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Les Palais du Roi
Publié dans MarocHebdo le 23 - 09 - 2005


Quelle utilisation, quel coût, quel avenir?
Quarante-quatre verres, deux carafes en cristal, huit soucoupes, quatre seaux à glaces, deux théières et trois chandeliers en argent, ainsi que quelques objets en aluminium… Ce sont-là, entre autres objets disparus, quelques-unes des pièces manquantes énumérées dans l'inventaire établi par André Germain, le conservateur du palais royal de Marrakech, après la récente affaire de vol qui a touché ce palais. Et nul besoin d'être un initié pour connaître cette liste. Il suffit pour cela de lire la presse qui s'est emparée de cette affaire, détaillant à longueur de colonnes tous les détails, des plus anodins aux plus croustillants.
On a ainsi découvert que les verres utilisés dans les palais royaux étaient en cristal, tandis que les couverts sont en argent et non pas en or massif serti de joyaux comme le rapportait la rumeur.
Depuis l'avènement de Mohammed VI et son règne marqué par une incontestable ouverture, les Marocains semblent mieux informés sur ce qui se passe au sein des palais.
Aujourd'hui, n'importe quel quidam peut disserter des heures durant sur l'affaire du palais de Marrakech ou celui d'Agadir, dont le conservateur, le colonel-major Mustapha Hilali fut inculpé en 2004 pour détournements et de malversations estimés à plusieurs millions de dirhams. À Casablanca, on prédit un imminent scandale au sein du palais royal de Derb Sultan, dont l'ancien conservateur, Houcine Zerbane, aurait été soumis à enquête. En somme, de plus en plus d'informations filtrent désormais sur la gestion des palais. Chose qui était impensable du temps du défunt roi Hassan II sous le règne duquel les voies du palais étaient impénétrables. Rares en effet étaient les privilégiés qui pouvaient prétendre avoir ne serait-ce qu'un semblant d'idée sur l'argenterie royale. Que dire alors du fonctionnement et de la vie au sein des palais royaux dont le secret ne pouvait être percé que par les plus proches du Roi.
SM. Mohammed VI recevant
le couple royale d'Espagne à dîner
De tout temps, les palais royaux ont en effet attisé la curiosité des masses. Tout ce qui les touche de près ou de loin devient solennel, sacré et plein de symbolique. Lieux exclusifs de la Baïaa, cette cérémonie annuelle d'allégeance qui se déroule chaque année dans l'un ou l'autre palais royal, ils symbolisent le pouvoir, la grandeur et l'opulence. Ils suscitent dans l'imaginaire populaire nombre de fantasmes, parfois les plus rocambolesques. La rue marocaine évoque des lieux dignes des mille et une nuits. On spécule sur le nombre de femmes et de courtisanes qui vivent dans les harems royaux. On attribue à tel palais sa robinetterie en or massif, à tel autre palais ses centaines de chambres et ses dizaines d'immenses salles et salons tapissés de riches soieries, ses piscines olympiques et ses jacuzzis en marbre de Carrare. On imagine avec délectation les buffets fastueux qui sont renouvelés en permanence en prévision des visites impromptues du roi. Des buffets constitués des mets les plus délicats fournis par des traiteurs aussi renommés que Hédiard, Le Nôtre ou Fauchon dont le Palais royal est l'un des clients les plus fidèles. On se souvient de ce jeune journaliste sénégalais qui demande à feu Hassan II le coût du somptueux buffet dressé lors d'une conférence de presse organisée au palais royal de Marrakech. Ce à quoi le Roi défunt répondra avec un humour teinté de cynisme : «Ne vous en faites pas, on ne vous présentera pas l'addition».
Le palais de Rabat,
lieu traditionnel de la Baïaa
En effet, les palais royaux sont des lieux somptueux qui abritent fastes et merveilles. Mais on s'en doute, dans les récits au ton presque homérique qui circulent parmi les gens, l'imprécision le dispute souvent à l'exagération. Confondant palais royaux, maisons d'hôtes et résidences royales, on a ainsi pour coutume de dire que le royaume marocain compte une quarantaine de palais disséminés sur l'ensemble de son territoire. La réalité est tout autre. Car pour avoir l'attribution "palais royal", certaines conditions sont requises. Contrairement aux résidences qui sont souvent des propriétés de la famille royale, les palais royaux font en effet partie de la chose publique et leur gestion relève d'une administration basée à Rabat. En l'occurrence, le fameux ministère de la Maison royale, du protocole et de la chancellerie. Ministère sans ministre, notamment depuis la disparition de Moulay Hafid Alaoui à la fin des années 80, ce département spécial dépend directement du Roi et non pas du gouvernement. Il est soumis à ce propos à la supervision du directeur du secrétariat particulier du Roi, Mounir El Majidi, qui serait d'ailleurs le commanditaire de la vague d'audits draconiens effectués ces derniers temps dans l'ensemble des palais royaux. Actuellement, le ministère de la Maison royale est dirigé par Abdelhaq Lamrini, qui, sans avoir la qualité de ministre, demeure le chef incontesté du protocole royal. Entre autres charges, il est responsable de la gestion des palais royaux, une quinzaine tout au plus.
Chapeautés tous par des conservateurs, ces palais disposent en outre d'officiers intendants. Généralement des officiers supérieurs de l'armée qui ont pour mission d'assumer la direction et la gestion des ressources matérielles, financières et humaines du palais royal. Chaque palais regroupe à ce propos plusieurs corps de métiers, dont des médecins et des infirmiers pour l'indispensable dispensaire royal, des comptables, des chauffeurs et une foultitude de serviteurs et d'employés chargés de l'entretien du palais et de ses dépendances. Pour ce qui est de la sécurité, elle est confiée à quatre corps d'armes, en tête desquels on retrouve la fameuse garde royale, suivi par les paras des FAR, les éléments de la gendarmerie royale et ceux de la sûreté nationale.
De par leur taux de fréquentation, mais aussi à travers certains faits marquants qui jalonnent leur histoire, quelques-uns de ces palais royaux sont plus célèbres que d'autres. En tête de ceux-
ci, celui de Rabat dont la notoriété est due à l'activité foisonnante qu'il abrite. Véritable centre de décision, ce splendide édifice bâti en 1864, qui s'étend sur plusieurs hectares au beau milieu du quartier Touarga, compte en effet divers bâtiments dont le Cabinet royal, les bureaux du Premier ministre, la Cour suprême, le Collège royal, la Caserne royale. Mais il est surtout le lieu de travail de Sa Majesté Mohammed VI. Outre les fréquentes cérémonies d'allégeance, ainsi que les visites de chefs d'Etat et autres illustres personnalités, son histoire récente fut marquée par deux événements majeurs : les funérailles de feu Sa Majesté Hassan II, en juillet 1999, et le mariage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, en juillet 2002.
Une vingtaine de kilomètres plus au sud, le palais de Skhirat restera marqué dans l'imaginaire collectif par la tentative de coup d'Etat qui y eut lieu en 1971. Un événement tragique qui n'enlève cependant rien au charme majestueux de ce palais bâti en flanc de mer, constitué de plusieurs bâtiments épars et qui abrite un superbe terrain de golf. Toujours vers le Sud, on retrouve la même ambiance maritime et décontractée dans le palais royal de Bouznika, une région connue pour son micro climat et dont le palais, de récente construction, figurait parmi les lieux de villégiature préférés de feu Sa Majesté Hassan II. Surtout pendant les dernières années de son règne. Le palais royal de Casablanca fut, quant à lui, le théâtre de plusieurs événements majeurs à rayonnement national et international. On en citera à titre d'exemple le sommet fondateur de l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI) en 1969, suite à l'incendie criminel de la mosquée Al Aqsa. Et aussi la visite historique du pape Jean-Paul II en 1985, la première du genre en terre d'Islam.
Véritable joyau de l'architecture niché dans la vieille médina, le palais royal de Marrakech s'étend quant à lui sur plusieurs dizaines d'hectares. Ses immenses esplanades, ses jardins luxuriants et ses somptueuses salles dorées richement décorées en font l'une des merveilles du monde. Et lorsque ces murs abritèrent la signature du traité constitutif de l'Union du Maghreb Arabe (UMA), le 17 février 1989, puis la conférence ministérielle du GATT, le 15 avril 1994, son aura n'en fut que plus grande. Une aura que ce palais partage avec ceux de Fès et d'Ifrane qui, à différentes reprises, accueillirent des rendez-vous internationaux majeurs de l'histoire contemporaine du Maroc et de la région.
À Fès, ce fut le 12e sommet arabe en septembre 1982 qui restera dans les mémoires, avec la fameuse accolade entre les deux frères ennemis de l'époque : l'ancien président syrien Hafez Al Assad et le président irakien déchu, Saddam Hussein. À Ifrane, perché sur les cimes du Moyen-Atlas, le palais Royal doit sa notoriété aux multiples tractations secrètes avec des responsables israéliens qui s'y déroulèrent.
Ce fut ainsi le cas en juillet 1986 avec la visite de Shimon Péres. Et, une dizaine d'années auparavant, avec celle du général Moshe Dayan.
Aujourd'hui, lorsqu'il se déplace dans le Nord du pays, notamment à Tétouan, Mohammed VI préfère séjourner dans sa résidence de Mdiq, plutôt qu'entre les murailles du fastueux palais de Tétouan, un édifice au style hispano-mauresque bâti au XVIIème siècle.
Car, aussi étrange que cela puisse paraître, à l'inverse de son défunt père, l'actuel Roi du Maroc ne fréquente que parcimonieusement ces palais somptueux auxquels il semble préférer l'intimité et la chaleur de résidences moins spacieuses et, surtout, plus discrètes.
C'est ainsi que, juste après son accession au trône, Mohammed VI continuait à loger dans Les Sablettes, sa résidence de Salé située sur la route de Tanger. Une résidence qu'il changera tout récemment contre une autre, plus intime, située à Rabat parmi les ruelles du très huppé quartier Souissi, où il réside avec son épouse, la princesse Lalla Salma et leur fils, le prince héritier Moulay Hassan. à Casablanca, le couple royal séjourne dans sa villa des hauteurs d'Anfa. Pour ce qui est des palais royaux, et sauf quelques rares exceptions, le Souverain actuel semble les prédestiner à une seule et unique fonction : des espaces de travail et non plus des lieux de plaisance et de villégiature comme c'était le cas du temps de ses ancêtres. Même les somptueuses fêtes et festins qui étaient régulièrement organisés dans les palais, et vers lesquels des personnalités du monde entier accouraient, se font de plus en plus rares.
Mais ce n'est pas pour autant que toute vie cessera au sein de ces palais. Des milliers d'employés continuent à y travailler. Ils y mènent un train de vie normal ponctué, de temps à autre, par les rares passages du souverain.
À Casablanca, on parle de l'inauguration prochaine d'un musée ouvert au public au sein même du palais royal de Derb Soltane. Auquel cas, ce serait la première fois qu'un palais royal ouvrirait ses portes au public.
Une véritable révolution qui augure d'un cheminement comparable à celui de la France et l'Angleterre où d'illustres palais tels que celui de Versailles et Buckingham Palace sont devenus de véritables attractions touristiques fréquentées chaque année par des centaines de milliers de touristes venus des quatre coins du globe.
Tel un voyage dans le temps et l'histoire, ils paient leurs tickets pour pouvoir plonger, le temps d'une visite, dans le faste des cours royales.