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La vie des traqués
Publié dans MarocHebdo le 08 - 10 - 2004

L'émigration clandestine à l'heure de la coopération
Les familles investissent dans ce défi à la mort car elles n'en peuvent plus de voir leurs enfants se morfondre dans le dénuement et l'inaction, et souvent, c'est la seule manière de garantir la survie de la famille restée au pays.
• Les malheurs des Marocains.
La jeunesse marocaine préfère la noyade à la vie dans son pays. Et c'est un phénomène de masse. Plus de 60 Marocains ont péri au large des côtes tunisiennes en début de semaine. Les immigrants clandestins qui se trouvaient à bord de l'embarcation avaient tous entre vingt et trente ans et avaient payé entre 10 et
20 000 Dh aux passeurs.
La police tunisienne a, ensuite, arrêté près de 120 candidats marocains qui attendaient, eux aussi, d'embarquer pour Lampedusa ou une autre île italienne. Une troisième tentative a pu être avortée à El Haouaria, sur la côte Est de la Tunisie, douze Tunisiens y étaient impliqués.
Corps
Selon les statistiques tunisiennes, environ 30% des clandestins sont Tunisiens, tandis que les 70% restants sont Maghrébins, ou ressortissants de l'Afrique subsaharienne et même depuis peu des Indiens, des Bangladeshis, parfois convoyés par le Polisario via la Mauritanie.
Bien sûr, si l'on ne prend en compte que les 2000 candidats interceptés chaque année, le drame peut paraître circonscrit, mais en fait, on peut imaginer que pour un clandestin arrêté, dix ont pu passer. Et cent autres familles amassent patiemment le prix du « passage » ; car les jeunes ne sont pas tous des gamins fugueurs qui disparaissent un matin pour réapparaître à Malaga ou Libourne. Les familles investissent dans ce défi à la mort car elles n'en peuvent plus de voir leurs enfants se morfondre dans le dénuement et l'inaction, et souvent, c'est la seule manière de garantir la survie de la famille restée au pays.
Seule l'arme de la répression a été utilisée jusque-là. Il semble qu'officiellement, on évite soigneusement d'évoquer ces corps que la mer rejette autrement qu'en fin de journal télévisé.
Nous entrons dans une phase délicate de la coopération entre l'Espagne et le Maroc. Nous avons souscrit des engagements clairs, parmi ceux-là, nous avons promis de tout faire pour stopper l'hémorragie. Nous nous sommes engagés devant nos partenaires à lutter véritablement contre le phénomène. Les autorités marocaines sont en train de verrouiller le Nord. Les arrestations et les arraisonnements se multiplient dans le Détroit. Mais aucun programme informatif sur nos chaînes de télé, personne ne daigne sensibiliser les familles ou les associations. Les réseaux se sont réorientés vers la filière tunisienne. Ils n'ont eu aucun mal à retracer d'autres itinéraires avec le Maghreb. Et nous « héritons » aussi des mal lotis d'Afrique et d'Asie que nos voisins nous refilent avec empressement. Mais les pays du nord de la Méditerranée gèrent ce drame humain d'une manière expéditive.
Pour le HCR, les autorités italiennes traitent ce douloureux problème sans états d'âme : beaucoup de candidats malheureux sont expulsés vers la Libye « sans qu'une procédure adéquate ait été conduite pour déterminer leurs éventuels besoins en matière de protection ». Alors que tous ceux qui demandent l'asile ont droit à une procédure équitable permettant d'établir leurs besoins en matière de protection internationale».
Leurre
Plus inquiétant encore, l'Union européenne, désarmée devant l'ampleur du problème, cherche à s'en décharger sur les pays de la rive nord de la Méditerranée en lançant l'idée de la création de «camps de transit» dans les cinq pays du Maghreb. Ces camps représentent le plus haut degré de mépris de la personne humaine que l'on puisse atteindre. Ces camps de « premier tri » destinés à « examiner» les demandes d'immigration «justifiées » pour éviter l'immigration sauvage. Un leurre.
Ces camps ne feront qu'attirer des centaines de milliers de désespérés dans cette loterie. Les statistiques européennes parlent pourtant d'elles-mêmes : dans dix ans, l'Europe aura besoin, pour faire face au vieillissement de sa population, de la main d'œuvre non-européenne. Et quoi qu'il en soit, pour éradiquer le fléau, il faut le prendre à la racine. Tant que nous regarderons la prospérité occidentale comme un Eden comparé au sud du Détroit où le chômage et la perte des repères ont fabriqué une nouvelle race de jeunes, déterminés à braver les vagues et tenter l'aventure pour vivre le rêve illusoire d'une Europe grasse et prospère où il suffit de sortir dans la rue pour trouver un travail miraculeux et devenir riche en quelques semaines.
La solution de la dignité indique aux pays d'origine, à commencer par le nôtre, d'interdire à tout citoyen de se transformer en mendiant international. Il faut expliquer aux futurs noyés pourquoi peu d'ex-clandestins ont vraiment réussi à trouver un emploi digne de ce nom, une vie plus respectable.
Soit on s'enrichit en marge de la loi soit on s'abonne au chômage puis au chapardage avant d'intégrer pleinement l'illégalité. Nos « brûleurs » finissent souvent dealers, gibier de négriers ou délinquants. Les berlines rutilantes que l'on voit en été, conduites par des jeunes frais émoulus de la campagne, ont été acquises plus vraisemblablement par la petite criminalité que le travail d'arrache-pied dans les champs de tomates et les chantiers borgnes.
Réseaux
Maintenant, nous avons nos régions exportatrices de clandestins, des réseaux rôdés et une masse humaine, un immense réservoir à clandestins où le geste désespéré s'est absolument banalisé. On en parle comme des études supérieures ou d'un stage qui donnerait enfin droit à ne plus crier famine. Les réseaux de l'émigration clandestine utilisent les mêmes filières que le terrorisme. En luttant contre l'une, on lutte contre l'autre. Il est bon de donner aux partenaires des garanties sur notre volonté de mettre un terme à ce flux migratoire qui précède un peu les futurs besoins de l'Europe.
C'est peut-être là une clé du problème, abandonner la thèse trompeuse de « l'immigration zéro ». C'est en partie grâce aux immigrés que l'Europe s'est bâtie, la politesse serait de ne pas traiter leurs enfants comme du bétail.
Les vedettes de la gendarmerie royale et les garde-côtes espagnols sillonnent le détroit de Gibraltar. Une interminable partie de cache-cache se poursuit. On traque les embarcations de fortune, contraignant les damnés de toute l'Afrique à ruser indéfiniment en attendant de poser enfin le pied sur le sol d'un faux El Dorado.