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Mohamed Ziane, ancien ministre des Droits de l'Homme
Publié dans MarocHebdo le 24 - 12 - 1999


"YOUSSOUFI A ETE IMPOSE PAR PARIS"
Mohamed Ziane
Mohamed Ziane n'a rien perdu de son panache, ni de sa verve critique malgré son retrait il y a cinq ans de la scène politique. L'homme cause toujours et défend bec et ongles son dada, la pensée libérale qui, à ses yeux, n'est pas représentée dans un parti politique au Maroc. Celui qui avait qualifié Driss Basri de roublard dans nos colonnes après les législatives de 1993 et dénoncé la fameuse campagne d'assainissement doit regretter, même s'il n'ose pas l'avouer, son absence du Parlement où il était connu pour ses sorties fracassantes et sensationnelles. L'ex-enfant terrible de l'Union Constitutionnelle (UC) conditionne son retour sur l'arène à une recomposition de l'échiquier politique actuel qu'il trouve, selon sa propre expression, voué à l'échec.
Propos recueillis par Abdellah CHANKOU
· Maroc Hebdo International : On n'entend plus parler de vous Me Ziane. Qu'est ce qui se passe ?
- Mohamed Ziane : C'est vous les hommes de la presse qui soudain vous m'avez boudé. Quand les médias me sollicitent, je m'exprime volontiers.
· Peut-être que vous n'êtes plus intéressant comme par le passé ?
- C'est possible. Si au Maroc la presse s'intéresse aux hommes qui ont une fonction, eh bien moi je n'en ai aucune.
· Mais si. Vous êtes toujours avocat. N'est-ce pas ?
- Je ne suis pas le seul avocat du pays. Les gens du barreau se comptent par milliers.
· Comment se fait-il que vous vous êtes retrouvé du jour au lendemain sans charge publique ?
- Comme vous le savez, j'ai démissionné de mon poste de ministre des Droits de l'Homme, j'ai été débarqué de mon siège du CCDH (Conseil consultatif des droits de l'Homme) et j'ai échoué lamentablement lors des dernières législatives.
· Mais tout ça est de votre faute. C'est vous qui l'avez voulu
- Ce sont les circonstances qui ont fait que je sois dépourvu de toute charge publique.
· Est-ce en réaction à ces déconvenues que vous avez créé votre propre journal, Al Hayat Al Yaoumia ?
- Non, le lancement de mon journal répond à un désir d'exprimer mes idées libérales.
· Pourquoi avez-vous échoué aux législatives ?
- D'abord, j'ai cru qu'en quittant Rabat où j'avais l'habitude de me présenter pour ma ville natale, Tanger, j'agissais dans le bon sens. En fait, je me suis rendu compte par la suite que je ne connaissais personne là-bas après plusieurs années d'absence.
Donc, il était compliqué pour moi de dire aux électeurs : l'enfant prodige est de retour. Votez pour lui. Cela dit, j'ai obtenu un bon score au moment où il était très difficile de fréquenter maître Ziane. · Êtes-vous dangereux à ce point ?
- Je ne constitue pas un danger, mais disons que j'étais mal vu par certains personnages du régime. Autre facteur déterminant dans mon échec électoral, Tanger est un cas particulier du fait du recours massif à l'argent.
· Vous auriez pu passer sans problèmes à Rabat ?
- À Rabat, il est vrai, j'étais soutenu par un parti, en l'occurrence l'UC et j'avais l'habitude de réussir plus facilement par les indirectes.
Tandis qu'à Tanger, j'étais face-à-face avec les électeurs à travers le scrutin direct en tant qu'ex-ministre des Droits de l'Homme qui a dénoncé la fameuse campagne d'assainissement en s'opposant à Driss Basri et en tant que libéral qui a dit non à une alternance octroyée.
· Vous espériez donc récupérer les dividendes politiques de vos positions fracassantes ?
- En quelque sorte, oui. Mais cela n'a pas marché.
· Les indirectes sont plus faciles que les directes étant donné les arrangements que ce mode électoral favorise
- Non et non. Les indirectes ne sont pas plus faciles que les directes. Pourquoi il faut toujours que vous caricaturiez les choses ?
Peu importe qu'un député vienne de l'un ou de l'autre scrutin. Le plus important, c'est le bilan du travail laissé par l'élu en fin de législature.
· Partagez-vous une quelconque valeur avec le Parti de l'Action puisque vous vous êtes présenté sous sa bannière dans la ville du Détroit ?
- C'est la commission de suivi des élections qui m'avait imposé une étiquette politique. C'est un viol de la loi électorale. Le premier leader politique que j'ai rencontré c'était feu Najem Abaâkil.
Il m'a accordé l'accréditation avec plaisir. En fait, je me suis considéré comme un candidat libre qui a défendu ses propres idées lors de la campagne électorale et non celles du Parti de l'Action. D'ailleurs, je n'ai pas distribué les tracts du PA.
· Si vous aviez rencontré par exemple Abdelkrim Khatib, lui auriez-vous demandé l'accréditation de son parti ?
- Certainement. Cela dit, le Parti de la Justice et du Développement a le droit d'imposer la pensée islamique dans une société comme le Maroc. Je ne vois pas pourquoi on a peur des islamistes dans un pays musulman.
· En Algérie, le phénomène islamiste a débouché sur la violence
- Les islamistes algériens n'ont pas pris le pouvoir pour juger de leur comportement et savoir s'ils sont bons ou méchants. Malheureusement, il y a des gens qui ont des préjugés sur tout. Si demain, les islamistes gouvernent le Maroc et se mettent en porte-à-faux avec mes idéaux d'homme libéral, je serai leur premier adversaire et je les affronterais.
· Au fait, pourquoi avez-vous quitté l'UC ?
- L'UC n'est pas un parti libéral. Avec ses dirigeants actuels, ce parti ne sera jamais un parti capable de défendre le libéralisme et l'initiative privée, le seul espoir pour assurer l'avenir du Maroc et des Marocains.
· Selon vous, il n'existe pas de parti libéral au Maroc ?
- Absolument. Les partis marocains qui croient représenter quelque chose ne représentent rien du tout. Ils ont été créés par la couronne marocaine et imposés par les puissances étrangères.
· N'auriez-vous pas dû rester à l'UC et prendre la présidence pour en faire un parti selon votre goût ?
- J'aurais dû rester au gouvernement pour arrêter la campagne d'assainissement, je n'aurais pas dû me présenter aux élections il y a 20 ans pour que l'on ne m'accuse pas de participer à la falsification des urnes, je n'aurais pas dû peut-être me marier pour ne pas avoir des enfants susceptibles d'être chômeurs dans l'avenir, je n'aurais pas dû peut-être me réveiller ce matin pour ne pas vous rencontrer Vous savez avec "si'', on peut mettre Paris dans une bouteille et imaginer ce que vous voulez
· Pourquoi ne pas créer un parti libéral ?
- Je n'ai pas d'argent.
· Mais vous êtes riche, non ?
-Oui, je suis riche de cur, d'espoir.
· Peut-on considérer que vous êtes mort politiquement ?
- (rire). Je serai mort le jour où ma tête sera séparée de mon corps. Cela dit, j'existe à travers mon journal qui est un espace de liberté où même mes détracteurs ont la possibilité de s'exprimer.
· Mais votre hebdomadaire n'est pas lu C'est un échec
- Mon journal n'est pas un échec. Il n'est pas lu par les francophones parce qu'il est écrit en arabe.
Mon journal a soulevé nombre de problèmes comme les plages des islamistes et suscité des débats intéressants. On pique souvent des informations de ma publication sans la citer. Car on a honte peut-être de citer Al Hayat Al Yaoumia.
· Que pensez-vous du départ de Driss Basri ?
- Je ne sais pas si le départ de M. Basri signifie quelque chose ou pas. Je ne connais pas non plus la nature du changement qui sera induit. Personnellement, je suis heureux pour mes enfants et pour mon pays de l'éloignement de M. Basri du pouvoir.
Cela dit, Driss Basri était mon ami jusqu'à 1995. Mais je ne lui ai pas demandé pour autant de me créer un parti politique. Voyez-vous, je peux être un ami d'un trafiquant, d'un danseur ou d'un chômeur. Je peux être ami avec qui je veux. Mais cela ne signifiait pas, s'agissant de l'ex-ministre d'Etat à l'Intérieur, que je m'abaissais pour le servir. Le vrai ami pour moi c'est celui qui me supporte avec mes défauts.
· Et vos qualités
- Si je n'ai pas de qualités, mon ami doit me supporter avec mes défauts. Mes qualités, elles n'ont besoin de personne pour être supportées. Quant à Driss Basri, il avait l'importance que lui octroyait sa fonction. Une fois dépourvu de celle-ci, il est devenu un homme nu.
· Donc, vous n'avez aucune forme d'estime pour votre ancien ami ?
- Ce n'est pas une question d'estime. Je peux même être amoureux de lui, cela ne change rien à la réalité des choses. M. Basri travaillait à l'instar de tous les policiers en essayant de monter les uns contre les autres. Il prenait les décisions ailleurs et venait ensuite devant le conseil du gouvernement pour faire croire que la décision a été prise par l'Exécutif. En plus, il a passé son temps à imposer ses copains, à privilégier sa famille comme si c'était la solution géniale qui lui permettrait de durer. Au Maroc, quand on perd sa fonction, on n'est plus rien
· C'est un peu votre cas aujourd'hui
- Moi, je suis un individu. Je ne suis pas un système, ni un réseau. Et un individu ne perd jamais ses valeurs.
· On a l'impression que vous êtes blasé
- Vous avez le droit d'avoir l'impression que vous voulez. À mon avis, la lutte est plus dure aujourd'hui qu'elle ne l'était hier. Il y a 20 mois, il était difficile de convaincre les gens que ce gouvernement était un ramassis d'incapables. Aujourd'hui, une grande partie des Marocains est en train de changer d'avis. Nous sommes donc sur la bonne voie.
· Mais encore
- C'est un gouvernement incapable de garantir le décollage économique du Maroc.
· Vous dites cela parce que ce gouvernement est dirigé par l'USFP, parti que vous ne portez pas dans votre cur
- Pas du tout.
· Le gouvernement Youssoufi a le soutien national et international
- Le soutien national pour le moment est un soutien inconscient. Pour ce qui est du soutien international, vous avez raison, il existe.
Mais quand je vois Lionel Jospin se permettre de dire que S.M Mohamed VI a la chance d'avoir Youssoufi comme Premier ministre, je me demande pourquoi la presse ne lui a pas dit de se mêler de ses oignons.
On aura la chance de ne pas voir Youssoufi très bientôt à la tête du gouvernement. Pour moi, lui et son gouvernement d'anti-nationaux ont été imposés par Paris.
· Vous affirmez que le Maroc est dirigé par la France ?
- J'affirme qu'on se mêle des affaires du Maroc. C'est triste.
· Mais voyons, Youssoufi a été choisi par feu S.M Hassan II
- Mais Hassan II ne pouvait pas tout seul affronter la pression internationale. Il a fini par lâcher du lest sous la force de cette pression.
· Vous ne pouvez pas tout de même reprocher à Lionel Jospin d'apprécier Youssoufi
- Ça le regarde. Si moi je n'aime pas Jospin, je ne vais pas dire de lui qu'il est le chef de gouvernement le plus insignifiant que la France ait jamais eu.
· Quelle formule gouvernementale de rechange en dehors du gouvernement Youssoufi proposez-vous?
- Pourquoi parler de formule gouvernementale dans ce pays. Un gouvernement incapable d'assurer le décollage économique doit avoir le courage de le dire et quitter la scène et laisser la place aux autres.
Comment se fait-il que les grandes entreprises paient le crédit à 7% , alors que le taux appliqué aux particuliers est de 12%? Comment se fait-il que des résidences luxueuses - c'est le cas de Cabo Negro par exemple - sont dispensées de la taxe urbaine parce qu'elles sont situées dans des zones rurales, alors que le propriétaire d'un deux pièces est soumis à cette taxe.. Je trouve cela proprement scandaleux. Le gouvernement actuel est incappable de s'attaquer à ce genre de problèmes.
· J'attends toujours la formule gouvernementale que vous préconisez
- Je sais que dans mon pays il y a des hommes et des femmes capables de sortir le Maroc de sa crise. Ce sont les libéraux. Ils doivent s'organiser pour prendre les postes de commande. Tout ce que le gouvernement de Abderrahmane Youssoufi a fait c'est marginaliser les valeurs au profit des militants de l'USFP.
· Un gouvernement où siègent sept partis peut-il être opérationnel ?
- Les partis formant le gouvernement sont tous de gauche, d'extrême gauche ou marxistes. Et M. Youssoufi s'est accommodé de cette situation. C'est un gouvernement aussi inutile qu'une mouche sur la queue d'un âne.
· Et la guerre entre l'Istiqlal et l'USFP ?
- L'Istiqlal a appris à faire de la politique. Depuis cinq ans, il a su faire preuve d'une grande habileté en la matière. Je le félicite. C'est ma conviction personnelle.
·Mohamed Ziane qui revient à de meilleurs sentiments envers l'Istiqlal, c'est étonnant
- Lorsque l'Istiqlal m'a calomnié, je l'ai poursuivi en justice. Quand ce parti m'a présenté ses excuses, j'ai considéré que le dossier était clos. Aujourd'hui, l'Istiqlal tout en profitant du gouvernement a trouvé l'astuce de le critiquer pour ne pas en assumer les insuffisances. Si Abderrahmane Youssoufi n'a pas de stratégie pour contrer l'Istiqlal, pourquoi voulez-vous que je la lui donne. Tant pis pour lui.
· Ne seriez-vous pas devenu istiqlalien ?
- Vous pouvez dire ce que vous voulez. J'admire la politique de l'Istiqlal. C'est du grand jeu. Ce parti cherche à se poser en recours depuis quelque temps. Bien sûr que je veux que l'Istiqlal n'arrive pas à ses objectifs, qu'il se casse la figure. Mais s'il réussit, je n'y peux rien.
· Et le Wifak dans tout ça ?
- Les partis du Wifak sont absents. C'est pour cela que j'ai quitté ce bloc il y a cinq ans. J'ai donc bien fait de partir. Cela dit, ces partis finiront par exister s'ils se transforment en partis libéraux.
· Quand ?
- Au prochain millénaire peut-être. C'est dans deux semaines (rire). N'oubliez pas que Bill Clinton a présidé l'internationale socialiste à Florence. Le socialisme est fini. Il n'a duré que ce que durent les roses.
· Que vous inspire la période actuelle marquée par l'avènement de S.M le Roi Mohamed VI ?
- Je crois d'abord que l'histoire rendra justice à feu S.M Hassan II. Ce fut un grand homme. On peut lui reprocher tous les maux de la terre, on ne discute pas avec la grandeur comme a dit le général De Gaulle. Quant au Roi actuel, S.M Mohamed VI, il a su gagner la confiance et l'amour des Marocains, surtout de la jeunesse qui a commencé à devenir une jeunesse extrêmement contestataire. Dans un régime libéral, l'espoir est une chose importante.
· Que pensez-vous de l'échiquier politique marocain ?
- C'est un échiquier dépassé et voué à l'échec. Tant qu'il ne sera pas recomposé dans le sens de la naissance d'un vrai pôle libéral, je ne retournerai pas à la politique.