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Les femmes journalistes se sont imposées dans la presse par leur talent, leur plume et leur abnégation pour arracher une reconnaissance tant attendue. Les femmes prennent le quatrième pouvoir
Publié dans MarocHebdo le 22 - 07 - 2005

Les femmes journalistes se sont imposées dans la presse par leur talent, leur plume et leur abnégation pour arracher une reconnaissance tant attendue.
Les femmes prennent le quatrième pouvoir
Maria Moukrim. Une enquêtrice qui dérange.
Le 8 mars, journée internationale de la femme, certaines publications ont pour coutume de nommer, symboliquement, une journaliste au poste de rédacteur en chef. Drôle de pratique. Comme si la femme ne pouvait pas être rédactrice en chef les 364 jours restants de l'année. Aussi désolant que cela puisse paraître, c'est encore la réalité de la presse marocaine. Le métier est resté pendant de longues décennies entre les mains des hommes et des hommes seulement. Et quand les femmes se sont décidées à leur forcer la main, par leur talent, la beauté de leurs plumes et leur abnégation, on leur a bloqué l'accès aux postes de responsabilité. Cependant, les exemples ne manquent pas de femmes journalistes ayant arraché la reconnaissance tant au niveau national qu'international. Si certaines restent dans les rubriques société et cultures, d'autres sont allées vers la chasse gardée des hommes comme la politique, l'économie et le sport. Et la liste est très longue des femmes journalistes qu'on ne présente plus, à force de les voir tremper leur plume dans leur culot.
Kaïma Beloûchi avec Mme Meliani, (Saïda Leila)
Khadija Ridouane, Narjis Reghaye et Fatiha Layadi sont parmi ces journalistes qui ont marqué de leurs signatures les rubriques politiques d'illustres journaux de la place, longtemps réservées à l'homme. D'horizons différents, leurs chemins ont fini par se croiser dans le milieu politique, connu pour son machisme, après avoir enjambé de nombreuses entraves.
«Il y a quelques années, le fait pour une femme d'exercer le journalisme politique faisait sourire, ricaner même, plusieurs hommes, puisque cette rubrique s'adresse aux leaders d'opinion», raconte Khadija Ridouane. «En 1996, je me suis adressée à M'hamed Boucetta pour un entretien lors du débat sur la constitution, il m'a répondu avec un sourire: rappelez mon secrétariat, on verra».
Khadija Ridouane.
Cette diplômée de l'Institut supérieur de journalisme a commencé sa carrière comme correspondante de la RTM Chaîne Inter à Casablanca. «En 1987, tendre le micro à un ministre était inimaginable. Mais la radio a été une grande école pour moi», explique Khadija avec nostalgie. Elle fit également la découverte de Maroc Hebdo International. C'est en intégrant cette publication que son premier contact avec la politique, milieu alors fermé aux femmes s'est fait. «Depuis, la politique me colle à la peau, jusqu'à ce jour avec le Matin». Résister à la pression et au harcèlement moral était le défi quotidien de cette journaliste à qui les collègues avaient fini par donner un surnom de garçon. Tant à supporter leurs mauvaises plaisanteries, autant faire comme eux. A la force de son combat personnel, elle a réussi à se forger un nom dans la rubrique politique.
Fatiha Ahbabaz
Débordante d'énergie, Narjis Reghaye n'a pas la langue dans sa poche. Elle écrit comme elle sent, sans le moindre complexe. Des fois même, avec un courage poussé, quitte à déplaire à certains politiciens.
Elle fait partie des rares journalistes de la presse écrite à s'être spécialisée dans l'actualité politique, avec tous les risques que cela comporte. Ayant suivi une formation de journaliste, son professionnalisme a fait ses preuves. Totalement impliquée dans son métier, qu'elle pratique sans concession, ses articles et reportages ont fait régulièrement la Une du quotidien Le Matin.
Quant à Fatiha Layadi, si elle a viré vers la communication, elle doit sa célébrité à sa longue carrière de journaliste. D'abord, à la TVM, en 1986, puis au sein de la rédaction d'Al Bayane, où elle anime la rubrique de l'actualité politique. Elle effectue également un passage au Matin puis à l'hebdomadaire La Vérité dont elle fait partie de la première équipe.
Après la presse écrite, Fatiha Layadi devient rédacteur en chef du Journal Télévisé français de 2M. En 1998, elle publie, avec sa consoeur Narjis Reghaye, le livre « Maroc, chronique d'une démocratie en devenir : les 400 jours d'une transition annoncée». En 2003, la consécration arrive enfin avec sa nomination au poste de Directeur de la communication au ministère de la Communication.
Nadia Lamlili
Pour Nadia Lamlili, journaliste à l'Economiste depuis 7 ans, le métier lui procure une satisfaction personnelle. « La Femme a fait ses preuves dans le métier. Elle est plus organisée, engagée et motivée », explique celle qui vient d'être primée par la chaîne de télévision américaine CNN, le 25 juin 2005 au Kenya pour un article d'analyse sur l'émigration clandestine, intitulé «Quand je serai grand, je veux être migrant». Elle est ainsi la première journaliste marocaine à remporter ce prix dans la catégorie «Presse écrite francophone». Après des études supérieures à l'institut de journalisme, Nadia Lamlili enrichit sa formation sur le fonctionnement des institutions européennes à Bruxelles puis en techniques journalistiques à Dakar. Malgré son parcours prometteur, Nadia déplore une certaine discrimination au sein des rédactions, puisque les postes de responsabilité sont plus facilement accessibles aux hommes. « Le secteur n'est pas réglementé et les entreprises de presse ne font pas évoluer le journaliste s'il manque de motivation». Dans la presse arabophone, plus conservatrice encore, on se plaint davantage, à quelques exceptions près. À 29 ans, Maria Moukrim de l'hebdomadaire arabophone Al Ayam a fait ses marques comme journaliste de terrain. Elle fut récompensée par le grand prix de la presse pour la meilleure enquête sur «la fortune de Hicham Basri» en 2004. D'après Maria, ses enquêtes dérangent souvent les responsables. Elle s'est penchée, tour à tour, sur les affaires de la DST, celles des généraux et des réseaux de prostitution. Cette journaliste au regard tranchant est, selon tous ses collègues, bourrée de talent. «J'ai couru beaucoup de risques en menant mes enquêtes. J'ai même été menacée à plusieurs reprises. A vouloir trop parler, on veut vous faire taire. Mais travailler dans une publication qui motive ses journalistes est une aubaine», constate-t-elle. Cette nouvelle génération de journalistes professionnelles, fortes d'un nouveau statut, souhaite assumer, au sein de la presse, un rôle de témoin affranchi, voire d'acteur de la vie politique, économique, culturelle et sociale. Si à la presse écrite, les femmes peinent à arracher la reconnaissance, les médias audiovisuels leur offrent la possibilité de se distinguer plus facilement. Etre une femme est un avantage à l'antenne, car le téléspectateur est plus attiré par un visage féminin. S'il est accroché par l'image, il reste sur la chaîne. Même constat pour la radio, où les voix féminines sont plus captivantes.
Fatiha Ahbabaz est un bel exemple de la percée de la femme à la télévision. Célèbre présentatrice sur la deuxième chaîne du journal télévisé arabophone de 12h45 qui enregistrait les meilleurs taux d'audience, elle est diplômée de l'Institut Supérieur de Journalisme et a intégré la chaîne 2M en 1989, en qualité de réalisateur exécutif. En 1993, elle est nommée rédactrice en chef arabophone. Ses émissions «Daïf Khass» ou encore «Bidoun Ounwane» ont rencontré un grand succès auprès des téléspectateurs. Fatiha Ahbabaz fut récompensée par Khmissa dans la catégorie Médias en 2004.
Dans le même registre, Kaïma Beloûchi, animatrice de la TVM et grande gagnante de la compétition Khmissa en 2005, doit sa popularité à la presse sportive, un terrain jalousement gardé par les hommes. Elle fait même l'exception dans ce domaine, et tente de combler la sous-représentation de la femme en matière de presse sportive à la télé, à la radio ou dans la presse écrite.
Le point commun entre ces professionnelles de l'information, c'est la passion des faits et le désir de les transmettre à un public toujours plus exigeant. Salma Mhawed, jeune journaliste qui a cumulé l'expérience de la presse écrite et de la télévision, peut en témoigner. Trente ans à peine, une lueur de défi dans son regard, et déjà une riche expérience, Salma aime son métier et se bat pour le perfectionner. Pourtant, diplômée de l'ISCAE, elle a atterri dans le monde de la presse par hasard. «J'ai eu la chance de vivre des expériences inédites, d'abord avec l'équipe jeune du «Journal» en 1998, puis avec le magazine Télé Plus, qui démarrait en nouvelle formule», explique-t-elle. Salma Mhawed est ensuite correspondante du Mensuel Afrique Magazine aux Etats-Unis pendant 2 ans. Elle jongle entre l'économie, la société et la politique. Elle rentre au Maroc juste avant le 11 septembre pour participer à la création du magazine Tel Quel, où elle est rédactrice en chef. Elle décide de marquer un léger changement dans sa carrière et rejoint 2M pour être journaliste à la rédaction francophone, puis dans l'émission Grand Angle et «Moubacharatan Maâkoum». "Être une femme n'a jamais été une réelle entrave dans sa carrière. Le journaliste doit s'adapter à son environnement", déclare Salma Mhawed.
Sans conteste, la presse attire de plus en plus des jeunes femmes qui ont du caractère. Et pour preuve, l'Institut supérieur de l'information et de la communication (ISIC), forme chaque année des promotions de journalistes où les jeunes femmes sont majoritaires. Les lauréates de l'ISIC sont toutes bourrées de talent. Elles ont su rapidement se tracer une voie que ce soit dans la presse écrite ou dans l'audiovisuel: Fadoua Ghannam et Qods Chabaâ du quotidien Aujourd'hui le Maroc, Lamia Bouzbouz de la Gazette du Maroc, Najlae Benmbarek qui collabore avec la Vie Economique après un passage à Maroc Hebdo International, Hajar Dehani du Matin ou encore Ghizlane Taïbi de 2M, pour ne citer que celles-là.
Pour les femmes journalistes, la presse pourrait connaître un jour meilleur. L'enjeu majeur réside en la modernisation et la professionnalisation des entreprises de presse par la formation, la qualification et la valorisation des journalistes. La liberté de la presse en dépend et elle passera inéluctablement par la libération de toutes les plumes, tous genres confondus.