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Mahjoub Benseddik
LE DERNIER ZAÏM
Publié dans MarocHebdo le 24 - 09 - 2010

Après 55 ans à la tête de l'UMT, la mort de Mahjoub Benseddik sonne la fin d'une époque du syndicalisme marocain.
Un leader vous manque et le paysage syndical est dépeuplé. C'est véritablement le sentiment partagé par la classe politique et les syndicalistes de tous bords suite au décès de Mahjoub Benseddik, secrétaire général de l'UMT (Union marocaine du Travail), le vendredi 17 septembre 2010, à l'âge de 88 ans, dans un hôpital parisien. Ils sont venus, ils étaient tous là pour un dernier adieu au patriarche du syndicalisme marocain. Le cimetière Achouhada (martyrs) de Casablanca a rarement vu pareille affluence, en ce dimanche 19 septembre 2010. Les militants syndicalistes de tous les secteurs du salariat et de toutes les régions tenaient à exprimer par leur présence leur tristesse et leur angoisse face à la disparition de leur chef.
C'est que Mahjoub, comme l'appelaient affectueusement ses camarades, a eu un parcours peu commun. Car voilà un cheminot, sorti des rangs, qui montera très jeune au firmament de l'action syndicale et de l'engagement politique. Dans les années quarante et jusqu'à la première moitié de la décennie cinquante, le syndicalisme au Maroc est sous tutelle de la Confédération générale du Travail (CGT, française).
D'ailleurs, dès 1936 un dahir interdit aux travailleurs marocains de se syndiquer; complété, en 1938, par des dispositions pénales en cas d'infraction. Mahjoub crie haut et fort son refus d'obtempérer à ces lois scélérates, tout comme il rejette l'hégémonie de la CGT, qu'il qualifie de «protectorat syndical» qui ne fait qu'aggraver «le protectorat politique».
Syndicalisme libérateur
Ce qui ne l'empêche pas d'adhérer à l'UGSCM (Union générale des Syndicats confédérés du Maroc), sous contrôle de la CGT, en incitant les nationaux à braver l'interdit et à y adhérer. Son appel est entendu, les adhérents marocains dépasseront en nombre leurs homologues français. Son audace lui vaut, néanmoins, d'être tenu à l'œil par les autorités françaises. Très vite, Mahjoub réalise que la militance syndicale sous l'occupation non seulement n'apporte presque rien aux travailleurs marocains, mais qu'elle est sans issue. Il décide alors de faire la jonction entre le syndicalisme revendicatif et le nationalisme libérateur. Il vient de mettre le poinçon sur sa marque de fabrique, son action syndicale aura toujours une dimension politique. À sa manière et jusqu'à la fin de ses jours.
Pour le moment, le souci de Mahjoub Benseddik est de renforcer le Mouvement national par l'affluent majeur et décisif du syndicalisme. Un pari qu'il réussit si bien que sa cote monte au sein du parti de l'Istiqlal. Il paraît, à juste titre, comme l'homme capable de tenir tête à l'administration coloniale, avec ses travailleurs organisés et décidés. Il en fait la démonstration le 8 décembre 1952, à Casablanca, lors de la manifestation de dénonciation de l'assassinat du leader syndicaliste tunisien Farhat Hachad par les Français.
Un affrontement sanglant où Mahjoub est blessé, arrêté, jugé et incarcéré, pour près de deux ans. Il gagne ses galons de Maghrébin convaincu, de nationaliste irréductible et de maestro dans la conduite d'un attelage syndicalo-politique plutôt improbable. Même s'il est éloigné par un exil à Sidi Kacem, à sa sortie de prison, Mahjoub sera toujours présent, dans les têtes et dans les faits.
D'une manière ou d'une autre, on tiendra compte de lui pendant la lutte armée contre le protectorat, au cours des négociations au sujet de l'indépendance et durant la reconstitution de l'Etat. Mahjoub n'a pas l'habitude de se faire prendre au dépourvu par les événements. Il les précède, avec un flair de professionnel. Le 20 mars 1955, un an avant la proclamation de l'indépendance, presque jour pour jour, il crée l'UMT, au nez et à la barbe de la Résidence française. Son rêve est enfin exaucé, par lui-même et une poignée de ses camarades. Un syndicat marocain autonome.
Mahjoub l'incontournable va commencer par exprimer sa vision du Maroc indépendant. À savoir un pays libéré de la mainmise économique étrangère, française en particulier. Ce qui est loin d'être le cas. Plus tard, il fustigera l'arrivée d'une oligarchie marocaine qui fait main basse sur l'économie du pays.
La période de tous les risques
Pour le moment, et bien que vice-président du Conseil consultatif, embryon d'un parlementarisme futur, présidé par Mehdi Ben Barka, Mahjoub s'inscrit en faux par rapport aux gouvernements des premières années de l'indépendance. Il s'en donne les moyens. Durant cette période de tous les risques et devant le vide laissé par le départ du personnel français, l'UMT apparaît comme l'unique organisation structurée, à même d'encadrer la population et de lui offrir un lieu et des interlocuteurs pour résoudre les petits problèmes quotidiens.
Cohabitation à la marocaine
Des “umtéïstes”, brassards autour du bras, ont pendant des mois réglé la circulation dans les grandes villes. Face à une telle mobilisation, ciblée et canalisée, l'Istiqlal, auquel appartient Mahjoub, fait grise mine.
La cohabitation post-indépendance, à la marocaine, bat de l'aile. Elle a pu fonctionner contre quelque chose, autour d'une cause commune, mais pas pour une même chose, un projet commun d'avenir. L'heure de vérité sonnera en 1959, avec la scission au sein de l'Istiqlal, conduite par Abdallah Ibrahim, Abderrahim Bouabid, Fkih Basri, Mehdi Ben Barka, entre autres, et la création de l'UNFP (Union nationale des Forces populaires). Mahjoub Benseddik choisit son camp. Ce sera celui du courant estampillé progressiste.
Il est membre du Bureau politique de l'UNFP et il soutient le gouvernement Abdallah Ibrahim (1959-1960). Une entaille dans le sacro-saint principe d'autonomie syndicale à l'égard des partis et de l'Etat, cher à Mahjoub. L'Istiqlal répond à cet alignement par une scission syndicale, la première du genre. L'UGTM (Union générale des Travailleurs du Maroc) est créée le 20 mars 1960. S'ensuit une guéguerre intersyndicale pendant plusieurs années. Cette fois-ci, c'est une balafre sur un autre principe tout aussi stratégique pour Mahjoub, l'unité syndicale de la classe ouvrière. Au fil du temps, celle-ci volera en éclat. Chaque parti voulant disposer de son propre syndicat.
La rupture consommée
La lune de miel UMT-UNFP ne résiste pas aux contradictions internes de ce parti, révélées dès son deuxième congrès, et aux soubresauts politiques que connaît le pays dans les années soixante et début soixante-dix. Mahjoub range ses billes, lentement mais méthodiquement. La rupture est définitivement consommée après “l'appel” du 30 juillet 1972 lancé par Abderrahim Bouabid et le changement de nom, en 1974, de l'UNFP, qui deviendra l'USFP (Union socialiste des Forces populaires), et qui tiendra son congrès extraordinaire en 1975. Trois ans plus tard, l'USFP se dotera, à son tour, d'un syndicat, la CDT (Confédération démocratique du Travail). Au jour d'aujourd'hui, le Maroc ne compte pas moins de 27 centrales syndicales, avec un carré d'as de cinq majeur comme au basket. Mahjoub ne cesse de dénoncer «l'atomisation» de la scène syndicale qui pousse à «la clochardisation» organisationnelle des salariés.
Ne faisant aucune concession et ne voulant pas composer avec “les diviseurs”, Mahjoub se retire derrière une activité purement syndicale. Il continue à s'opposer aux exécutifs successifs, sans jamais, pour autant, aller jusqu'au point de non retour, ni flirter avec des lignes rouges qui le mettraient en délicatesse avec le Palais royal. La dernière fois où il n'a pas contrôlé ses nerfs remonte à 1967. Au lendemain de la guerre israélo-arabe dite des “Six jours”, Mahjoub adresse une lettre acerbe à feu Hassan II critiquant la position du Maroc qui, d'après lui, aurait dû envoyer un contingent militaire pour épauler les pays arabes de la région et défendre les Palestiniens.
Une amère expérience
Le ton de cette missive autant que son contenu ont déplu. Mahjoub est poursuivi et condamné à 18 mois de prison, puis gracié quelques semaines avant sa libération. L'expérience est amère. Elle laissera des traces que Mahjoub, encore jeune, parviendra à surmonter. Mais on ne l'y reprendra plus. Il se taille son propre espace d'opposition. L'espace rigoureusement syndical, avec des objectifs strictement revendicatifs et une mobilisation des seuls travailleurs-travaillant, sous l'impulsion de ceux qui sont réellement syndiqués. Cette conception peut paraître restrictive, elle n'en est pas moins un choix. L'option d'un syndicalisme responsable de ses actes et de ses troupes. Mahjoub a coutume de dire «quand on n'est pas capable d'arrêter une grève, on ne la déclenche pas». C'est un peu cela son “école syndicale”.
Syndicaliste maghrébin
Sauf que ce mode de fonctionnement n'arrange en rien les adeptes du syndicalisme populiste et leurs mots d'ordre hasardeux. Les grèves générales, génératrices d'émeutes, de casses et de victimes, lancées à l'emporte-pièce par la CDT, Mahjoub n'a jamais voulu les cautionner. Pas plus d'ailleurs que les offres d'actions communes proposées par la CDT-UGTM à l'UMT. Mahjoub a toujours maintenu son refus, malgré l'insistance de Noubir Amaoui et Abderrazak Afilal, qui prennent sur eux de venir chez lui pour le convaincre du contraire.
On imagine à peine la notoriété de Mahjoub Benseddik à l'international. Dans toutes les institutions transnationales du syndicalisme, il est connu et reconnu. Au BIT (Bureau international du Travail), à Genève, dont il a été membre du Comité exécutif à plusieurs reprises. En Afrique, parce qu'il a donné la première impulsion au mouvement syndical du continent, à partir de Casablanca, en 1961, avec la création de l'USPA (Union syndicale panafricaine). Au BAT (Bureau arabe du Travail), dont il grandement contribué à la fondation et à la gestion.
Au Maghreb, à partir d'une Union syndicale maghrébine qu'il a pratiquement portée à bout de bras. Tout au long de sa longue carrière, Mahjoub avait une certaine prédilection pour les relations extérieures. Cela lui réussissait plutôt bien.
Le temps passe, l'horloge, ne connaissant pas de répit, égrène les ans, et Mahjoub accuse de plus en plus un âge avancé. Il ne passe pas la main. À ceux qui le lui murmurent à demi-mots, il leur conseille de passer leur chemin. Il s'accroche jusqu'à son dernier soupir à son leadership du haut du siège à 11 étages de sa centrale syndicale. Quel legs laissera-t-il à ses successeurs et au patrimoine syndical des salariés? Question ouverte à toutes les lectures d'une vie peu ordinaire dédiée aux syndicalismes