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Casablanca : le patrimoine Art-Déco en péril
Publié dans MarocHebdo le 26 - 03 - 2010

Casablanca compte le plus grand nombre de monuments Art Déco au monde. Pourtant, ces bâtiments, classés patrimoine national, sont détruits et remplacés par des buildings en béton qui défigurent le paysage urbanistique de la métropole.
L'immeuble de L'Imcama, au rond-point Saint-Exupéry. Un des rares monuments casablancais bien entretenus, construit en 1929.
Entre l'été 2007 et mars 2010, la ville de Casablanca aura perdu de nombreux monuments architecturaux qui faisaient sa fierté. En moins de trois ans, on a assisté à la destruction de l'Hôtel de la rue du Dr. Veyre. Il s'agit d'une villa R+2 surélevée de 2 niveaux et transformée en hôtel. Un projet autorisé, alors que ce type d'hôtel particulier fait partie du patrimoine protégé. Qui a délivré les autorisations en question? La réponse est entre les mains des autorités de la ville. D'autres bâtiments sont tombés sous les buldozzers: l'Immeuble de Pérotte et Balois de la rue Hassan-Ier; Immeuble Honneger; Immeuble de l'angle Bvd de la Résistance et Mohammed V; le Vélodrome; et la Gare Casa Port. Une razzia qui a défiguré le paysage urbain de Casablanca en toute impunité. Plusieurs architectes et spécialistes du patrimoine parlent d'une violation de la mémoire collective des Marocains. Pour des membres fondateurs de l'association Casamémoire pour la protection et la sauvegarde du patrimoine de la ville de Casablanca, tels que Monique Eleb, Jacqueline Alluchon et Fouzia Ejjawi, il s'agit d'un acharnement. Le tout soumis à la frénésie des spéculations immobilières dans une ville où le centre historique n'offre plus de terrains à la construction. On s'abat alors sur les bâtiments qui existent, villas, hôtels particuliers, immeubles signés par des maîtres de l'architecture et on les remplace par des buildings pseudo-modernes, sans caractère, qui contrastent avec le cachet initial de la ville. «Malgré des manifestations, des rencontres, et même des sit-in, les destructions vont bon train. Des autorisations sont délivrées et aucun retour en arrière n'est possible», souligne Fouzia Ejjawi, membre fondateur de Casamémoire, décorateur et spécialiste de l'architecture Art-Déco.
Dérives immobilières
La question qui se pose pour de nombreux citoyens est la suivante: comment peut-on détruire le patrimoine avec autant de facilité, faisant fi des règles, des lois et des classements établis par le ministère de la Culture, organisme de tutelle qui se doit de protéger ce patrimoine? Il ne faut pas chercher une quelconque réponse dans une explication “intellectualiste”. L'équation est simple: le patrimoine n'intéresse personne. Il y a d'autres priorités. D'ailleurs, on le voit bien à Rabat, où une muraille de plusieurs siècles a été détruite pour créer un passage pour le tramway. Les architectes marocains parlent d'une aberration qui ne serait jamais acceptée dans d'autres pays.
Autrement dit, le patrimoine architectural est le dernier des soucis des responsables. Un chantier est, semble-t-il, plus important que la protection de plusieurs zones urbaines de la ville de Casablanca, dont tout le centre fait partie du patrimoine national et mondial comme monument unique, d'un style architectural précis. Il s'agit de grandes signatures, celles d'architectes comme Marius Boyer, François Prieur, Elie Azagury, Jean-françois Zévaco, Paul Tournon… Ce sont là des noms qui ont laissé derrière eux de nombreuses villas et hôtels particuliers qui ont été bradés.
La suite est plus terrible quand on voit que la gare Casa-Port a été tout bonnement détruite alors qu'on aurait pu garder le bâtiment initial et faire toutes les transformations nécessaires pour créer une gare moderne. «Vous savez le moderne et l'ancien peuvent bien cohabiter et donner des résultats magnifiques. Il suffit d'une vision architectural et d'un concept urbanistique bien ficelé», ajoute Jacqueline Alluchon, architecte à Casablanca. D'autres sites de la ville sont menacés aujourd'hui. Il y a le vélodrome, le garage Volvo et d'autres villas et hôtels particuliers. Ceci sans parler des dizaines de bâtiments qui tombent en ruine faute d'entretien et de restauration. D'ailleurs, aujourd'hui, les architectes défenseurs du patrimoine savent que les alertes données ne servent à rien puisque les autorisations de démolition vont bon train.
Ceci dit, les 16 et 17 avril 2010, Casamémoire organise la journée du patrimoine à Casablanca. Une autre tentative d'expliquer aux autorités le rôle du patrimoine: «Aujourd'hui seules des lois peuvent arrêter ce type destruction», souligne Jacqueline Alluchon.
L'urgence des lois
Tombée en désuétude, très tôt, après la construction de la nouvelle ville, l'Ancienne Médina de Casablanca est aujourd'hui un tas de ruines. Plusieurs projets de réhabilitation sont mis en avant, mais aucun n'a abouti. Parmi les sites les plus importants de la Médina, on peut citer, la Koubba de Sidi Bou Smara, qui est une petite place située à l'ouest de la Médina. Elle est analogue à un petit square qui a tout perdu de sa beauté et de son aura. Aujourd'hui, c'est un vestige sans âme. Il y a aussi le tombeau de Sidi Ali Kairouani, qui marque une date dans l'histoire de la ville. C'est là que sont enterrés (d'après la légende) le premier fondateur de la ville et sa fille, qui se noya alors qu'elle venait rejoindre son père. On peut parler aussi de Bab el Mersa, l'autre monument de la vieille cité. C'est une voûte en pierre permettant à l'époque aux consuls de rejoindre leurs bureaux.
En effet, au XIXème siècle, la plupart des consulats se trouvaient derrière cette entrée de la Médina. Et en un siècle, nous sommes passés d'un haut lieu de la diplomatie où toutes les chancelleries avaient pignon sur rue avec tout le faste et le lustre que cela suppose à un bidonville version brique et ciment. D'ailleurs, plusieurs ambassades dans le monde gardent des photos de cette époque où le quartier des consulats était l'un des plus beaux du monde arabe.
L'Ancienne Médina en ruines
Comment les autorités ont-elles pu laisser toute cette richesse partir en fumée dans l'ignorance la plus absolue? C'est une question dont la réponse pose le problème de la mémoire culturelle au Maroc où l'occultation le dispute au je-m'en-foutisme. Aujourd'hui, après des années de tractations, un projet se dessine: Redonner toute sa valeur à cette Médina, berceau de la capitale économique du pays. Et cela ne sera que justice que la ville des affaires et des finances lui rende un peu de son dû.
Pour le moment, les grandes lignes ne sont pas encore définies, mais plusieurs spécialistes planchent sur différentes propositions pour faire de la médina un véritable pôle touristique à Casablanca. Ceci en lui laissant son cachet et surtout en sauvegardant ses particularités d'ouverture sur la mer. Reste que les projets de réhabilitation tardent à se concrétiser ou avortent faute de concepts clairs ou de visions convaincantes. Entre temps, la Médina perd ses magnifiques demeures qui tombent en ruine