CAN 2019 : Les Lions de l'Atlas domptent le Cameroun, victoire historique    Journée mondiale du diabète : Le bilan de ce côté-ci est alarmant    Les tarifs du TGV Al Boraq sont très abordables selon Rabie Khlie    Jets de piment et de fournitures de bureau au parlement sri-lankais    Julian Assange inculpé aux Etats-Unis, selon WikiLeaks    El Othmani : GMT+1, les protestations spontanées des élèves contre sont «compréhensibles»    Rabat: Remise de certificats et trophées aux lauréats du Cycle international de formation en diplomatie    Facebook lance une « cour d'appel » pour contenus controversés    El Othmani en Ethiopie pour un sommet extraordinaire de l'UA    Les défis de la mondialisation    Brexit : Theresa May réconfortée par des soutiens de poids dans son gouvernement    Météo : Une semaine pluvieuse en perspective    Le PLF 2019 adopté à la majorité par les représentants    Benatia : Gagner pour ne pas jouer la survie au Malawi    11 personnes inculpées dans le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi    Le groupe OCP reçoit la médaille d'or HSE à Pékin    Finale de la Coupe du Trône / WAF-RSB : Qui aura le dernier mot ?    Immigration irrégulière. L'Espagne interdit les go-fast    Lo Celso restera sûrement à Betis    Crédit agricole du Maroc. Démarrage de la 5e session d'éducation financière    Maroc-Algérie. Guerre de lobbying à Washington    La Chambre des représentants approuve la première partie du projet de loi de finances 2019    Lancement de l'opération Riaya en faveur des zones touchées par la vague de froid    L'Afrique et le Maghreb ont leur TGV !    Signature d'une convention et suivi de plusieurs projets : Aziz Akhannouch au chevet de l'Oriental    Spotify : Le service de streaming musical arrive au Maroc    Santé. Le secteur attend un traitement de choc    Le Maroc nommé président de l'Observatoire Africain de Sécurité Routière    Mohammed VI-B bientôt dans l'espace    Un show pour valoriser les inventeurs arabes    Bachir Demnati: Un oublié de l'histoire de l'art au Maroc    Fayez al-Sarraj fustige l'hypocrisie européenne sur les migrants    News    Driss Lachguar reçoit une délégation de l'OSPAA    Ligue des Nations : Löw promet de poursuivre le rajeunissement de la Mannschaft    N'Golo Kanté, salarié "normal", a renoncé à un montage offshore    Prisme tactique : Trois pistes pour conjurer le sort    Mohamed Benabdelkader : L'administration, pilier de tout développement économique    Rencontre sur le judaïsme marocain : "Marocains juifs, des destins contrariés" projeté à Marrakech    Présentation à Rabat de la pièce de théâtre chorégraphique "Les hommes meurent mais ne tombent pas"    Création de trois prix régionaux de littérature dédiés à l'enfant    Evénement biennal organisé par l'association Racines : Les états généraux de la culture font escale à Tiznit    1er Forum africain de la sécurité routière. Vivo Energy partenaire    El Khalfi : Vers une refonte du financement public des associations    INDH : 46 millions de DH mobilisés pour la province de Laâyoune    L'écrivain El Miloudi Chaghmoum va à la rencontre des prisonniers de Kénitra    Commémoration du 63ème anniversaire des Trois glorieuses    La maladie de Parkinson au cœur d'une journée organisée par le ministère chargé des MRE et des Affaires de la migration    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Alcool au Maroc, un ma rché qui rapporte gros
Publié dans MarocHebdo le 22 - 01 - 2010

POLEMIQUE: La vente et la consommation d'alcool par les Marocains crée un débat passionné qui omet que rien que pour l'année 2010, ce sont 110 milliards de centimes que l'Etat prévoit d'encaisser en taxes. Une véritable manne financière.
Mercredi à 19 heures dans une superette du centre ville de Casablanca. On commande plusieurs bouteilles de vin, quelques bières et une bouteille de bourbon. Le caissier encaisse le total sans faire allusion à la fatwa du théologien proche du PJD. Il ne le savait peut-être pas. On le met au courant. Il en rigole. «C'est de la folie.» Laconique et clair. Pourquoi est-ce une folie? «Le plus grand du chiffre d'affaires se fait grâce à la vente d'alcool. L'Etat taxe à bloc et ce sont surtout les Marocains qui consomment.» Autrement dit, pour le caissier, on ne tue pas la poule aux œufs d'or, à moins que l'on soit fou.
Et l'Etat ne l'est pas. Rassurant pour le tenancier de l'épicerie, qui ajoute que sans sa licence de vente d'alcool et spiritueux, il aurait déjà changé de métier. On lui dit aussi qu'il y a d'autres voix qui militent pour abroger la loi sur l'interdiction de la vente d'alcool aux Marocains. Il en sourit : «C'est la liberté, donc !».
Il est 19 heures 30mn, le coin réservé aux vins, bières et autres vodka, pastis, whisky et quelques tord boyaux locaux est archi-bondé. Dans le tas, un Européen qui fait ses emplettes. Le reste, Marocains pure souche. «C'est tous les jours comme ça. Entre 18 et 20 heures (les épiceries qui vendent de l'alcool sont tenues de descendre les rideaux à 23h tapante), c'est l'heure de pointe. On achète du vin avant de rentrer chez soi. Et c'est de plus en plus fort depuis quelques années.»
Boire de plus en plus
Et c'est dans l'air du temps. Le Maroc produit du vin. Il fabrique aussi sa propre bière. Et lance des spiritueux douteux très couleur locale, entre mahia (eau de vie) et pastis. En termes de chiffres, sur le plan de la production viticole, le Maroc produit annuellement moins de 400.000 hectolitres, loin des 3 millions réalisés dans les années 60.
Selon un producteur viticole et membre de l'Aspram (Association professionnelle des producteurs de raisins), «la consommation des boissons alcoolisées est d'environ 300.000 hectolitres par an». Mais si l'on en croit une source proche des Brasseries du Maroc, la consommation d'alcool au Maroc a augmenté de 3,5% à 6% entre 2006 et 2008. Cette croissance, supérieure à 50% sur les deux dernières années, est essentiellement portée par la tranche des jeunes de moins de 20 ans.
Ce qui confirme la constatation de l'épicier, qui avoue «jamais je ne demande à quelqu'un sa carte d'identité pour m'assurer de son âge. Il y a des jeunes qui achètent tous les jours ici. Je suppose qu'ils ont au moins 18 ans.» Erreur. L'article 30 d'une loi sur l'alcool promulguée en 1967 stipule qu'il est interdit de vendre de l'alcool à des mineures de moins de 16 ans sous peine d'emprisonnement d'un mois à deux mois assortie d'une amende entre 24 et 360 dirhams.Mais l'article 31 de la même loi est ambigu.
Il dit que toute personne qui donne de l'alcool à un mineur de moins de 16 ans jusqu'à l'ivresse est passible d'un mois à six mois de prison et d'une amende entre 100 et 1.000 dirhams.
C'est le «jusqu'à ivresse» qui pose problème ici. Est-il alors permis de faire boire des mineurs à condition de ne pas les enivrer? Oui et non. Les mineurs boivent, se grisent, deviennent accros, violents et même alcooliques.
Les jeunes trinquent
Plusieurs psychiatres marocains ont fait état des ravages dus à la consommation d'alcool chez les jeunes Marocains. Sans oublier que certaines boîtes de nuit ne sont pas regardantes sur l'âge des consommateurs, pourvu que l'on casque. Idem pour les épiceries, où l'on peut, pour l'expérience, envoyer un gamin de 10 ans vous acheter un stock de vins et de bière sans faire tiquer le marchand. Ceci pour un enfant! Alors que la loi, datée du 26 juillet 1967, dans son article 28 semble claire: «Il est interdit à tout exploitant d'un établissement soumis à licence de vendre ou d'offrir gratuitement des boissons alcooliques ou alcoolisées à des marocains n n n musulmans. Les infractions aux dispositions qui précèdent sont punies de l'emprisonnement de 1 à 6 mois et d'une amende de 300 à 1500 dirhams ou de l'une de ses deux peines seulement. En cas de récidive, les peines d'emprisonnement et d'amende prévues ci-dessus peuvent être portées au double». (Bulletin officiel n° 2856, du 26/07.1967)
Une véritable économie
C'est ce qui a peut-être poussé un homme d'affaires marocain comme Miloud Chaâbi à créer des grandes surfaces qui ne vendent pas d'alcool. Et, dans la foulée, il a lancé la mode des hôtels sans alcool. Le fait paraît bizarre, mais l'idée en termes de marketing se tient et rapporte. Le propriétaire assurait même que «ne pas servir d'alcool n'a nullement d'impact négatif sur le flux des touristes.» Et le tourisme halal a pris place.
Mais qu'en est-il réellement du vin dans l'échiquier économique du Maroc? D'abord la licence d'alcool. Elle ne relève d'aucun ministère, mais sort droit du Palais. C'était au temps de feu Hassan II et elle est toujours en vigueur.
La loi permet au directeur de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) de donner l'autorisation grâce à un comité constitué d'un représentant du ministère de l'Intérieur, un membre du ministère de la Santé publique, un membre du ministère du Commerce, un autre représentant le ministère du Tourisme et un délégué de la DGSN. Il est très difficile d'obtenir cette licence, mais quand on l'a, on est heureux parce que les retombées matérielles sont à la hauteur des sacrifices consentis.
Car tout ce qui touche aux alcools est une véritable économie adossée à une industrie qui rapporte au pays des milliards de centimes par an en taxes sur l'alcool. Sans oublier que le ministère de la Justice remplit aussi ses caisses grâce aux amendes car, selon une source du ministère pas moins de 85% des affaires traitées quotidiennement devant les tribunaux ont à voir avec l'alcool. Selon le ministère des Finances, il est prévu en 2010 une rente en impôts sur les alcools de l'ordre de 110,6 milliards de centimes, contre seulement 791 millions de centimes en 2009. C'est dire que l'alcool a de très beaux jours devant lui avec cette hausse de 40% en un an. Ceci est dû à l'augmentation par le ministère des Finances en 2010 de la taxe prélevée sur les alcools. Pour la bière, elle passe de 550 à 800 dirhams l'hectolitre.
Pour les vins, la taxe passe de 260 à 390 dirhams. Pour les autres alcools, elle est désormais à 450 dirhams alors qu'elle était à 300. Ces dernières années, les domaines viticoles s'étendent sur plusieurs régions du Maroc entre le Saïss, Boulemane, Benslimane, Essaouira, Berkane… Ce qui se traduit par une production de 400.000 hectolitres par an. La part de l'export n'excède pas les 135.000 hectolitres alors que la consommation locale se stabilise à 265 hectolitres.
Les musulmans lèvent le coude
Alors qui boit au Maroc? Théoriquement, selon la loi, ce sont les étrangers du Maroc qui doivent consommer les 265 hectolitres destinés au marché local. Combien sont-ils donc? Selon les dernières statistiques, les étrangers du Maroc sont au nombre de 51.000. Une simple opération arithmétique nous montre que chaque étranger consomme uniquement 2 litres de vin tous les jours. Ce qui est impossible. Alors où va le reste? Pour répondre à une telle question, rien de tel qu'un tour dans le centre ville de Casablanca, entre la rue Allal Ben Abdelllah, Rahal El Meskini, Lalla Yakout, la rue du Prince Moualy Abdellah, Mers Sultan, Ben Jdia et Derb Omar.
Les bars sordides sont encore nombreux et ils ne débondent pas. Les habitués y boivent des litres de bière et de mauvais vin chaque jour et chaque matin, les camions des Brasseries du Maroc viennent faire le plein. Pas un étranger dans ces bars. Ou alors un paumé qui tente de se faire payer un verre à l'œil. Et c'est dans une tournée comme celle-ci que l'on peut mesurer le taux d'alcoolémie des uns et des autres. Presque tous les buveurs sont déjà alcooliques.
La bière tient son rang
Et le delirium tremens leur donne rendez-vous à chaque réveil. Le tout mâtiné de violences, coups et blessures où les épaves humaines payent le prix de la Flag et de la Stork à outrance. D'ailleurs, des statistiques ont démontré que le Marocain boit beaucoup. Pas moins de 131 millions d'hectolitres sont consommés par les musulmans du Maroc. Ce qui revient à 4,3 litres par an pour chaque Marocain. Ce sont 400 millions de bouteilles de bières qui sont sifflées pour 38 millions de bouteilles de vin, 1,5 million de bouteilles de whisky, 1 million de bouteilles de vodka, 500.000 bouteilles de gin et 140.000 bouteilles de champagne. Ce sont les 20 à 30 ans qui consomment le plus. Chez les femmes, le champagne tient la vedette. Et chez les jeunes, la vodka reste indétrônable. Se payer une bouteille de champagne entre 350 et 1.500 dirhams, n'est pas donné à tous les amoureux de l'alcool.
Par contre, la bière est la bibine de monsieur tout le monde. Pas moins de 60.000 points de vente au Maroc pour la bière. Ce qui équivaut à 4 épiceries pour 1.000 personnes en milieu urbain. Et comme on pouvait s'y attendre, selon des statistiques issues d'une étude réalisée par une grande marque de bière, ce sont les Casablancais et les R'batis, d'une moyenne d'âge de 40 ans, qui sont en pole-position des buveurs au Maroc. Et sur ce marché, les Brasseries du Maroc règnent en maître absolu. Leurs gains nets varient entre 284 millions de dirhams (2003) et 225 millions de dirhams (2009). Avec une année record, 2007, pour un chiffre de 343 millions de dirhams. La société contrôle 90% du marché marocain. Mais la figure du vin au Maroc reste Ibrahim Zniber, qui contrôle pas moins de 85% du marché marocain à travers Diana Holding, qui emploie 6.500 employés entre ouvriers et ingénieurs, qui ont porté les chiffres de la société à 2,5 milliards de dirhams.
Officiel, officieux
Ceci pour l'alcool officiel. Mais il y a l'officieux. Les distilleries clandestines ont toujours leur place au sein du marché. Elles en constituent même un petit marché parallèle. Ceux qu'on appelle communément “guerraba” fabriquent du vin rouge, mais surtout de l'eau-de-vie (mahia) et autres boissons anisées. Début janvier 2010, à Ben M'Sick à Casablanca, pas moins de 580 litres d'alcool frelaté ont été saisis dans un dépôt qui fournissait, entre autres clients, la région d'Oued Zem où sept personnes ont trouvé la mort en décembre 2009 pour avoir bu de l'alcool frelaté.
D'autres cas atterrissent aux urgences dans d'autres grandes villes. Il s'agit surtout de SDF et autres alcooliques démunis qui écument le macadam des villes mélangeant alcool à brûler (90%) et eau du robinet.
On en rencontre dans toutes les ruelles du centre ville, vautrés dans leurs vomis. Le pire, c'est que parmi eux, de nombreux jeunes et gamins ont déjà pris le pli de l'alcool très bon marché (6 dirhams la bouteille)