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Où va l'argent du kif ?
Publié dans MarocHebdo le 19 - 12 - 2003

Le cannabis marocain rapporte 12 milliards de dollars
à la mafia mondiale
Du haut de ces montagnes de dollars, on est pris de vertige. On se dit, mais qu'est ce qu'on attend pour être riches ! Pourquoi a-t-on des difficultés
à boucler les fins d'années budgétaires ? Seulement voilà, il semble
qu'on ait le kif, mais pas l'argent du kif.
• La consommation de cannabis de plus en plus tolérée en Europe.
Un chiffre, un seul, donne la dimension du problème. Les chiffres peuvent être utilisés comme des caches, des instruments de travestissement de la réalité. Celui-là dévoile, impressionne, intrigue et inquiète. Douze milliards de dollars, tel est le produit généré par le trafic de haschisch d'origine marocaine sur le marché européen. Cela fait dix milliards d'euros et cent quatorze milliards de dirhams. C'est ce qui vient d'être révélé par une enquête réalisée conjointement par l'Agence de développement du Nord et l'office des Nations Unies contre la drogue et le crime.
Bien qu'il s'agisse d'une estimation statistique, la somme ainsi dégagée est une déduction arithmétique aux données très simples. 735 tonnes de résine de cannabis ont été saisies en Espagne et 66 au Maroc, soit un total de 801 tonnes sur une production de 3080 tonnes. La soustraction donne environ 2300 tonnes non saisies, donc propres à la consommation. À raison de 5,4 dollars le gramme, cela fait douze milliards de dollars. Le compte est bon; les jeux sont faits; rien ne va plus.
Récolte
Place au calcul mental, les rapprochements numériques se bousculent. Avec douze milliards de dollars, on n'est pas loin de la dette extérieure du Maroc estimée à quatorze. De même que le pactole du kif représente près du tiers des 37,3 milliards de dollars du produit intérieur brut du pays (PIB).
Du haut de ces montagnes de dollars, on est pris de vertige. On se dit, mais qu'est ce qu'on attend pour être riches ! Pourquoi a-t-on des difficultés à boucler les fins d'années budgétaires ? Seulement voilà, il semble qu'on ait le kif, mais pas l'argent du kif, en tout cas pas plus qu'une infime partie visible, des miettes qui ne découvrent pas l'immensité immergée de l'iceberg. La récolte de cannabis de 2003 n'a rapporté aux cultivateurs que deux milliards de dirhams, soit deux cent quatorze millions de dollars. Ce qui représente 0,57% du PIB. Par famille, le revenu moyen tiré de la vente du cannabis s'établit à environ 20.900 Dh par an, soit 2237 Dh par personne. Une misère.
La misère, il faut aller la chercher dans ce Rif géographiquement difficile d'accès et historiquement rebelle. Qui s'y frotte, s'y casse les dents. Les coloniaux espagnols face à Abdelkrim El Khatabi et les gendarmes à l'épreuve des trafiquants du kif. Longtemps après l'indépendance, le Makhzen au sens traditionnel du terme n'avaient toujours qu'une présence à peine tolérée. Ce à quoi le pouvoir central a réagi par une bouderie désastreuse qui a fait du Rif une zone officiellement maudite et délibérément non-inscrite dans le processus de développement du pays. Un indicateur significatif, les chemins carrossables lentement transformés en routes goudronnées, sont plus Est-Ouest que Nord Sud. C'est dire que cette région inhospitalière, pour cause de nature ingrate et d'encavement politique, a de tout temps vécu en autarcie. Sur et autour du kif. Il n'y avait que le kif pour avoir quelque chose à se mettre sous la dent. Introduit par les immigrants arabes au VIIème siècle, le kif a colonisé tout le rif central dès le XVème siècle.
Cette plante innervante semble avoir toujours été là, comme pour aider les populations rifaines à survivre, à améliorer le quotidien en accompagnant l'orge et le maïs.
Lorsqu'on aborde le pays Sanhaja par la trouée de Taza, par les Beni Zéroual et le fameux «bureau Ghafsaye», on est de plain pied à Bab Berred, puis Ketama. Dans ce Katmandou marocain, on est d'abord accueilli par le mulet, le quatre-quatre de ces contrées escarpées. S'alignent alors en escaliers, comme dans un immense amphithéâtre, des cultures en terrasses et des villages suspendus à mille mètres d'altitude. Une impression de hauteur, sans que l'on soit vraiment en haute montagne. C'est juste l'impact d'un cadre sauvage où le ciel est trop bas, trop proche pour qu'il ait oublié cette terre et les hommes qui y vivent. Envers et contre tout. Avec le kif en héritage. Le kif comme affaire de famille, de père en fils. On connaît toutes les subtilités de cette plante providentielle et fragile, depuis la semence jusqu'à la récolte.
Et après la récolte, que se passe-t-il ? Eh bien, après, ce n'est plus une affaire de famille. Entrent en scène les intermédiaires, lorsqu'ils n'achètent pas sur pied, ou qu'ils ne supervisent pas tout le processus de production, en fournissant semence et angrais. Ce sont les commis des gros revendeurs qui réceptionnent la récolte.
Misère
Commence alors la longue chaîne de transformation et de commercialisation. Les producteurs n'en sont pas totalement éjectés, mais très faiblement représentés et très pauvrement rémunérés. 34% du cannabis sont directement transformés en poudre par les exploitants, mais il faut pas moins de 100 kg brut pour obtenir 6 à 7 kg de poudre, le rendement à l'hectare étant de 63 kg pour les espaces irrigués et de la moitié, 33, pour les cultures bour.
Quant aux tarifs, ils sont de 35 Dh le kg de brut et 900 Dh le kg de poudre. Si l'on tient compte de l'exiguïté des parcelles, moins d'un hectare en moyenne, et de la forte densité, le revenu à la source est évidemment faible. D'autant que le séchage et la mise en poudre du kif demandent 6 mois de préparation. Beaucoup de travail, donc, pour pas grand-chose et pour beaucoup de bouches à nourrir.
C'est pourtant cette misère-là qui produit des milliards en dollars. Du brut à la poudre, et de la poudre à la résine, les prix connaissent une progression exponentielle. L'unité n'est plus le vulgaire kilo, mais le gramme des orfèvres. La résine se négocie à 5,4 dollars le gramme, soit 54 Dh. Multipliez par mille, puis par les 3080 tonnes mises en vente et vous obtiendrez la manne à peine croyable de douze milliards de Dollars. Ce montant ne peut être que vrai, car c'est quasiment sous forme de résine que le kif est consommé sur le marché européen. Le passage de la poudre à la résine demande des équipements un peu plus que rudimentaires, vu les quantités transformées, encore une fois 3080 tonnes, pour 2003. Où se fait cette transformation ? Si l'on en croit les statistiques de la Central intelligentsia criminal (espagnole), la réduction de la poudre en lingots de résine ne pouvait se faire qu'au Maroc. Puisque 61,16% des saisies de résine se sont faites sur les plages du littoral espagnol, en provenance du Maroc, contre 27,25% à l'intérieur de l'Espagne, 4,42% en mer Méditerranée et 7,15% en zone portuaire sous douane.
Chargements
La désignation du Maroc comme pays où se fait la mise en plaquettes résineuses est presque avérée. Elle est renforcée par un autre indicateur : le transport ne se fait à dos de mulets qu'entre les points de fabrication et les frontières, maritimes et terrestres. À partir de là, ce sont des embarcations de pêche, des canots (pateras) ou des yachts, ainsi que des véhicules terrestres spécialement aménagés qui acheminent les cargaisons vers les centres de distribution en Europe. Quelle que soit la position par rapport au commerce du kif, la balle est bel et bien dans le camp d'un Maroc qui se dit engagé dans la guerre contre ce trafic.
Il lui faut, donc, «trouver» ces ateliers très peu clandestins, avec des alambics qui vous donnent un compact de résine à partir de kif poudreux. Tout comme il lui faut prendre, un peu plus, sa part d'interception des départs de chargements à partir de son territoire.
Dans la conférence de presse tenue à Rabat, le 16 décembre 2003, pour la présentation des résultats de l'enquête, Antonio Maria Costa et Driss Benhima, respectivement directeurs de l'ONUOC et de l'Agence de développement du Nord, ont fait ressortir «la dimension mondiale de la production de cannabis au Maroc», ainsi que «la criminalité internationale que ce trafic nourrit». Deux conclusions qui renseignent sur les enjeux de ce trafic et les implications mondiales qu'il induit.
Que les producteurs soient le maillon faible dans ce marché de dupes, on le savait déjà. Ce que l'on ne sait toujours pas, par contre, c'est où va l'énorme différence par rapport aux sommes colossales que procure le trafic du kif. L'enquête, par ailleurs d'une précision extrême, ne le dit pas. Enfin, pas tout à fait.
Les ramifications de la mafia du kif supposent une logistique matérielle et humaine à la hauteur des milliards en jeu. Avec forcément de solides attaches dans le pays d'émission. Ce sont plus que des antennes dans un Maroc premier exportateur du chanvre indien. On en a eu quelques échantillons impressionnants lors du coup de filet spectaculaire de 1996, une opération coup de poing, appelée assainissement, qui n'a pas eu de lendemain. L'opinion nationale avait découvert ce qu'elle savait de science certaine. Et ce que les pouvoirs publics ne pouvaient ignorer.
Des empires ayant pignon sur rue et des nababs dont la principale qualité n'était pas la discrétion. Hamidou Bounkoub, dit Dib, par exemple, avait son propre port, ses zodiacs, plus rapides que ceux des garde côtes, son arsenal d'armes pas vraiment légères et ses gardes du corps. Il pouvait, ainsi que quelques «caïds» du même calibre, difficilement passer inaperçu. Par rapport à ces gros bonnets, Mounir Erramach, actuellement devant les tribunaux, fait figure de petit dernier qui monte. Qui est peut-être monté trop vite, au point d'avoir entraîné dans sa chute rapide des chefs locaux de la sécurité nationale et des magistrats.
Les Don Corleone du Nord du Maroc sévissent toujours, puisque leur commerce continue et prospère. Le Rif est leur fief et les villes de la côte méditerranéenne, de Tanger à Nador, leurs théâtres d'opérations financières et immobilières. Le torrent de dirhams qu'ils brassent ne se limite plus, depuis quelques années, au Nord du pays. Il inonde le marché, sous plusieurs couvertures de blanchiment et sur tout le territoire national ; il fausse les mécanismes économiques, et il corrompt des agents d'autorité de haut rang, exposés à de fortes tentations et fragilisés par des cas notoires d'enrichissement un peu trop rapides pour être honnêtes. La gangrène.
Laxisme
De deux choses l'une, soit que les gros trafiquants du kif sont plus forts que l'Etat, soit qu'ils sont un Etat dans l'Etat. C'est un peu les deux, si l'on se réfère au rapport de l'OGD (Observatoire géopolitique des drogues) de novembre 1995. Un rapport qui avait fait sensation par ses révélations sur l'implication de personnalités «au-dessus de tout soupçon».
En substance, la lecture de ce document, par quelque bout que vous le preniez, vous donne l'image d'un pays «narcotisé» aux plans politique, économique et social. Image caricaturale d'un traitement qui n'obéit pas à l'enquête scientifique. Soit. Le gouvernement marocain avait d'ailleurs intenté et gagné un procès contre le journal Le Monde pour avoir diffusé, avec force commentaires diffamatoires, des extraits du rapport de l'OGD. Rien que le fait d'en parler avait également valu à Maroc Hebdo une assignation en justice. Aujourd'hui, l'OGD n'existe plus. Mais le trafic de drogue à partir du Maroc, lui, s'amplifie. Le Maroc continue donc à être pointé du doigt. Et il n'est pas vraiment favorisé par les statistiques sur les saisies. 57% de celles-ci se sont faites en Espagne et 75% sur l'ensemble de l'Europe. 7% seulement ont été effectuées sur le territoire marocain. De là à écoper d'une accusation de laxisme suspect, il n'y a qu'un pas que les voisins ibériques ont depuis longtemps franchi.
Des deux côtés de la Méditerranée, le contentieux à propos du trafic de drogue ressemble à un dialogue de sourds. L'Europe exige que la production du kif soit tarie à l'amont, en en interdisant la culture. Le Maroc, lui, demande que la consommation soit combattue à l'aval. Pas d'offre, pas de demande, dit l'Europe. Pas de demande, pas d'offre, répond le Maroc. En somme, l'histoire de l'œuf et de la poule. Une certitude cependant, sur les deux registres et de la production et de la consommation, la tendance est à la
hausse.
L'enquête révèle que la surface de cannabis cultivée en 2003 s'est agrandie. Elle se situait, en 1993, entre 64.000 et 74.000 hectares. Elle est, aujourd'hui, de 134.000 hectares, rien que dans les cinq provinces concernées, à savoir Larache, Tétouan, Chefchaouen, Taounate et Al Hoceima. Il en va de même pour la production, on est passé de 1000 tonnes, en 1993, à 3080 tonnes, actuellement.
Dans le périmètre considéré par l'enquête, 66% des exploitations produisent du cannabis, soit 75% des villages pour environ 800.000 personnes. Malgré le faible rapport pour les cultivateurs, les cultures de cannabis rapportent 7 à 8 fois plus que celles de l'orge lorsqu'elles ne sont pas irriguées et 10 à 12 fois plus lorsqu'elles le sont. Les efforts de l'agence du Nord pour le désenclavement du Rif et le recyclage des cultures pourront-ils enrayer ce processus ? C'est évidemment plus que souhaitable, mais ce n'est pas pour autant que le pari soit gagné d'avance, vu l'immensité de la tâche et l'énormité des enjeux.
Recyclage
Côté consommation, la progression est soutenue depuis les années 70. Elle a même reçu un bon coup de fouet avec la dépénalisation totale ou partielle dans certains pays d'Europe.
Bref,des cultivateurs de petites parcelles misérables dans le Rif, aux grossistes qui prospèrent à Tanger et à Rotterdam, en passant par les dealers à la sauvette de Paris et de Madrid, tout indique que le kif a de beaux jours devant lui. Le Maroc en est le carrefour. Il en souffre dans son corps social, dans son tissu économique et dans ses relations avec ses voisins. Pour sa défense, il invoque, en plus de l'incrimination de la demande européenne, la puissance du cartel mondial du kif comparé à ses faibles moyens de parade. L'argument pouvait être recevable si la suspicion ne continuait pas à peser sur des connexions entre certains milieux et "Le milieu". Si l'on ne parlait encore et toujours du mauvais ménage entre la politique et les affaires parmi les plus fumantes.
L'énigme des douze milliards de dollars reste donc entière. De ce trésor d'Ali Baba, combien en a-t-il été blanchi au Maroc, comment et au profit de qui ? Mystère.