole qui signifieraient que les choses vont reprendre comme par le passé a inhibé les "attendeurs" professionnels. C'est de cela qu'il s'agit et de rien d'autre. Retrouver des rentes de situation, récupérer l'intégralité d'un pouvoir contrarié par le changement, continuer à agir dans l'intérêt des lobbies constitués, confisquer l'expression de la volonté royale pour la dévoyer en faveur des clans apeurés par la succession et la menace qu'elle peut représenter pour leurs intérêts séculaires. La partie d'échec qui est entrain de se jouer aujourd'hui autour du Souverain est serrée. La virulence et l'activisme - et son expression double, l'attentisme - des lobbies multiples est impudique. Elle rentre directement en confrontation avec les attentes, les vraies, du peuple marocain pour une meilleure vie, une réelle égalité des chances, un désir irrépressible d'émancipation et l'émergence d'une citoyenneté active. Tout cela, aujourd'hui est incarné, à juste titre, par SM Mohammed VI. Son action, ses prises de position et ses discours ont renforcé cet espoir chez les Marocains. Ceux qui attendent véritablement. De bonne foi.
Chez les opérateurs économiques, l'attente est la même. De même nature et de même extraction que la première. Par définition, un investisseur n'attend rien sauf des opportunités réelles de profit. N'empêche que les nôtres attendent d'une manière ostentatoire. Ils semblent dire aidez-nous à ne plus attendre. Comment ? Et là il faut se rendre à l'évidence. Le capitalisme marocain n'a pas d'idées. Il en a eu peu à part quelques rares projets et initiatives qui ont vu le jour dans la douleur. Le libéralisme marocain est fondamentalement administratif. À l'origine de chaque création de richesses, par une action économique d'envergure, il y a souvent une autorisation administrative. Un marché public truqué, une licence créant un monopole délivrée abusivement, ou une bienveillance de l'administration sentant bon le népotisme ou la corruption. C'est tout ce que nous avons comme stratégie de développement du secteur privé.
Inquiétudes hypocrites
Il ne faut surtout pas venir nous dire que le capital s'est bien tenu et a bien accompagné la succession. Et que la Bourse de Casablanca a bien réagi au changement de règne. C'est faux. La raison est autre. Au moins 5 ans avant la succession, les capitalistes marocains, grands et moyens, ont spéculé sur la maladie du Souverain défunt et sur la date de son décès. Leurs gémissements geignards ont eu de larges échos dans la presse internationale qu'ils ont abondamment alimentée de leurs inquiétudes hypocrites. Les appels multiples de feu SM le Roi Hassan II et du Premier ministre Abderrahmane Youssoufi pour une reprise de l'investissement et pour un retour à une confiance "patriotique" dans le pays et ses institutions n'ont pas été entendus. Les capitaux ont quitté le pays. Paris, New York, Montréal et Londres se souviennent encore de la panique des détenteurs de capitaux marocains venant chercher un droit d'asile économique que rien ne justifiait, sauf l'origine souvent frauduleuse des fonds.
Alors c'est normal que la bourse de Casablanca se tienne bien lors du décès de SM le Roi Hassan II. Les capitaux privés étaient à l'abri depuis longtemps. Les actifs des institutionnels, moins mobiles par définition, n'ont pas bougé malgré une petite frayeur de vingt-quatre heures. C'est tout ce que l'on peut dire sur la fameuse stabilité de la Bourse et sur le bon comportement du capital marocain et des milieux économiques.
Aujourd'hui, après la succession et la volonté de réforme et de changement clairement affichée de SM le Roi Mohammed VI, les milieux économiques attendent, semble-t-il, une meilleure visibilité pour agir. C'est à la fois juste et faux. Pourquoi ? Parce que le concept de visibilité dont tout le monde se gargarise est une supercherie intellectuelle qui masque, par le truchement d'un chantage indu, s'exprimant sous la forme d'une grève de l'investissement productif, une revendication : le retour du libéralisme administratif et son cortège de passe-droits. Voilà ce qui est véritablement attendu. Le retour de la pompe à fric, facile, sans idées et à la profitabilité extraordinaire. Une économie tiers-mondiste dans laquelle l'étude de marché la plus élaborée consiste en une entente cordiale entre des familles alliées supposées proches du pouvoir et de la haute administration. Cela ne peut pas marcher longtemps comme ça puisque la société, livrée à elle-même, dans ce type d'économie primitive, où la redistribution n'existe pas ou peu, est toujours exclue de la croissance. L'enjeu de l'économie marocaine est là et nulle part ailleurs.
Souci éthique
Bien sûr, nos opérateurs économiques, du moins les plus honnêtes d'entre eux, diront et ils n'auraient pas tort que la relance de l'investissement passe par un assainissement de l'administration, de la justice, de l'environnement de l'entreprise. Par de vraies relations sociales relayées par des syndicats responsables, par un code du travail favorisant l'employabilité, par une fiscalité stimulant l'investissement et l'emploi des cadres. Nous sommes tous d'accord. Encore faut-il, que ces arguments pillés dans le registre de l'opposition socialiste de l'époque, et aujourd'hui utilisés contre elle, une fois devenue une majorité gouvernementale, expriment réellement un souci éthique, un désir de moralisation et une démarche patriotique. Dans le meilleur des cas, cette posture esthétique a servi soit à négocier des moratoires sociaux, des amnisties fiscales ou des différés de mise à niveau comptable. Cela reste insuffisant pour fonder une vraie démarche patronale fondée sur la croissance, la compétitivité et le libre échange notamment avec l'Europe. La nostalgie du temps de l'assistanat patronal, des subventions et de la protection douanière demeure.
Force d'inertie
Nous commençons maintenant à saisir la nature de cette attente, mais allons plus loin pour essayer de comprendre sa fonction dans la conjoncture politique actuelle du Maroc. Cette nouvelle idéologie de l'attentisme et de l'absence de visibilité a une fonction. Ses effets ne sont pas dirigés contre Abderrahmane Youssoufi et son gouvernement. Cela ne peut être qu'accessoire. L'objectif est autre. Susciter une pression pour contrarier la volonté de changement du Souverain. Signifier à SM le Roi Mohammed VI que quand tout change, rien ne devrait changer. Empêcher l'émergence d'un Maroc nouveau pour que l'ancien Maroc garde ses prébendes, ses rentes, ses parts de marché, d'influence, et de pouvoir. Le message est clair. Dans ce dessein, il faut compliquer toutes les situations, les rendre problématiques. Développer la force d'inertie du système. Célébrer la continuité pour casser les réformes. Freiner la promotion de nouvelles élites pour pérenniser le pouvoir de castes qui veulent faire une OPA sur les valeurs monarchiques. Lancer un faux débat constitutionnel pour stériliser la vie politique du pays et installer un débat régressif sur la nature du régime afin de justifier une dérive autoritaire de nos institutions. Tout cela est désormais clair. Il a fallu quarante ans au Maroc pour sortir de ce tunnel. D'aucuns veulent le replonger dans l'obscurité pour les quatre décennies à venir. Or le pacte, fondé sur l'unité de la nation, entre le Roi et le peuple, a toujours exalté l'intérêt supérieur du pays en allant à l'encontre des attentes du plus grand nombre. Toutes les tentatives de dévoiement de ce pacte ont toujours essuyé un échec, même du temps du protectorat. À la faveur de la succession, les choix de SM le Roi Mohammed VI, en tant que dépositaire de ce legs sacré, vont dans le sens d'une société plus juste, plus solidaire, plus égalitaire, plus démocratique et moins népotique. Il est évident que ces choix entrent en contradiction avec les tenants du Maroc ancien qui entendent inhiber toute action de réforme ou de renouveau.
Legs sacré
Et c'est là qu'intervient l'action du gouvernement de Abderrahmane Youssoufi qui, lui, n'est pas obligé d'attendre. Tout attentisme gouvernemental crée un vide, vite comblé par ceux qui souhaitent le maintien du statu quo économique, social et politique. L'alternance qui a été conçue par Feu SM le Roi Hassan II pour accompagner la succession doit pleinement son rôle au risque de devenir caduque. Le Premier ministre doublement investi par deux Souverains doit pouvoir, au-delà de son inclination naturelle à l'historicisation de l'action politique, disposer d'un gouvernement opérationnel qui gère le pays au quotidien. La Constitution marocaine est claire, elle doit pouvoir tourner à plein régime. Et il semble aujourd'hui que tous les protagonistes institutionnels soient tournés vers le Palais, au risque de tourner le dos au peuple, attendant des signes ou des signaux, dont la compatibilité avec la Constitution, sur le fond, n'est pas avérée. Et pourtant, SM le Roi Mohammed VI a bien défini son rôle comme celui d'un arbitre institutionnel, le terrain étant tracé par le texte fondamental du pays. Or, le match ne veut pas commencer. Les joueurs ont trop pris l'habitude que le Roi joue et marque des buts à leur place.